Un psychiatre pour sauver la prison-hôpital Curabilis, en état de crise

DétentionDans l’espoir de se stabiliser, la prison-hôpital change de gouvernance pour les soins.

Panteleimon Giannakopoulos quittera le service de psychiatrie générale aux HUG pour devenir le responsable médical de Curabilis.

Panteleimon Giannakopoulos quittera le service de psychiatrie générale aux HUG pour devenir le responsable médical de Curabilis. Image: Olivier Vogelsang

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C’est la tentative de la dernière chance pour sauver la prison-hôpital Curabilis, qui s’enfonce dans la crise depuis sa mise en service il y a un an et demi. L’établissement unique en Suisse ne sera plus chapeauté, pour la partie des soins, par un médecin interniste, mais par un psychiatre. Cette mesure suffira-t-elle à stabiliser la structure?

La situation devient intenable à Curabilis, accueillant 55 détenus. La cohésion manque entre le personnel de surveillance et le corps médical durant des interventions. Cette lutte entre la famille carcérale et celle du médical épuise tous les acteurs du dossier. La réunion de crise organisée jeudi entre les conseillers d’Etat Pierre Maudet et Mauro Poggia, chargés respectivement de la Sécurité et de la Santé, les a conduits à prendre cette décision: remplacer le respecté professeur Hans Wolff, fervent défenseur des droits humains, par l’expérimenté psychiatre Panteleimon Giannakopoulos.

«Il n’y a pas d’erreur»

Le premier conserve son titre de chef du Service de médecine et de psychiatrie pénitentiaires aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et continue, à ce titre, à superviser les prisons genevoises, mais perd Curabilis. «C’est un changement qui s’est fait à ma demande, assure Hans Wolff. La première année, j’ai mis en place les procédures médicales. Désormais, il faut passer à la vitesse supérieure en détaillant les soins psychiatriques, dans l’optique d’ouvrir les autres pavillons de Curabilis. Pour mettre en place les stratégies thérapeutiques, il devient donc nécessaire de confier le domaine des soins à un chef de service psychiatre.»

Pourquoi n’a-t-on pas choisi ce profil dès le départ? L’assassinat en 2013 d’une sociothérapeute de La Pâquerette, unité devant renaître à Curabilis, a bouleversé les plans. «A cette époque, la méfiance vis-à-vis de la psychiatrie était plus grande.» Deux ans plus tard, le changement de cap donne l’impression d’un rétropédalage des autorités. «Ce n’est pas ma lecture. Il n’y a pas d’erreur, c’est une question d’étape», estime Hans Wolff. Ses relations tendues avec le directeur de Curabilis et le directeur général de l’Office cantonal de la détention, aux profils sécuritaires, n’y seraient pour rien. «Je travaille depuis des années avec d’autres interlocuteurs, avec qui cela fonctionne très bien, comme à Champ-Dollon», glisse Hans Wolff.

«Ramener la sérénité»

Considéré aujourd’hui comme l’homme providentiel, Panteleimon Giannakopoulos, qui laissera son poste de chef de service de la psychiatrie générale aux HUG, n’a pas droit à l’erreur. «L’un des premiers objectifs consiste à ramener de la sérénité entre les deux familles professionnelles à Curabilis, relève le professeur. Il faut que les médecins comprennent les limites et les obligations d’un travail en mandat de justice et que les gardiens reconnaissent la nature des soins auprès de détenus-patients gravement atteints.» Parmi les problèmes à résoudre, celui de la formation: «Il faut augmenter la qualification de chacun.»

Il revient aussi au psychiatre «d’analyser d’ici au mois de juin le fonctionnement de Curabilis et de formuler des recommandations sur son organisation structurelle». Pas de quoi remettre en question le déploiement de Curabilis, selon lui. L’espoir du professeur Giannakopoulos consiste aussi à améliorer l’image d’un site sensible, doté comme une «rolls». Le centre pavillonnaire aux 109 millions de francs atteindra un budget de fonctionnement de 22 millions de francs cette année.

Créé: 30.11.2015, 23h24

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