Les psychologues disent leur ras-le-bol face à un modèle «absurde»

SantéLes psychothérapeutes plaident pour une reconnaissance par l’assurance de base. Quel impact sur les coûts de la santé?

Vendredi à Berne, les psychologues-psychothérapeutes ont remis 3658 lettres au conseiller fédéral Alain Berset. Image: Keystone

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Pour dénoncer le traitement «indigne» dont ils s’estiment victimes, les psychologues de Suisse sont montés au front, vendredi, à Berne. Lors d’une action devant les bureaux du Département de l’intérieur (DFI) d’Alain Berset, ils ont remis 3658 lettres de spécialistes clamant leur exaspération. Leur demande: être enfin affranchis de la tutelle des psychiatres et reconnus à part entière par l’assurance de base.

Actuellement, un psychothérapeute est obligé de travailler sous la surveillance d’un psychiatre, et dans ses locaux, pour qu’un traitement soit remboursé. La profession plaide depuis des années pour la fin de ce modèle dit de délégation au profit de celui de prescription. Cela permettrait aux psychologues d’exercer à leur compte et de facturer leurs prestations sur la base d’une ordonnance d’un médecin. Aujourd’hui, les traitements effectués à titre indépendant, en dehors d’un cabinet de psychiatrie, ne peuvent être pris en charge que par une complémentaire ou par le patient lui-même.

«C’est absurde», clame Stephan Wenger, coprésident de la Fédération suisse des psychologues. Les trois associations représentant la profession fustigent le fait que leurs membres soient assimilés à des employés auxiliaires alors que leurs qualifications et prestations devraient les placer sur un pied d’égalité avec leurs délégants. La liste des griefs continue: «La pénurie de psychiatres, qui va s’accentuer, se répercute logiquement sur le nombre de psychologues. Cela entraîne de très longs délais d’attente. Tous les jours, nos membres reçoivent des demandes qu’ils ne peuvent pas satisfaire. Des familles, des enfants, ne peuvent pas se soigner. C’est grave.» Et de regretter que le modèle actuel favorise une «médecine à deux vitesses»: les moins aisés, dépourvus d’assurance complémentaire, ont plus de peine à accéder aux soins.

À ces doléances s’ajoutent des abus dénoncés dans les médias. Des psys racontent devoir reverser entre 40 et 70% de leurs revenus bruts aux psychiatres, accusés dans certains cas de délaisser leur devoir de surveillance.

Initiative déjà rédigée

Les psychothérapeutes ne comptent pas relâcher la pression. Aujourd’hui, ils lancent une pétition. Ils prévoient aussi de contester le système de délégation devant la justice. Si ces actions ne sont pas couronnées de succès, ils envisagent de lancer une initiative populaire. Le texte est déjà écrit.

«On sait que la solution actuelle n’est pas idéale. Notre objectif est de trouver celle qui pourra le mieux améliorer l’accès aux soins des malades psychiques», réagit une porte-parole du DFI. Celui-ci a mis en route une réforme attendue de longue date, en concertation avec les milieux concernés. Mais en mars, des tensions ont éclaté au grand jour. Les psychologues ont critiqué l’interruption des travaux. Le DFI se défend d’avoir gelé le projet. Il annonce que des discussions sont au programme dès l’an prochain. Alain Berset se trouve dans une position délicate dans un climat politique ultrasensible autour de la hausse des coûts de la santé.

Stephan Wenger concède que le changement de modèle s’accompagnera «éventuellement d’un petit appel d’air». Mais il reste convaincu que faciliter l’accès aux traitements permettra de réduire les coûts sur le long terme grâce à leur effet préventif. Il rappelle qu’une étude chiffre à 130 millions de francs les psychothérapies prises en charge par des complémentaires ou les patients. La réforme conduirait, selon les estimations, à un transfert de 150 à 170 millions à l’assurance de base. Cela consiste en un renchérissement de 0,2% des coûts de la santé, soit près de 80 centimes sur une prime de 400 francs, détaille Stephan Wenger. «Ce n’est pas énorme. Mais nous sommes ouverts à négocier une limitation de l’augmentation. Il y a des moyens de la garantir, comme fixer un nombre maximum de séances remboursables.»

Soutien des psychiatres

Les revendications des psychologues sont officiellement soutenues par la Société suisse de psychiatrie et psychothérapie. Celle-ci estime que le système de prescription permettrait de mieux réguler et contrôler la profession. Dans le canton de Genève, qui réunit la plus forte densité de psychiatres et psychologues de Suisse, Mauro Poggia appelle aussi à mettre fin à une «mise sous tutelle qui n’a plus de raison d’être au vu de la protection du titre de psychologue par le droit fédéral. Elle n’est ni économique ni efficace.» Mais l’élu met en garde contre une potentielle explosion des consultations et donc des coûts. «La réforme devrait s’accompagner de la mise en place d’un contrôle plus strict sur l’efficacité de ces psychothérapies sur le long terme.»

Créé: 17.11.2018, 11h13

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