Les quatre Nobel de la Paix à Genève: «La Tunisie a besoin de solidarité»

Quartet du dialogue nationalLes lauréats tunisiens du Prix Nobel de la paix 2015 sont de passage en Suisse. Analyse à quatre voix du chantier de la révolution.

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En octobre 2015, l’annonce de l’attribution du Prix Nobel de la paix au Quartet tunisien du dialogue national avait résonné comme un formidable symbole d’encouragement à la Tunisie, seul pays du Printemps arabe ayant réussi à cheminer à bon rythme vers la démocratie. Invités par l’ONUG et l’Institut pour la formation et la recherche (Unitar) à participer aux Rendez-vous mondiaux de Genève, les quatre lauréats sont unanimes à souligner la masse de travail accompli, marqué par des élections libres, mais à reconnaître aussi les énormes défis qu’il reste à accomplir. Nous les avons rencontrés hier, les uns après les autres.

Institutions manquantes

«La Tunisie s’est dotée d’une nouvelle Constitution, d’institutions politiques, c’est considérable, mais ce n’est pas encore ça la démocratie», relève le président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, Abdessattar Ben Moussa. «Il manque encore aujourd’hui les institutions qui garantissent le respect de cette Constitution. Le Conseil de la magistrature, tout comme la Cour constitutionnelle n’ont pas encore vu le jour. Ni les institutions politiques censées permettre l’exercice de la démocratie locale et une décentralisation si cruciale pour le développement social et économique des régions. Des lois liberticides n’ont toujours pas été abolies. Nous devons encore faire pression sur le parlement pour que les choses se mettent en place.»

«La Tunisie, forte de sa société civile, a réussi sa transition démocratique. Mais tous les objectifs de la révolution n’ont pas abouti», souligne Houcine Abassi, secrétaire général de l’UGTT, la puissante organisation syndicale tunisienne. «Avec 600 00 chômeurs, dont 250 000 diplômés du supérieur, il faut bien le dire, le manque d’emploi est un souci majeur. La jeunesse a besoin d’avoir des perspectives pour ne pas sombrer dans la désespérance. Et le pays a trop tardé à s’en préoccuper.»

Régions oubliées

Pour meilleurs signes, les éclats de colère sociale secouent encore régulièrement le pays. Comme à Kasserine, à Sidi Bouzid, ces villes berceau de la révolution, toujours abandonnées du développement économique. «On doit mettre en place des plans de discrimination positive pour ces régions déshéritées, c’est primordial. Or à ce jour, le plan prévu est loin d’être clair», relève le syndicaliste.

Pour Ouided Bouchamaoui, à la tête de l’UTICA, l’organisation patronale représentant l’industrie, le commerce et l’artisanat, la vision est là, mais les chantiers prennent du temps. «Pour ces régions oubliées, tout est à faire. Il faut déjà commencer par construire les infrastructures, les routes, les accès indispensables pour permettre d’implanter des entreprises.» Alors que la croissance est faible (1%), que le tourisme est en berne, Ouided Bouchamaoui voit aussi l’importance de susciter un nouveau climat d’affaires. De fait, de multiples réformes ont été lancées, visant à permettre à la société tunisienne de se réapproprier les outils de son développement économique. Réforme de la fiscalité, réforme du système bancaire, réforme de la loi sur les hydrocarbures, la Tunisie ressemble à un vaste chantier en mouvement. «Nous travaillons aussi à faciliter l’accès au crédit pour aider les Tunisiens à créer leur propre entreprise. Il y a aussi de nouveaux secteurs prometteurs pour l’embauche, comme les technologies de l’information, l’automobile, l’aéronautique.»

Une justice inaccessible

«Nous avons besoin d’une réforme judiciaire en profondeur, elle est en marche, mais elle piétine», relève pour sa part Mohamed Fadhel Mahfoud, bâtonnier au conseil de l’Ordre national des avocats. Il en va du fond, visant à garantir à la Tunisie une justice indépendante, comme de la simple logistique. «Le peuple tunisien n’a formellement que peu accès à des services judiciaires de qualité, les contraintes administratives sont énormes, l’appareil judiciaire manque de moyens.»

Après les sanglants attentats en 2015 qui ont laminé le tourisme, avec l’instabilité qui règne en Libye, le souci sécuritaire est partagé par les quatre nobélisés. Et c’est avec un message unanime sur ce point que le Quartet est venu à Genève. «Nous avons aussi besoin de solidarité internationale», disent-ils. «Est-il juste que des pays européens aient appelé à ne plus se rendre en Tunisie après les attentats du Bardo et de Sousse? interroge Houcine Abassi. Qui aurait songé à appeler à boycotter la France et la Belgique après les attentats de Paris et Bruxelles?»

Débat A l’invitation de l’ONUG et Unitar, le Quartet sera en débat ce jeudi 21 avril, à 16 h, 14, av. de la Paix, 1202 Genève.

Créé: 20.04.2016, 22h51

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