Quatre scénarios pour débrancher Mühleberg

NucléaireSécurité absolue contre rentabilité, écolos contre exploitants, la centrale de Berne est au centre d’une bataille féroce

Située aux portes de la capitale fédérale, la centrale nucléaire de Mühleberg fêtera ses 50 ans en 2022.

Située aux portes de la capitale fédérale, la centrale nucléaire de Mühleberg fêtera ses 50 ans en 2022. Image: LAURENT CROTTET-A

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Quand débranchera-t-on l’une des plus vieilles centrales nucléaires de Suisse? Personne n’est en mesure de répondre. Mühleberg aura 50 ans en 2022. Et elle fait l’objet d’une bataille féroce entre organisations écologistes et exploitants des centrales. Elle sert en fait de test à l’abandon du nucléaire suisse, que tout le monde cautionne plus ou moins, mais qui n’a toujours pas de date de péremption. Le Conseil fédéral veut une sortie en douceur, à savoir laisser fonctionner les centrales tant que la sécurité est assurée.

Pour Mühleberg, la centrale la plus connue de Suisse puisqu’elle se trouve à quelques kilomètres de la capitale, la bataille fait rage depuis des années. Elle vient de rebondir puisque Greenpeace a de nouveau demandé l’arrêt immédiat de la centrale alors que les exploitants imaginent aller jusqu’à 2032. Entre ces deux positions extrêmes, des compromis sont possibles et ils tournent principalement autour de l’argent. Si Mühleberg est débranché tôt, des centaines de millions manqueront dans le fond de démantèlement des centrales. Qui paiera? C’est tout l’enjeu. Revue des différents scénarios qui s’affrontent.



2013 ou l’arrêt immédiat

Grosse bataille judiciaire au Tribunal fédéral. Ce dernier doit décider d’ici à juillet si Mühleberg obtient son autorisation d’exploiter. En attendant, Greenpeace, inquiète de la solidité du barrage en amont de la centrale en cas de tremblement de terre, réclamait la semaine dernière un arrêt immédiat du réacteur. Parallèlement, une initiative populaire cantonale bernoise demande aussi de débrancher Mühleberg. Elle devrait être soumise à la population en 2014. Si Mühleberg doit s’arrêter rapidement, il se posera un problème financier. Il manquera près de un demi milliard de francs dans le fond de démantèlement des centrales.



2017 si sécurité non garantie

C’est une date-clé dans ce dossier. L’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) impose à Mühleberg, suite à l’accident de Fukushima, des investissements conséquents pour renforcer la sécurité. Cela au plus tard en 2017, sous peine de perdre l’autorisation d’exploiter. Vaut-il la peine d’investir si la centrale est obligée de fermer quelques années plus tard? Pas vraiment. Le conseiller national Roger Nordmann (PS) tend la main aux exploitants en leur proposant le marché suivant: «Vous fermez en 2017 et vous pouvez en échange étaler dans le temps vos versements obligatoires au fond de démantèlement des centrales.» Les Verts, eux, ont lancé une initiative populaire pour la fermeture des centrales après quarante-cinq ans d’exploitation. Soit 2017 pour Mühleberg.



2022, l’objectif des FMB

Urs Gasche, président du conseil d’administration des Forces Motrices Bernoises (FMB) et conseiller national PBD, se dit ouvert à une solution de sortie négociée. Mais il pose ses propres conditions. «Nous souhaitons fermer en 2022. Le problème, c’est que l’IFSN nous impose des mesures qui vont coûter très cher. Si nous les acceptons, cela signifie qu’il faudra rentabiliser ces investissements. Nous serons donc contraints d’exploiter la centrale bien au-delà de 2022.» Il propose un autre marché: «Nous arrêtons en 2022, mais l’IFSN revoit ses exigences de travaux à la baisse. Après tout, le risque d’une crue extrême a une fréquence moyenne de 10 000 ans. On peut donc attendre cinq ans.»



2032, le délai maximum

Si les écologistes militent pour l’arrêt immédiat, les exploitants veulent pouvoir idéalement faire marcher une centrale soixante ans pour des raisons économiques. Pour Mühleberg, cela signifierait donc un arrêt définitif en 2032. L’avantage? Une sortie lente du nucléaire qui donne du temps pour installer les énergies alternatives. Ce délai est totalement inacceptable pour les antinucléaires.

Créé: 26.02.2013, 06h58

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