La question «femmes» rattrape le PS

Départ de Géraldine SavaryLes élues socialistes pourraient disparaître du Conseil des États. Le parti assure qu’il pourra corriger le tir.

La conseillère aux Etats Géraldine Savary (PS/VD), aux côtés du président du PS, Christian Levrat.

La conseillère aux Etats Géraldine Savary (PS/VD), aux côtés du président du PS, Christian Levrat. Image: Keystone

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Chantre de l’égalité, le PS se trouve dans une situation délicate. Le parti a déclaré l’année 2018-2019 celle de la femme. Or, l’égérie de ce mouvement, Géraldine Savary, a annoncé qu’elle ne se représenterait pas au Conseil des États. Son retrait est d’autant plus douloureux que la Vaudoise devait prendre la présidence de la Chambre haute en 2020 – un poste qu’elle aurait été la première femme socialiste à occuper.

Dans ces conditions, son parti pourrait ne plus compter de femme au Conseil des États après les prochaines élections fédérales, puisque ses trois collègues Liliane Maury Pasquier (GE), Anita Fetz (BS) et Pascale Bruderer (AG) ne se représentent pas. Dans le même temps, c’est encore un homme, le socialiste vaudois Pierre-Yves Maillard, qui est désigné favori dans la course à la présidence de l’Union syndicale suisse (USS), face à la Saint-Galloise Barbara Gysi. De quoi créer un certain malaise à gauche.

«Le fait que Géraldine Savary jette l’éponge est une catastrophe pour la cause des femmes, y compris au PS, car elle incarnait ce combat», réagit Mathias Reynard. Mais ne parlez pas à l’élu valaisan d’un problème «femmes» dans son parti! «Le PS a une représentation équilibrée femmes-hommes au parlement fédéral, contrairement à tous les partis bourgeois», réplique-t-il, en soulignant que, sur les 43 conseillers nationaux socialistes, 25 sont des femmes. Dans son inventaire, il ajoute celles qui se profilent dans les cantons et chez les jeunes du parti. Avant de mentionner Marina Carobbio (TI), qui sera présidente du Conseil national l’an prochain, et Liliane Maury Pasquier (GE), à la tête de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

«On peut jouer au ping-pong en rappelant toutes les femmes mises en avant par le PS, renchérit la Vaudoise Ada Marra. Une chose est certaine, ce n’est pas à notre parti qu’il faut faire une leçon de féminisme.» Pour elle, la situation actuelle ne révèle pas un problème structurel dans la formation. «Cela dit, elle montre que nous devons rester hypervigilantes et que nous ne pouvons jamais nous dire que l’objectif est atteint.»

Quelles chances en 2019?

Reste à savoir ce qu’il va désormais se passer. «Il y a un enjeu femmes aux États et nous n’avons pas attendu l’annonce du départ de Géraldine Savary pour nous en préoccuper», assure la députée neuchâteloise Martine Docourt, coprésidente des Femmes socialistes suisses. En juin, l’assemblée des délégués a accepté une revendication de son organisation, à savoir que 50% de toutes les candidatures PS aux États soient féminines. Elle concède que l’objectif sera difficile à atteindre l’an prochain.

Les chances que des femmes socialistes accèdent à la Chambre haute? Martine Docourt les voit à Bâle-Ville, dans le canton de Vaud, ainsi que dans ceux de Neuchâtel (où elle est pressentie pour être candidate) et du Jura. Dans ces deux derniers cas, les élus hommes du PS ne se représentent pas.

Le chef du groupe Roger Nordmann (VD) ajoute à cette liste le Tessin. «Il n’est pas du tout impossible que nous ayons autant de femmes sénatrices qu’aujourd’hui après les prochaines élections fédérales. Nous avons connu un alignement d’imprévus, mais nous avons de bonnes chances d’y remédier.» Comme ses camarades, il estime que son parti «fait le boulot» en matière d’égalité, avant d’ajouter qu’il n’est pas responsable des futurs choix de l’USS. «Le problème est aussi celui du traitement que les médias réservent aux femmes», s’exclame-t-il en appelant à son tour la droite à faire autant d’efforts pour la parité. En 2015, le PLR comptait 21,2% de femmes au National, l’UDC 16,9%. L’enjeu dépasse en effet le PS, puisque sur les sept femmes que compte aujourd’hui le Conseil des États, une seule devrait se représenter l’an prochain: la PDC Brigitte Häberli-Koller (TG).

Au PS, une autre question est ouverte: faut-il une femme pour remplacer Géraldine Savary à la vice-présidence romande du parti? Mathias Reynard, pressenti pour ce poste, ne s’exprime pas sur son éventuelle candidature. Il précise que même si un homme accédait à ce poste, il y aurait toujours trois femmes parmi les cinq vice-présidents. Sur ce point, les socialistes ne sont pas unanimes et, pour Ada Marra, cette fonction doit rester occupée par une femme. Dans ces conditions, la Vaudoise appelle ses camarades féminines à sortir du bois. Elle ne cache pas son intérêt pour la vice-présidence du parti et, «très probablement, quand il sera temps», pour le Conseil des États. Serait-elle en concurrence avec des hommes? Roger Nordmann, qui pourrait lui aussi briguer le poste de sénateur laissé par Géraldine Savary, ne s’exprime pas sur le sujet.

L’enjeu féminin ne s’arrête pas aux élections fédérales. Aujourd’hui, deux hommes occupent la présidence du PS avec Christian Levrat et celle du groupe avec Roger Nordmann. Martine Docourt espère qu’à la prochaine vacance, cela changera. En ce qui concerne la tête du parti, le nom de Cédric Wermuth est évoqué. Or, ce conseiller national a déjà devancé une femme, Yvonne Feri, pour briguer la succession de Pascale Bruderer aux États.

(24 heures)

Créé: 07.11.2018, 22h37

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