Les questions ouvertes après le «non» au Gripen

VotationLe Gripen est désormais mort et enterré après son rejet par le peuple le 18 mai. Mais de nombreuses questions se posent, notamment autour de l'argent qui devait le financer. Le point.

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Que va-t-il advenir de l’argent destiné au Gripen?

Les Suisses ont rejeté le fonds de 3,126 milliards de francs qui devait permettre le financement des 22 avions de combat suédois. Un fonds qui devait être alimenté sur le budget de l’armée à raison de 300 millions par année pendant 11 ans. Dimanche, Ueli Maurer est resté flou sur l’utilisation de cette somme. Ce sera au Conseil fédéral et au Parlement de trancher ces prochains mois. Mais une chose est sûre, le fonds Gripen suscite les convoitises. Dès les résultats connus, partis politiques et organisations y sont allés de leur avis quant à son avenir.

A quoi devrait servir le fonds Gripen selon la droite?

Pour l’UDC, le budget de l’armée doit rester de 5 milliards, avec ou sans Gripen, afin d’assurer la défense nationale et garantir une armée performante, en particulier dans le contexte international actuel. Pour le PDC, la discussion sur le remplacement des Tiger est désormais close et il faut penser désormais à remplacer les F/A-18. Les 5 milliards de francs annuels ne seront que plus nécessaires après cette votation, estime le parti. Pour le PLR, Ueli Maurer doit entamer un nouveau processus d'évaluation d’objectif afin de garantir la sécurité future du pays. Les libéraux-radicaux ne remettent pas en cause la nécessité d'un nouvel avion. Enfin pour le PBD, le «non» de dimanche ne doit pas être interprété comme un signe en faveur d'une réduction des prestations de l'armée.

Et selon la gauche?

A gauche, les avis sont évidemment différents. Le PS affirme que l'armée n'a pas besoin de 5 milliards de francs et doit revenir à 4,7 milliards. Il demande aussi que Ueli Maurer entame un processus pour une réforme en profondeur et une modernisation de l'armée qui prennent en compte des menaces du XXIe siècle. Pour les Verts, les 300 millions de francs libérés doivent être assignés à la formation, à l'économie, au social ou encore à l'environnement. Enfin, pour le GSsA (Groupe pour une Suisse sans armée), un chèque en blanc pour de nouvelles dépenses militaires serait en contradiction avec la volonté populaire. Bref, cela promet une belle foire d’empoigne au Parlement ces prochains mois.

Comment va-t-on assurer la sécurité aérienne de la Suisse désormais?

Ueli Maurer est resté très vague sur la tournure que vont prendre les évènements en termes de sécurité aérienne pour la Suisse. «Il y aura une lacune», a-t-il reconnu dimanche. Il faudra plutôt davantage que moins de moyens. Mais tout est ouvert, selon lui.

A-t-on fini d’entendre parler du Gripen?

Le Gripen n'est pas définitivement abandonné, de l’aveu même du conseiller fédéral Ueli Maurer, même s'il n'y a pas de plan B. Mais comment l'avion pourrait-il rebondir? La question reste floue. Car le ministre UDC avait rejeté deux idées intéressantes: la première était de louer une douzaine de Gripen C de l'ancienne génération pour faire le transit entre les Tiger et le Gripen E; la seconde était d'acheter des avions par tranches sur le budget régulier de l'armée pour éviter tout référendum. Ueli Maurer entend désormais analyser la situation avec le Conseil fédéral pour réfléchir à une suite à donner au dossier. Mais une acquisition d'avions de combat avant le remplacement des FA-18 n'est pas exclue, a-t-il laissé entendre dimanche.

Faut-il des nouveaux avions de combat?

Ce sera la principale question qui va agiter les esprits à Berne, puisque les 54 Tiger actuels sont bons pour le débarras et que les F/A-18 arriveront en bout de course vers 2030. Pour le comité vaudois du «oui au Gripen», il ne faut donc pas attendre que ces derniers soient trop vieux pour les remplacer. Mais le conseiller national Hugues Hiltpold (PLR/GE), interrogé par 24 heures, estime qu’il vaudrait mieux faire un paquet commun pour remplacer à la fois les Tiger et les F/A18. D’autres parlementaires estiment que l’on pourrait louer des appareils au lieu des les acheter. Ou carrément refaire voter le peuple sur un budget destiné à l'aviation.

Le Suédois Saab va-t-il malgré tout honorer ses affaires compensatoires avec la Suisse?

Cela devrait être le cas. Le groupe suédois d'armement et d'aéronautique a précisé dimanche que les contrats récents passés avec des entreprises helvétiques seraient honorés. Saab a rappelé que plus de 500 contrats ont été passés avec 125 sociétés suisses depuis la sélection du Gripen par Berne en 2011. Mais le vote de dimanche aura quand même des effets sur l'industrie suisse. La société Ruag d'Emmen (LU) estimait ce lundi que «les répercussions pourraient affecter jusqu'à 200 postes à moyen et long terme à défaut de contre-mesures appropriées». Le contrat de RUAG Aerostructures, annoncé début mars pour le développement et la production de dispositifs de suspension de charge utile pour le Gripen E, se limite désormais à la phase de développement et de prototypage pour un montant 15,5 millions de francs.

Ueli Maurer pourrait-il démissionner?

De nombreux journaux estiment ce lundi que le ministre de la Défense n’est plus à sa place. Néanmoins, le Zurichois n’entend pas tirer sa révérence pour autant. «Je peux très bien vivre avec le résultat de dimanche. Dans ma vie, j'ai vécu plus de défaites que de victoires», a commenté le ministre qui continue d'affirmer que le Département fédéral de la défense est son dicastère préféré. En outre, il a estimé qu'il ne s'agissait pas d'un vote pour ou contre l'armée. (nxp)

Créé: 19.05.2014, 13h25

La carte des votes sur le Gripen

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