Raphaël Comte, nouveau héros de la cause féminine

PortraitAprès son plaidoyer en faveur de la loi sur l’égalité, le PLR s’investit pour une représentation plus équitable des sexes au Conseil fédéral.

Raphaël Comte, sénateur PLR neuchâtelois.

Raphaël Comte, sénateur PLR neuchâtelois. Image: Keystone

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Il avait exigé de Liliane Maury Pasquier (PS/GE) qu’elle se couvre les épaules pour que sa tenue soit «convenable». Durant l’été 2016, Raphaël Comte (PLR/NE) présidait le Conseil des États et passait pour le pire des conservateurs. Tout autre image aujourd’hui: le sénateur de 39 ans est loué par les femmes pour son progressisme.

La raison d’un tel changement? Le débat sur la loi sur l’égalité. Alors que tous les mâles de droite fustigeaient le projet, lui livrait un vibrant plaidoyer en sa faveur. Jeudi, il devrait de nouveau marquer des points auprès de la gent féminine. Il défendra une initiative parlementaire qui demande d’inscrire dans la Constitution une représentation équitable des genres au Conseil fédéral. Là où le symbole est fort, c’est qu’au National une initiative similaire est portée par Maya Graf (Les Verts/BL), présidente de l’organisation de femmes Alliance F.

«Chaque individu doit avoir les mêmes chances. Combattre les inégalités et les discriminations, c’est défendre les valeurs libérales-radicales»

«Être PLR, c’est être attaché à l’individu, nous confie Raphaël Comte. Chaque individu doit avoir les mêmes chances. Combattre les inégalités et les discriminations, c’est défendre les valeurs libérales-radicales.» Et il n’est pas étonné d’être souvent le seul élu de droite à porter ces combats. «Il y a du travail à faire pour que les mentalités évoluent. Mais ça progresse.»

Indépendant d’esprit

Se démarquer, le Neuchâtelois en a l’habitude, lui qui a souvent battu des records de précocité. Élu au Grand Conseil à 22 ans, il devient président du PLR cantonal à 25 ans, avant d’entrer au Conseil des États à 31 ans. Et, aujourd’hui encore, son air juvénile surprend au milieu des visages plus marqués de ses collègues.

Discret, pondéré – lisse, disent ses détracteurs – Raphaël Comte surprend parfois par ses positions. Indépendant d’esprit, il n’hésite pas à se mettre en porte-à-faux avec son parti. Par exemple sur la Prévoyance vieillesse 2020. Alors que le PLR était farouchement opposé au projet, Raphaël Comte le soutenait. Humaniste, il copréside l’intergroupe parlementaire pour les droits humains. Adepte du compromis, il aime aussi se porter garant des institutions. Bien qu’il soit toujours tiré à quatre épingles, il ne paraît jamais hautin. Il a le contact facile et cultive un côté pince-sans-rire.

Tout cela n’explique toujours pas sa sensibilité à la cause féminine. A-t-il eu des modèles dans sa famille? Il réfléchit. «À l’école j’étais dans une section classique, où les filles étaient largement majoritaires. Cela a-t-il eu une influence? Je ne sais pas. J’ai surtout l’impression que ce sont mes expériences politiques qui m’ont marqué. Dans mes mandats, j’ai noté que les organes politiques dans lesquels la parité est la mieux respectée sont aussi ceux qui fonctionnent le mieux.»

Contre les quotas

Tenant de l’aile radicale du parti, il n’oublie pas certains fondamentaux libéraux. «Attention, prévient-il, je suis contre les quotas. Ce que je demande dans mon initiative, c’est qu’on tienne compte du genre autant que des régions et communautés linguistiques pour les élections au Conseil fédéral ou pour les autorités judiciaires. C’est une forme d’autocontrainte pour le parlement.»

Ce discours, les féministes le saluent. «C’est très important qu’un homme de droite porte ces thèmes, réagit Maya Graf. Raphaël Comte appartient à cette nouvelle génération de politiciens qui voient les hommes et les femmes comme des partenaires, et qui considèrent que l’inégalité n’affecte pas uniquement les femmes mais toute la société.» «Homme progressiste»

Ada Marra (PS/VD) n’est pas surprise de le voir mener ce combat. «J’ai beaucoup travaillé avec lui lors de la naturalisation facilitée des étrangers de troisième génération. C’est quelqu’un d’ouvert sur les questions de société. Même s’il reste une exception, ça montre que les choses peuvent changer.»

Cet engagement est essentiel aux yeux de Doris Fiala (ZH), présidente des femmes PLR. «Nous sommes huit élues libérales-radicales aux Chambres. J’ai toujours dit que la seule façon de défendre la cause des femmes, c’est que des hommes nous soutiennent. Le PLR a besoin d’hommes modernes et progressistes comme lui.»

Soutenu par les femmes

Soutenu par les femmes, le principal intéressé a-t-il reçu des remontrances de ses collègues masculins pour ses prises de position? «Au contraire, ce sont eux qui ont dû faire face à des remarques négatives. De mon côté, j’ai rarement reçu autant de retours positifs, notamment de la part de la base du parti. Elle est prête au changement.» Difficile en effet de trouver des collègues PLR qui critiquent son engagement. «Être libéral, c’est accepter que chacun puisse défendre ses idées, explique Hans-Ulrich Bigler (PLR/ZH). C’est à lui de savoir si ce qu’il fait est bien ou pas.»

À l’UDC, certains s’amusent de ce grand écart. «Un PLR qui demande plus d’État dans le cadre de la loi sur l’égalité ou qui veut restreindre le choix du parlement pour l’élection au Conseil fédéral, c’est pour le moins étonnant», tacle Yves Nidegger (UDC/GE). Jeudi prochain, Raphaël Comte défendra son initiative pour promouvoir les femmes au Conseil fédéral. Bien qu’elle ait été rejetée en commission, il n’a pas perdu tout espoir. «La grogne engendrée par le renvoi de la loi sur l’égalité poussera peut-être certains de mes collègues à y réfléchir à deux fois. Un nouveau refus reviendrait à dire qu’ils ne veulent décidément rien faire pour les femmes.» (24 heures)

Créé: 11.03.2018, 20h59

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