«Le recoupement des données personnelles est le vrai risque»

Web trackingLes parlementaires Ada Marra et Jean-Christophe Schwaab réagissent après une étude montrant que les sites internet des politiciens à Berne collectent à leur insu les données de leurs visiteurs.

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Les résultats d'une étude parue lundi 23 mars dans le Tages-Anzeiger font bondir dans le microcosme fédéral. En effet, l'enquête révèle que sur les 225 sites web des parlementaires, quelque 142 logiciels de web tracking - qui permettent de récolter anonymement les données des internautes pour les utiliser à des fins commerciales - avaient été repérés. Le site le plus «pisté» est celui de Céline Amaudruz (UDC/GE), avec 20 logiciels «espions». En 3e position, arrive Ada Marra (PS/VD) avec 10 outils de web tracking.

Une Ada Marra un brin consternée et qui va du coup fermer son blog. «Je n'étais absolument pas au courant de ce problème, réagit-elle. Nous sommes un parlement de milice et je pense que 99% des conseillers nationaux et aux Etats n'en sont pas conscients non plus», affirme-t-elle. La vraie question pour elle est la transparence des hébergeurs de sites qui n'informent pas forcément comme ils le devraient leurs clients sur la protection des données. «En plus, ces sites sont rachetés, les conditions d'utilisation changent et on ne sait plus où on en est», regrette-t-elle, «surtout s'il s'agit de domaines que l'on connaît mal».

Le vrai risque: le recoupement de données

Son collègue de parti, Jean-Christophe Schwaab, qui a fait de la protection des données son cheval de bataille à Berne, abonde dans son sens. «Ce ne sont pas seulement les politiciens qui l'ignorent! La plupart de gens ne le savent pas. Beaucoup pensent par exemple qu'en limitant les informations personnelles sur Facebook, leur vie privée sera protégée. C'est faux», lance-t-il. Le vrai risque, ce sont les recoupements de données recueillies un peu partout via les logiciels de web tracking, selon lui.

«En collectant vos données d'achat via votre carte Cumulus, les sites internet que vous fréquentez, les billets d'avion que vous achetez et vos données sur les réseaux sociaux, on arrive très bien à dresser votre profil de personnalité», assène-t-il.

Le Vaudois vient d'ailleurs de déposer une motion sur l’obligation d’indiquer lorsque des données personnelles sont collectées en échange d’une prestation «gratuite» lors de la dernière session de printemps aux Chambres. «C'est ce qui arrive systématiquement quand on ouvre par exemple un blog gratuit, comme Ada Marra l'a fait. L'hébergeur se paie grâce aux données que l'on doit laisser pour ouvrir un compte, ce n'est donc pas gratuit, il y a contreprestation», note-t-il.

Il demande donc que l'on précise que des «des données personnelles sont collectées» partout où figure la mention «gratuit». Ce qui pourrait aussi se faire au moyen d’un astérisque, selon lui.

Protéger la sphère privée

Jean Christophe Schwaab avait également déposé en 2013 déjà un postulat demandant que la sphère privée soit garantie par défaut. Ainsi les entreprises et réseaux sociaux qui utilisent les données personnelles d'un utilisateur, devraient en faire la demande à l'internaute qui serait libre de refuser. Par exemple, Facebook vous demande votre âge pour vérifier que vous êtes majeur. Soit. Mais si Facebook veut faire une étude de marché en utilisant votre âge, il devra vous demander l'autorisation d'utiliser cette donnée, explique-t-il, en précisant que le Conseil fédéral était d'accord avec son projet. Mais le postulat n'est pas encore passé aux Chambres.

Créé: 23.03.2015, 16h34

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