«Cette réforme fiscale se fera sur le dos des familles»

VotationsLes Verts ne veulent pas du deal qui lie nouvelle imposition des entreprises et financement de l’AVS. La présidente du parti, Regula Rytz, s’explique.

Regula Rytz, présidente des Verts: «Ce qui nous est proposé ici est inacceptable.»

Regula Rytz, présidente des Verts: «Ce qui nous est proposé ici est inacceptable.» Image: ANTHONY ANEX/Keystone

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Les Suisses semblent convaincus par la RFFA, ce deal concocté par le PS et le centre droit et qui lie réforme de la fiscalité des entreprises – avec le remplacement des régimes spéciaux par de nouveaux outils fiscaux – à un financement de 2 milliards pour l’AVS. Selon un premier sondage Tamedia (éditeur de ce journal), 62% des personnes interrogées seraient prêtes à glisser un oui dans l’urne, et ce tous partis confondus (voir encadré). Faut-il y voir un désaveu pour les Verts, qui combattent le texte? Interview de leur présidente, Regula Rytz.

Une majorité se dégage pour le oui, même chez les Verts. Faites-vous fausse route?
Non, mais nous devons nous battre contre tous les grands partis, les organisations économiques et même deux conseillers fédéraux. Ce résultat ne me surprend donc pas, d’autant plus que la campagne ne fait que commencer. Il y a quand même du positif dans ce sondage. On voit que le financement de l’AVS est largement soutenu. S’ils veulent garder leur crédibilité, les partis bourgeois devraient y consentir, même en cas de non le 19 mai.

Votre position ne risque-t-elle pas de vous faire perdre des voix, alors que vous avez le vent en poupe avec le climat?
Non, car la justice sociale accompagne ce mouvement pour le climat. Si on veut réussir la transition vers une politique et une économie plus vertes, il faut de l’argent pour investir. Or cette réforme prive justement les collectivités publiques de milliards. Ce deal est un compromis.

Les Verts sont-ils contre les consensus?
Pas du tout! Les Verts ont accepté beaucoup de compromis lors de cette législature: la prévoyance vieillesse, la révision de la loi sur l’asile, celle sur l’énergie. Nous œuvrons toujours pour des alliances interpartis comme pour la loi sur les armes – aussi en votation le 19 mai. Mais ce qui nous est proposé ici est inacceptable.

Pourquoi inacceptable?
Il y a deux ans, le peuple a refusé clairement la RIE III. Et s’il a dit non, c’est que le paquet n’était pas équilibré, avec un manque à gagner fiscal de 2,7 milliards pour les collectivités publiques. Et que propose-t-on désormais comme alternative? Une nouvelle réforme qui offre des cadeaux aux grandes entreprises et à leurs actionnaires, et va encore coûter 2,1 milliards, dont 1,5 milliard pour les communes et les cantons. Cela aura comme conséquence des coupes dans les services publics, la formation, la santé, etc. Sans oublier que cette réforme accélère la compétition fiscale entre les cantons, avec le risque que ce soit les familles qui payent à la fin.

Si on ne trouve pas de nouveaux outils fiscaux, les multinationales vont partir!
Il faut supprimer au plus vite tous ces privilèges fiscaux. Ils sont illégaux. Nous proposons de donner cinq ans aux entreprises pour trouver une solution avec les cantons. Solution qui ne devra pas se faire sur le dos des collectivités. Les vingt plus grandes entreprises cotées à la Bourse suisse vont payer 40 milliards de dividendes à leurs actionnaires. Or la moitié d’entre eux ne vit pas ici et ne payera pas de taxes. Ces entreprises ont aussi assez d’argent pour payer leurs managers et distribuer des bonus. C’est sûr, une meilleure réforme est finançable.

Certains Verts vaudois, Adèle Thorens ou Daniel Brélaz, disent oui à la réforme au nom d’une certaine «Realpolitik». Se trompent-ils?
Les Verts vaudois sont partagés et laissent la liberté de vote. Mais c’est justement parce que certains cantons comme Vaud ont utilisé ces privilèges fiscaux qu’ils sont pris au piège. La preuve que ce système ne marche pas? Certaines communes doivent couper dans les prestations, comme Nyon. La Suisse est déjà la locomotive de la sous-enchère fiscale internationale. Si nous diminuons encore, nous serons dans une impasse.

Et les deux milliards pour l’AVS, ne vaut-il pas la peine de se battre pour eux?
Les Verts ont toujours soutenu ce coup de pouce financier à l’AVS. Mais pas aux dépens des prestations à la population. C’est irresponsable. Si l’AVS est un défi, c’est parce que les baby-boomers arrivent à la retraite et que les besoins financiers vont exploser. Mais ces personnes auront aussi besoin de plus de services sociaux, d’aides à domicile ou de subsides pour les homes. Comment voulez-vous que les collectivités répondent à ces besoins avec moins d’argent?

Les socialistes et Alain Berset, qui soutiennent la réforme, se sont-ils donc fait avoir?
Il y a plusieurs sections qui sont contre ce deal, comme Genève, mais aussi les femmes socialistes et les jeunes socialistes. Même au parlement, il y a eu des élus très critiques. La position du PS n’est pas si tranchée que vous le dites.

Mais le parti suisse recommande le oui…
Les socialistes prennent les décisions qu’ils veulent et les Verts font de même, ce n’est pas à moi de juger. Mais pour nous c’est clair, le peuple a dit non il y a deux ans, on ne peut pas lui resservir la même soupe.


Vidéo: La RFFA expliquée sur la chaîne du Conseil fédéral

Créé: 05.04.2019, 06h46

Vers un double oui à la RFFA et à la loi sur les armes

Selon le sondage Tamedia, 62% des Suisses seraient prêts à soutenir la réforme qui lie fiscalité et financement de l’AVS. Contre 30% qui n’en veulent pas. Plus surprenant, un oui se dégage chez les sympathisants de tous les partis, même les Verts (65%) et les Vert’libéraux (67%), pourtant tous deux opposés au texte. Le plus faible soutien vient des partisans de l’UDC avec 51%. Parti qui a décidé de laisser la liberté de vote sur cet objet.
Concernant l’autre objet de votation, à savoir la modification de la loi sur les armes qui veut durcir les conditions de détention, c’est aussi un oui qui se dégage, même s’il est plus timide (53%). Le camp du non recueille quant à lui 46%. Le oui est plus fort auprès des femmes (62%) et dans les villes (61%). Au niveau politique, la gauche et les Vert’libéraux soutiennent clairement le texte, alors que les sympathisants PLR (57% de oui) et PDC (53% de oui) sont plus divisés. Quant à ceux qui votent UDC, ils s’y opposent massivement, avec 80% de non!
Pour les partisans de la loi, l’argument massue est le risque de voir les accords Schengen/Dublin dénoncés en cas de rejet du texte le 19 mai. Les opposants, eux, citent plusieurs raisons pour dire non, notamment le fait qu’ils ne souhaitent pas que la Suisse se soumette au droit européen pour la détention d’armes.

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