La reine Verte Regula Rytz vise une révolution de Palais

BerneAprès avoir gagné les élections, la présidente des écologistes peut espérer ravir le siège de la droite au Conseil des États.

Regula Rytz a porté le parti écologiste vers les sommets le 20 octobre dernier.

Regula Rytz a porté le parti écologiste vers les sommets le 20 octobre dernier. Image: ANTHONY ANEX/Keystone

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La bataille qui se joue dimanche dans le canton de Berne sera épique. Elle a comme personnage principal Regula Rytz, présidente des écologistes suisses. Celle qui incarne la vague verte qui déferle sur le pays peut-elle réussir dans sa conquête d’un siège à la Chambre haute? «Il y a une dynamique positive, répond-on prudemment dans l’entourage de la Bernoise. Mais il ne faut pas oublier que la droite est très forte dans le canton.»

Au premier tour, Regula Rytz avait toutefois terminé à une excellente deuxième place, à 2500 voix à peine de Hans Stöckli (PS), unique sortant à se représenter. Ce résultat inattendu a poussé le duo de gauche à se lancer dans un deuxième tour. Une majorité rose-verte au Conseil des États serait une véritable révolution. Contrairement à Vaud où à Genève, jamais un canton alémanique n’a connu une telle configuration – si l’on exclut la situation particulière de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne, qui ont un élu chacun.

Celui qui veut éviter cette configuration, c’est Werner Salzmann, le président de l’UDC bernoise. Au premier tour, il a longtemps fait la course en tête, avant que les villes ne le relèguent à la troisième place, à quelques voix de Regula Rytz. Afin d’augmenter les chances de la droite de maintenir un des deux sièges de sénateurs, la PBD Béatrice Simon, actuelle ministre des Finances, s’est retirée à la surprise générale. Werner Salzmann fait donc équipe avec la PLR Christa Markwalder, qui a terminé loin derrière le quatuor de tête. Sa stratégie: mobiliser l’électorat qui refuse une hégémonie de gauche, mais qui n’est pas prêt à voter UDC. Reste que tout oppose les deux protagonistes de droite. «C’est la pomme et le ver sur le même ticket», ironisait Hans Stöckli dans «Le Temps».

Dans cette partie de billard à plusieurs bandes, trois scénarios sont possibles (lire ci-contre). Bien malin celui qui arrive à prévoir qui sera élu ce dimanche.


Les trois scénarios


Le duo rose-vert emporte la mise

C’est le scénario qui avait la cote au lendemain de la vague verte. Très vite, Regula Rytz (Verts) et Hans Stöckli (PS) ont tenu une conférence de presse commune, et tous deux sont encore régulièrement ensemble dans les rues pour convaincre les passants. Normal, s’ils veulent avoir une chance de l’emporter, l’électorat de gauche doit s’unir. Chaque coup de crayon de part et d’autre pour favoriser son candidat pourrait avoir un effet dévastateur. Reste que le duo fonctionne bien, en tout cas bien mieux que l’alliance de la carpe et du lapin que composent Werner Salzmann et Christa Markwalder. Entre un eurosceptique issu de la ligne dure de l’UDC et une Européenne convaincue issue de l’aile humaniste du PLR, il y a un gouffre. D’ailleurs, le très influent Adrian Amstutz, ancien chef du groupe UDC aux Chambres, a dit tout haut ce que beaucoup d’électeurs UDC pourraient faire tout bas, en annonçant qu’il ne voterait pas pour la libérale-radicale. Ce qui pourrait priver son candidat de l’indispensable socle de voix du centre droit.

L’UDC réussit sa «remontada»

Si Werner Salzmann veut l’emporter, il doit s’inspirer d’Olivier Français. Le Vaudois avait lui aussi terminé troisième du premier tour avant de s’imposer de façon magistrale. Le profil de l’UDC bernois n’est toutefois pas le même que celui du PLR vaudois, qui peut séduire du centre à la droite. Werner Salzmann, lui, est un UDC pur sucre. Tireur, il avait été au front pour combattre la directive européenne sur les armes. Le fait qu’il ne parle pas le français pourrait constituer un handicap dans un canton où la minorité francophone n’a plus de représentant à Berne. Reste que l’écart de voix avec Regula Rytz était infime au premier tour et que l’UDC est très bien implantée dans les campagnes. Werner Salzmann peut aussi compter sur le populaire Adolf Ogi, qui appelle sur les réseaux sociaux à voter pour le ticket bourgeois. Si la mobilisation de l’électorat fonctionne, le candidat UDC sera sénateur. Car, sur le ticket de droite, il semble être le seul à avoir une chance de se hisser à l’une des deux premières places.

Le PS mord encore la poussière

À Berne, Hans Stöckli est une institution à lui tout seul. Peut-il échouer à garder son mandat? Peu probable il y a quelques semaines encore, ce scénario est désormais envisagé. Après la perte de sièges historiques à Neuchâtel et dans le canton de Vaud, où le PS s’est à chaque fois fait doubler par les Verts, le parti n’est pas à l’abri d’une nouvelle déconvenue. Alors certes, le souriant et jovial Hans Stöckli a terminé en tête au premier tour et garde toujours une longueur d’avance sur ses poursuivants. Il profite de la prime au sortant, mais aussi de sa popularité acquise quand il était maire de Bienne. Mais il a aussi 67 ans, et dans ces élections, le profil du vieux notable aux cheveux blancs n’est pas franchement le meilleur pour s’imposer. Pour éviter de faire les frais de ce «dégagisme», Hans Stöckli mobilise à tout va. L’ex-président du PBD Hans Grunder le soutient, de même que la PLR Christine Beerli, et même le conseiller fédéral Ueli Maurer! Ce qui fait tousser à l’UDC. Au final, Stöckli pourrait devoir son salut à la minorité francophone: elle appelle à élire le Biennois, qui est le candidat connaissant le mieux la réalité du Jura bernois.

Créé: 14.11.2019, 19h22

Seconds tours

Huit autres batailles en perspective

Le 17 novembre fera figure de grand verdict pour ces élections fédérales, avec des seconds tours dans six cantons, dont les plus peuplés du pays: Berne et Zurich. Sur les bords de la Limmat, c’est le PLR Ruedi Noser qui joue sa place au Conseil des États face à Marionna Schlatter, la présidente des Verts zurichois, qui a déjà réussi à franchir les portes du National le 20 octobre.

Dans ce duel entre un sortant libéral-radical et une outsider écologiste, c’est le premier qui a les faveurs de la cote. La clé du vote se situe en partie du côté de la mobilisation de l’électorat socialiste, dont le candidat Daniel Jositsch a été brillamment élu dès le premier tour.

On retiendra aussi les batailles qui se jouent à Soleure et à Saint-Gall pour sauver les sièges socialistes de Roberto Zanetti et de Paul Rechsteiner, l’ancien président de l’Union syndicale suisse. Au Tessin, nul ne sait qui de Marina Carobbio (PS), de Giovanni Merlini (PLR) ou de Roberto Chiesa (UDC) s’emparera d’un des deux sièges, sachant que Filippo Lombardi (PDC), vu son bon score au premier tour, devrait garder le sien. À Zoug enfin, PLR et UDC sont à couteaux tirés pour le dernier mandat en jeu.

Le dernier rendez-vous aura lieu dans trois cantons le 24 novembre.

On connaîtra alors le dénouement en Argovie, où le PLR Thierry Burkart et l’UDC Hansjörg Knecht devraient s’imposer. À Bâle-Campagne, c’est la Verte Maya Graf qui part favorite face à une autre femme, la PLR Daniela Schneeberger. Ce qui offrirait un siège supplémentaire aux écologistes à la Chambre haute. Enfin, à Schwytz, seul canton où l’UDC occupe les deux sièges de sénateurs, le parti aura fort à faire pour sauvegarder cette hégémonie. Il est menacé par le PDC, qui a placé son candidat à la deuxième place au premier tour.


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