Le renaissance des papyrus de l'Université de Bâle

HistoireUne collection découverte au fond d’un tiroir devrait livrer de précieuses informations sur la vie quotidienne en Egypte ancienne.

Un des 65 papyrus égyptiens vieux de 2000 ans qui dormaient à l’Université de Bâle.

Un des 65 papyrus égyptiens vieux de 2000 ans qui dormaient à l’Université de Bâle. Image: CH. FLIERL

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Le trésor dormait depuis un siècle dans deux tiroirs du Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque universitaire de Bâle. «Avez-vous toujours vos papyrus égyptiens?» Cette question d’un papyrologue étranger a mis la puce à l’oreille de Sabine Huebner.

La professeure d’histoire ancienne à l’Université de Bâle s’est mise en chasse et est finalement tombée sur une collection de 65 papyrus vieux de quelque 2000 ans. Ce fonds inestimable avait été acquis il y a un siècle par l’université. Faute de spécialiste, il est peu à peu tombé dans l’oubli.

Comme la plupart des papyrus découverts en Egypte, ces textes rédigés en grec, en latin, en copte et en hiératique (écriture hiéroglyphe simplifiée, utilisée dans la vie courante) traitent de la vie de tous les jours. «Ce sont des contrats, des lettres, des quittances, indique Sabine Huebner. On y trouve un contrat de réquisition de chameaux pour un transport, un acte de vente pour un âne, une vente de fourrage, des factures ou des lettres privées.»

La professeure a détecté une perle, la plus ancienne lettre privée connue de l’ère chrétienne, datée de la première moitié du IIIe siècle. La collection comprend aussi des documents comptant parmi les premiers papyrus parvenus aux érudits occidentaux et apparentés aux papyrus de Ravenne. Ils ont été offerts à l’Université de Bâle en 1591, bien avant que les archéologues ne se passionnent pour l’Egypte.

Textes à digitaliser

Même si la découverte d’archives en déshérence dans une bibliothèque n’est, en soi, pas exceptionnelle, Paul Schubert, professeur de grec ancien à l’Université de Genève, attend avec grand intérêt les résultats de sa collègue bâloise. Cette dernière a reçu en effet l’appui du Fonds national suisse afin de faire digitaliser, commenter et traduire les documents.

Ceux-ci seront ensuite publiés et mis à la disposition des chercheurs sur le site papyrusportal.de. Il est prévu également d’étudier les originaux au moyen de techniques non invasives afin d’analyser les encres, notamment.

La plupart des papyrus détenus dans les bibliothèques ont été trouvés par hasard ou lors de fouil­­les, sauvages ou non, effectuées au XIXe ou au début du XXe siècle, qui ne répondent pas aux critères de l’archéologie moderne. Mais il en faudrait un peu plus pour décourager les chercheurs. «Ils doivent se livrer à un véritable travail de détective, en recherchant des noms, des dates, des lieux, afin de replacer ces documents dans leur contexte», explique Paul Schubert.

Un travail qui est aujourd’hui grandement facilité par la digitalisation et la mise en ligne de ces textes.

«Grâce à ces papyrus tirés des sables, la vie quotidienne en Egypte ancienne est beaucoup mieux documentée que des périodes plus récentes comme le Moyen Age ou la Renaissance», poursuit Paul Schubert, qui compare les lieux de découverte à des corbeilles à papier où étaient jetés les écrits devenus inutiles.

«A ce jour, quelque 60'000 à 70'000 textes ont été publiés. Chaque lettre, chaque contrat n’est pas forcément intéressant en soi, mais c’est l’ensemble et les détails qu’il révèle qui deviennent passionnants, conclut le professeur. En reliant des documents entre eux, on voit apparaître une correspondance, on parvient à suivre ce qui s’est passé dans un village, une région, à un moment donné.»

Encore un gros potentiel

La collection bâloise de papyrus a été acquise en 1900 par une fondation afin d’en doter la Bibliothèque universitaire. Au début du XXe siècle, la papyrologie connaissait une grande ferveur: elle a permis notamment de retrouver les œuvres d’auteurs antiques que l’on croyait disparues à jamais. Les chercheurs espéraient aussi étudier plus à fond les premiers siècles du christianisme et découvrir des évangélistes inconnus.

Aujourd’hui, la papyrologie reste une discipline jeune, avec un immense potentiel. On estime à 5% seulement les documents qui ont été étudiés à ce jour. Le reste prend la poussière dans les caves des musées et des bibliothèques, comme à Bâle. Sans parler des papyrus qui dorment toujours dans les sables égyptiens.

Créé: 21.07.2015, 19h23

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