Qui pour reprendre la présidence de l'UDC?

SuccessionSi deux hommes ont longtemps fait la course en tête pour diriger le parti, deux femmes pourraient déjouer les pronostics.

Qui va remplacer le président démissionnaire Albert Rösti?

Qui va remplacer le président démissionnaire Albert Rösti? Image: Keystone

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Il n’aura pas la tâche facile, le futur leader de l’UDC. Après le flop des dernières élections – douze sièges de moins au National –, le président Albert Rösti a décidé de laisser à d’autres le soin de redresser le premier parti du pays. Or ce dernier traverse une période compliquée. Outre les mauvais résultats, l’UDC est aussi engagée dans un référendum contre le congé paternité qui déchire ses ailes romande et alémanique. Et dans quelques mois, l’UDC devra défendre seule contre tous son initiative, qui veut en finir avec la libre circulation, ce qui conduirait à la chute des bilatérales.

Pour trouver la perle rare, capable de relever ces défis, le parti a décidé vendredi de former une commission de sélection, présidée par Caspar Baader, l’ex-chef de groupe de l’UDC au parlement et tenant d’une ligne dure. Quels sont les critères recherchés? «Nous sommes en train de recruter les membres qui formeront la commission. Nous déciderons ensuite des critères», répond le Bâlois.

Si l’élection du nouveau président est agendée au 28 mars lors de l’assemblée du parti, les candidats ont jusqu’à la fin du mois pour se faire connaître auprès de leur section cantonale. Mais sous la Coupole, certains dessinent déjà le profil du candidat idéal. «Il faut qu’il ait du charisme, c’est indéniable, réagit Michael Buffat (VD). Et pour les Romands, ce serait bien qu’il parle français.» Selon Jean-Luc Addor (VS), le profil idéal est «un troupier proche du peuple bien plus qu’un millionnaire».

Parmi les noms cités figure l’agriculteur Marcel Dettling (SZ), considéré comme le favori. D’autres conseillers nationaux pourraient lui voler la vedette, le banquier Thomas Matter (ZH) ou la patronne de PME Sandra Sollberger (BL) – tous deux membres de la direction de l’UDC –, mais aussi Céline Amaudruz (GE), l’actuelle vice-présidente. Ce week-end, la presse évoquait encore le nom de Monika Rüegger, première femme de son canton, Obwald, à être élue au National. Mais ses chances paraissent ténues.


Céline Amaudruz (GE)

Une Romande pour créer la surprise

Des trois vice-présidents actuels, c’est elle qui a le plus d’expérience puisqu’elle occupe la fonction depuis 2016. À bientôt 40 ans, Céline Amaudruz est devenue avec le temps le porte-voix des Romands au sein du parti. Celle qui vient d’être réélue pour un troisième mandat au Conseil national siège désormais dans deux commissions prestigieuses, celle de l’économie et des redevances, mais aussi celle qui s’occupe des assurances sociales. Elle remplit donc plusieurs des critères qu’on attend d’un prétendant à la présidence. Est-elle en course? «Je suis toujours au stade de la réflexion», nous répond la principale intéressée. Avec le temps, la Genevoise a pris de la bouteille, et n’hésite pas à incarner une vision plus moderne et urbaine de l’UDC. Si elle ne transige pas sur les fondamentaux (questions européenne et migratoire), elle se montre bien plus ouverte sur les questions de société ou d’égalité. Reste que l’UDC est un parti largement alémanique. Une Romande a-t-elle une chance d’en prendre la tête? Cela paraît difficile, à moins que le parti ne s’inspire du PS et ne s’intéresse à une coprésidence. Un scénario jusqu’ici très peu évoqué au sein du plus grand parti du pays.


Marcel Dettling (SZ)

Un agriculteur dans le rôle de favori

Il y a quelques semaines, Marcel Dettling était encore un parfait inconnu en terres romandes. Mais, depuis l’annonce du retrait d’Albert Rösti, cet agriculteur de Suisse centrale est devenu pour beaucoup de médias le papable le plus sérieux pour lui succéder à la tête du parti. Élu au Conseil national en 2015, ce Schwytzois a rejoint peu de temps après la direction de l’UDC Suisse. Preuve que les instances du parti lui font confiance, il l’ont aussi propulsé à la puissante et convoitée Commission de l’économie et des redevances. Mais ce n’est pas tout. C’est lui également le responsable de la campagne de l’initiative dite de limitation, soit celle qui veut en finir avec la libre circulation des personnes. Un enjeu primordial pour le parti. L’homme serait également dans les bons papiers de Christoph Blocher. «Il sera élu, car il a une ligne direct avec Herrliberg (ndlr: le domicile de Blocher)», pronostique un UDC qui préfère garder l’anonymat. Marié et père de trois enfants, Marcel Dettling a passé un année à Yverdon-les-Bains dans le cadre de son apprentissage d’agriculteur et se débrouille en français. Hasard du calendrier, il fêtera ses 39 ans le 1er février, soit le jour du délai fixé pour le dépôt des candidatures.


Thomas Matter (ZH)

Un banquier millionnaire comme challenger

Autant Marcel Dettling représente l’aile paysanne de l’UDC, autant Thomas Matter incarne l’aile économique. À 54 ans, ce banquier multimillionnaire préfère se décrire comme entrepreneur. Entré sous la Coupole en 2014, à la suite du retrait de Christoph Blocher, il sera réélu par deux fois. Marié et père de trois enfants, Thomas Matter s’est fait un nom en lançant l’initiative pour la protection de la sphère privée, qui a bétonné le secret bancaire pour les Suisses. Actuellement, il siège à la Commission de l’économie et des redevances et est membre de la présidence de l’UDC Suisse. L’homme sort régulièrement des vidéos où il donne son avis sur tout. Avec parfois des dérapages quand, par exemple, il compare l’ex-présidente des jeunes socialistes, Tamara Funicello, au bonhomme Michelin... On lui doit également le rap de l’UDC pour les fédérales de 2015, qui a été visionnée près d’un million de fois sur YouTube (ndlr: voir la vidéo ci-dessous).

On y voyait Blocher en peignoir en train de couper le gazon avec des ciseaux et lui, Matter, en train d’enfourner à la pelle des billets dans une machine à laver. Il récidivait aux fédérales 2019 avec une série, genre thriller, nommée «Bataille électorale».


Sandra Sollberger (BL)

Une patronne de PME comme outsider

Son nom est régulièrement cité outre-Sarine. Sandra Sollberger est-elle candidate à la succession d’Albert Rösti? Au téléphone, la Bâloise refuse de répondre par oui ou par non et se laisse encore deux semaines avant de déclarer ses ambitions. «Je suis à la tête d’une PME active dans la peinture, et si je devais présider l’UDC, cela aurait inévitablement des conséquences sur mon entreprise. C’est donc une décision qui doit être mûrement réfléchie», se justifie-t-elle. Sandra Sollberger, 46 ans, est mariée et mère de deux enfants aujourd’hui adultes. Actuellement, elle siège dans la Commission des finances et dans celle qui s’occupe des questions de transports et de télécommunication. Depuis son entrée au Conseil national en 2015, elle est régulièrement mise en avant par les instances du parti. En mars 2018, la patronne de PME prend d’ailleurs du galon au sein de l’UDC Suisse, et est élue comme membre de la présidence. Elle est la seule femme à ce niveau, si on excepte les deux vice-présidentes Céline Amaudruz et Magdalena Martullo-Blocher. Osera-t-elle tenter le grand saut? Elle nous avoue en tout cas prendre actuellement des cours pour améliorer son niveau en français.

Créé: 13.01.2020, 17h51

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