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Retraite à 66 ou à 64 ans? La table ronde déballe tout

Alain Berset a convié les acteurs des assurances sociales à faire le point suite à l’échec de la réforme des retraites. Dur, dur.

Alain Berset, ici aux côtés du directeur de l’Office fédéral des assurances sociales, Jürg Brechbühl.
Alain Berset, ici aux côtés du directeur de l’Office fédéral des assurances sociales, Jürg Brechbühl.
Keystone

Alain Berset ne déprime pas tout seul dans son Département de l’intérieur. Un mois après le mortifiant échec de la grande réforme des retraites dans les urnes, le conseiller fédéral consulte à tout va. Vendredi, il a invité 27 organisations et partis à une table ronde où les acteurs du dossier ont pu s’exprimer pendant plus de deux heures à Berne. Alain Berset, lui, a écouté sagement. «C’était la première fois que tous les acteurs de la campagne pouvaient clairement exposer leur position devant tout le monde. La rencontre a été intéressante. J’ai pris 17 pages de notes manuscrites.»

Désaccord général

Intéressant ne veut pas dire fructueux. D’ailleurs le chef du Département fédéral de l’intérieur ne cache pas qu’une nouvelle solution pour les retraites est pour l’instant hors de portée: «Il y a un désaccord des participants sur pratiquement tous les points.» Des exemples? Les tenants de la gauche musclée ne veulent pas entendre parler de l’élévation de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans. Ils défendent mordicus le statu quo à 64 ans. A l’inverse, les tenants de la droite musclée veulent d’ores et déjà qu’on mette sur la table la retraite à 66 ans, pour les deux sexes. Ils s’accrochent au fait que l’espérance de vie n’a cessé d’augmenter.

Au milieu de ce dialogue de sourds, la droite parlementaire avance ses pions depuis plusieurs semaines pour réformer rapidement l’AVS avec un âge de la retraite commun à 65 ans. Soit une année de plus de travail pour les femmes. PLR et UDC sont prêts à lâcher un peu de lest pour entraîner dans leur camp le PDC. On parle d’une compensation intégrale pour les très bas salaires.

Il est douteux que ce type de compensation suffise au 4e parti gouvernemental, les socialistes. Ces derniers menacent déjà de référendum toute élévation de l’âge de la retraite des femmes sans une généreuse compensation. De toute façon, c’est le peuple qui aura le dernier mot.

Appel au compromis

Alain Berset attire d’ailleurs l’attention de tous les acteurs, et implicitement celle de la droite qui a gagné il y a un mois, au sens du compromis. «On l’a vu à de nombreuses reprises sur les assurances sociales. Il ne suffit pas d’avoir une majorité au parlement. Encore faut-il que le projet soit accepté par le peuple.»

La course d’obstacles s’avère très longue tant les visions politiques divergent. Prenons simplement la question de la TVA. Tout le monde, peu ou prou, accepte un prélèvement supplémentaire pour sécuriser l’assurance vieillesse et pérenniser le niveau des rentes. Mais à combien la hausse doit-elle se monter: 0,3%, 0,6%, 1%, 1,6%? Enoncés comme cela, ces chiffres apparaissent modestes. Mais ils cachent en fait des différences en milliards de francs. Rappelons que la TVA est déjà la vache à lait de la Confédération puisque c’est sa première source de revenus, devant l’impôt fédéral direct. La taxe a rapporté 22,4 milliards en 2016. On peut aller au-delà mais jusqu’où? Des problèmes similaires d’arbitrage financier se posent pour le 2e pilier. Faut-il baisser le taux de conversion des rentes et, si oui, de combien de pour-cent?

«Personne ou presque ne s’oppose à une réforme. Nous devons avancer dans ce dossier avec modestie»

Le conseiller fédéral a tenté vendredi en fin d’après-midi de positiver à fond et tirer parti des maigres convergences entre les 27 acteurs. «Personne ou presque ne s’oppose à une réforme, observe-t-il. Nous devons avancer dans ce dossier avec modestie.» Il promet une première discussion sur le sujet au Conseil fédéral avant la fin de l’année.

Etat des lieux en commission

La Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil des Etats, qui siégeait ces derniers jours, a aussi procédé à un état des lieux de la situation après le rejet de la prévoyance vieillesse 2020. Elle se réjouit que le Conseil fédéral prenne le taureau par les cornes et ouvre une discussion aussi large que possible.

Pour lui faciliter la vie, la Commission a même voulu lui donner un petit coup de main. Elle a décidé vendredi de geler l’examen de deux motions: l’une visait l’instauration d’un âge de la retraite évoluant en fonction de l’espérance de vie; l’autre demandait à ne plus inscrire dans la loi le taux de conversion minimal des caisses de pension. Une future réforme minimale est déjà assez compliquée sans qu’on charge encore la barque avec de nouvelles exigences…

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