Ce que révèle le débat sur la détention d’armes à feu

Relations Suisse-UELa rudesse des discussions au parlement augure déjà un scrutin très émotionnel dans le pays du tir sportif.

Les armes de service ne devraient pas être concernées par la directive européenne sur les armes.

Les armes de service ne devraient pas être concernées par la directive européenne sur les armes. Image: SALVATORE DI NOLFI

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Le droit des armes devrait être durci. La majorité du Conseil national a donné son aval à la révision de la loi mercredi. La décision n’a pas été prise de gaieté de cœur. C’est sous la contrainte que le centre-droit a dit oui, réduisant le projet au minimum. Quant à la gauche, elle s’est ralliée la boule au ventre. Dans un débat houleux, la question des armes a rapidement été dépassée par les relations de la Suisse avec l’UE.

Le contexte dans lequel cette loi a été concoctée est essentiel pour comprendre cette évolution. Après les attentats qui ont frappé l’Europe, Bruxelles décide d’apporter une réponse politique au terrorisme. Elle durcira dès mai 2019 sa réglementation sur les armes. Dans son viseur, certaines armes semi-automatiques susceptibles de faire beaucoup de victimes. Comme il s’agit d’un développement de l’acquis de Schengen, la Suisse doit suivre. «Sous peine de voir l’accord dénoncé», a prévenu Pierre-Alain Fridez (PS/JU), au nom de la commission.

Kyrielle d’exceptions

Conscient qu’il avance en terrain miné – en Suisse le rapport aux armes est sacré – le Conseil fédéral a pris soin de négocier une kyrielle d’exceptions. «Pour les chasseurs ou les militaires, la loi ne changera rien. Musées et autres collectionneurs devront simplement obtenir une autorisation. Quant aux tireurs sportifs, il suffira d’être membre d’une société de tir ou de prouver qu’ils ont une pratique régulière», a énuméré Simonetta Sommaruga, ministre de la Justice. Elle souhaite aussi corriger certaines «contre-vérités». Il n’y aura pas de tests psychologiques. Quant aux détenteurs d’armes, ils auront trois ans pour s’enregistrer auprès de leur canton. L’idée d’un registre central est abandonnée.

À écouter les arguments de l’UDC, seul parti opposé, le Conseil fédéral aurait pu multiplier les exceptions, jamais il n’aurait obtenu son soutien. «Cette loi ne sert a rien, a martelé Beat Arnold (UDC/UR). Ce n’est pas l’arme qui tue mais les criminels.» Et de rappeler que les derniers attentats ont été commis avec des armes blanches ou des véhicules béliers. «Va-t-on interdire les camionnettes?» Pour lui, cette loi fait de tout propriétaire d’arme un suspect. «C’est une hydre bureaucratique contraire à nos traditions.»

Son collègue Werner Salzmann (UDC/BE) craint carrément un désarmement déguisé de la Suisse. «Si les citoyens achètent des armes, c’est parce qu’ils ont peur. Bruxelles veut se mêler de nos droits. Il faut voir cette directive comme un signal de ce qui nous attend si nous signons un accord institutionnel avec l’UE.» Président ad interim de ProTell, association qui milite pour un droit libéral des armes, Jean-Luc Addor (UDC/VS) ne croit pas à une dénonciation de Schengen en cas de refus. «L’UE aurait trop à perdre. La Suisse est bonne élève.»

Le non UDC est surtout un non de principe. Cette directive est un cocktail explosif de tout ce qui fait le fonds de commerce du parti. Il y a l’ingérence de l’UE, les traditions helvétiques et la bureaucratie. Pour Carlo Sommaruga (PS/GE), il ne faut pas être dupe. Si l’UDC veut faire capoter cette révision, c’est dans le seul but de torpiller l’accord Schengen de façon «couarde et hypocrite».

Sacrifier Schengen sur l’autel du droit des armes? Pas question pour le centre-droit. «Cet accord est important pour la sécurité, le contrôle des migrations et l’économie», rappelle Beat Flach (PVL/AG). «Cette directive est regrettable car elle porte atteinte au lien de confiance entre le citoyen et l’État, mais il y a un bénéfice net en termes de sécurité», ajoute Corina Eichenberger (PLR/AG). «Le prix à payer est raisonnable, conclut Nicolo Paganini (PDC/SG). N’en déplaise aux fanatiques qui défendent une souveraineté tatillonne. Quant à un diktat de l’UE dont le but est de désarmer la Suisse, c’est de la paranoïa.»

«On nage dans l’irrationnel»

La gauche a apporté son soutien, mais sans enthousiasme. «Je suis en colère, a même lancé Lisa Mazzone (Verts/GE) à la tribune. On parle de broutilles, alors qu’il est question de sécurité. Les armes tuent.» Pour elle, le projet ne va pas assez loin pour lutter contre les suicides et les violences domestiques. Balthasar Glättli (Verts/ZH) s’inquiète aussi du discours de ceux qui réclament un «droit des armes à l’américaine». «On nage dans l’irrationnel.»

Battue, l’UDC a déjà annoncé qu’elle lancerait le référendum si le Conseil des États ne modifiait pas la loi. L’occasion pour le lobby des armes et les sociétés de tir, dont l’hyperactivité a été évoquée par des élus de corriger le tir. «Quand on lit le ton des messages que l’on reçoit, on se demande si c’est une bonne idée de donner des armes à ces gens-là», a ironisé Chantal Galladé (PS/ZH). La campagne qui s’annonce sera houleuse. (24 heures)

Créé: 30.05.2018, 22h50

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