La RIE III met en lumière le problème Ueli Maurer

Conseil fédéralLe conseiller fédéral sort affaibli après deux grosses défaites successives. Sa crédibilité est entamée

DébâcleUeli Maurer, dimanche, à son arrivée à la conférence de presse du Conseil fédéral après le non à la RIE III.

DébâcleUeli Maurer, dimanche, à son arrivée à la conférence de presse du Conseil fédéral après le non à la RIE III. Image: Keystone

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Tout le monde peut se planter une fois. Le conseiller fédéral Ueli Maurer, alors chef du Département fédéral de la sécurité, l’a fait de façon spectaculaire en mai 2014 lorsque son projet de nouvel avion de combat s’est crashé en votation populaire. Le Gripen était pourtant LE projet phare de la décennie en matière militaire. Le problème? Ueli Maurer a récidivé dimanche dernier. Désormais chef du Département fédéral des finances, il a essuyé une débâcle sur la réforme fiscale des entreprises (RIE III). Là aussi, c’était LE projet de la décennie en matière financière. Le conseiller fédéral en sort indiscutablement affaibli et sa crédibilité en souffre.

Cette crédibilité est d’autant plus mise à mal qu’il n’a pas été bon lors de la campagne de votation. Il a suffi de quelques mots de l’ancienne ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf, très sceptique sur la version finale de la RIE III, pour électriser le climat politique. En revanche, les menaces d’Ueli Maurer de lancer immédiatement un vaste plan d’économies si un non sortait des urnes sont tombées à plat. Et pour cause. Au soir de la défaite, le conseiller fédéral a reconnu de facto qu’il s’agissait de menaces en l’air et qu’un tel plan n’interviendrait pas avant trois ou quatre ans. Fake news, dirait-on aux Etats-Unis.

Cette légèreté dans l’argumentation passe encore pour un président de parti dans le feu d’une campagne. Elle est difficilement supportable pour un ministre des Finances qui engage la Confédération. Cette nonchalance constitue le revers de la médaille d’un Ueli Maurer qui, par ailleurs, est d’un contact facile, parle cash dans les interviews et n’a pas la grosse tête ni la science infuse, contrairement à certains de ses collègues ministres. Il avait aussi plutôt bien commencé son mandat aux Finances. Mais il y avait de quoi se gratter la tête, dimanche, quand il a annoncé d’emblée qu’il serait impossible de tenir le délai du 1er janvier 2019 pour une nouvelle RIE III. De la Lex USA à la loi d’application de l’initiative «Contre l’immigration de masse», le parlement a déjà démontré qu’il peut travailler à un rythme très élevé quand les circonstances l’exigent.

«S’il veut rester au Conseil fédéral, Ueli Maurer doit faire son boulot! Il ne suffit pas de grogner, mais de présenter les grandes lignes d’une nouvelle RIE III d’ici à juin 2017»

Cette propension à jouer la montre après une défaite en votation énerve prodigieusement la gauche. «S’il veut rester au Conseil fédéral, Ueli Maurer doit faire son boulot!» tonne Roger Nordmann, le chef du groupe socialiste au parlement. «Il ne suffit pas de grogner mais de présenter les grandes lignes d’une nouvelle RIE III d’ici à juin 2017. Ce n’est pas sérieux d’affirmer que les délais de janvier 2019 pour une nouvelle loi ne peuvent pas être tenus.» Les Jeunes socialistes sont allés plus loin en réclamant carrément la démission du conseiller fédéral UDC après sa défaite. Une demande folklorique, quand on sait que le système suisse, avec son gouvernement de coalition, ne coupe jamais la tête d’un ministre qui perd une votation. D’ailleurs, Gerhard Pfister, président du PDC, s’est gaussé des Jeunes PS: «S’ils étaient conséquents, ils auraient dû demander la démission de Simonetta Sommaruga après le oui à l’initiative UDC «Contre l’immigration de masse.»

A droite, on se refuse d’ailleurs à tirer sur l’ambulance Maurer. «Il est un peu affaibli par l’échec de la RIE III, reconnaît certes le conseiller national Guillaume Barazzone (PDC/GE). Mais c’est surtout un échec collectif du Conseil fédéral, des partis de droite, des cantons et des organisations économiques.» L’élu appelle maintenant Maurer à rassembler toutes les parties autour d’une table pour trouver une solution. «Il doit aussi jouer un rôle de leader à l’UDC, dont une large partie a voté contre la RIE III.»

Plus on se déplace sur la droite et moins la critique envers le ministre des Finances devient audible. «Il n’y a aucun problème Maurer, tranche Christian Lüscher, vice-président du PLR. La défaite sur la RIE III était collective et il s’agit désormais de corriger le tir. Maurer, l’Administration fédérale et les deux Chambres feront leur travail.» Il juge le délai de 2019 comme un cap à garder, même si cela prend au final plus de temps.

Une arme secrète
Albert Rösti, président de l’UDC, défend bec et ongles son conseiller fédéral. «Ce n’est pas le premier ministre à perdre une votation. Doris Leuthard a déjà perdu plusieurs scrutins, dont celui sur la vignette.» Il applaudit même les déclarations tonitruantes de Maurer sur le futur grand plan d’économies à la Confédération. «C’est clair qu’il nous faut un tel plan! Et l’UDC va le demander explicitement au parlement car nous ne voulons pas de hausses d’impôts.»

Il n’en reste pas moins qu’on peut nourrir des doutes sur la capacité de Maurer à porter une grande réforme fiscale sous la pression internationale. C’est justement ce qu’avait réussi, contre vents et marées, sa prédécesseur Eveline Widmer-Schlumpf sur l’échange automatique des informations. Pour remonter la pente et affronter la fin des statuts spéciaux des entreprises, Ueli Maurer dispose cependant d’une arme secrète: Jörg Gasser. L’actuel directeur du Secrétariat d’Etat aux questions financières internationales est l’ancien bras droit de… Eveline Widmer-Schlumpf. Le fantôme de la Grisonne n’a pas fini de planer sur l’UDC à Berne.

Créé: 15.02.2017, 06h41

Sondage

Les votants n'ont pas cru à une fuite des multinationales

Les citoyens devront payer pour que les entreprises puissent conserver des gains élevés. De plus les coûts et les conséquences de la réforme n’ont pas pu être évalués. Voilà les deux arguments qui ont scellé le sort de la troisième réforme des entreprises. Ils ont été cités par respectivement 40% et 30% des votants qui l’ont rejetée.

En face, les partisans n’ont pu capitaliser que sur une seule affirmation martelée durant la campagne: le fait que la Suisse n’avait pas d’autre choix que de s’adapter à la concurrence fiscale internationale. 63% des votants qui ont glissé un oui dans l’urne l’ont fait pour cette raison. C’est ce que révèle le sondage organisé sur les plates-formes d’information de Tamedia, les trois jours précédant le scrutin. Plus de 16'000 personnes ont répondu, avec une marge d’erreur de +/- 2,4%.

La campagne anxiogène des milieux économiques n’a pas vraiment pris.
A la question «croyez-vous qu’un non provoquera le départ de nombreuses entreprises?» seulement 20% des votants ont répondu par l’affirmative. 43% ont dit non. Et 34% ont estimé qu’il était possible que quelques multinationales quittent la Suisse, mais que cela serait supportable. A noter que, parmi les personnes qui ont coché cet argument, 54% ont au final rejeté la RIE III, et 46% l’ont acceptée!

Enfin, n’en déplaise à Christian Levrat, ce n’est pas le Parti socialiste qui a joué le rôle le plus important dans le camp du non. L’ancienne conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf arrive en tête des acteurs jugés les plus convaincants. 31% des sondés l’ont citée. C’est plus de deux fois plus que le PS, cité par 14% des votants. Les syndicats ou les représentants des communes apparaissent comme quantités négligeables. Ils ne sont cités que par 4% des sondés.

Dans le camp du oui, les choses sont un peu moins nettes. Le PLR a convaincu 20% des personnes interrogées, devant le conseiller fédéral Ueli Maurer (15%) et les milieux économiques (13%). Le PDC arrive très loin derrière. Il n’est cité que par 2% des sondés.

Judith Mayencourt

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