«Le risque d’une telle catastrophe est réel en Suisse»

Séisme meurtrierUn tremblement de terre, comme celui qui vient de secouer l’Italie, pourrait se produire chez nous. Le canton du Valais s’y prépare.

«La population a tendance à l’oublier, mais notre pays a déjà connu des tremblements de terre de 6 et plus.»

«La population a tendance à l’oublier, mais notre pays a déjà connu des tremblements de terre de 6 et plus.» Image: A- Isabelle Favre

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Les séismes sont un danger à prendre au sérieux. Même en Suisse. Selon les spécialistes, un tremblement de terre comparable à celui qui vient de secouer l’Italie pourrait se produire d’ici à 2040 dans le Valais. Explications de Raphaël Mayoraz, géologue cantonal du Valais.

Depuis 2001, l’Italie est régulièrement touchée par des séismes. Pourquoi le risque est-il si élevé dans ce pays?

On sait depuis des siècles que l’Italie est sensible aux tremblements de terre, parce que la Péninsule se trouve coincée entre les plaques tectoniques d’Eurasie et d’Afrique qui convergent l’une vers l’autre. L’écorce terrestre, comprimée par cette pression, se fracture, créant des failles et des microplaques qui s’affrontent entre elles. Il faut imaginer deux pierres que l’on pousse l’une vers l’autre, un peu de biais. Au début, ça presse, ça presse et puis d’un coup ça lâche, ce qui provoque un tremblement de terre plus ou moins dévastateur. Celui qui vient de se produire avait une amplitude de 6,2 sur l’échelle de Richter, ce qui, sans être exceptionnel, est déjà très puissant.

Un séisme aussi important est-il possible en Suisse?

Absolument. La population a tendance à l’oublier, mais notre pays a déjà connu des tremblements de terre de 6 et plus. Deux cantons sont particulièrement concernés: le Valais et Bâle. En 1946 par exemple, un séisme d’une magnitude 6,1 s’est produit près de Sierre, tuant quatre personnes. Mais à l’époque, la plaine du Rhône était relativement peu peuplée… Aujourd’hui, les conséquences seraient tout autres.

Peut-on prévoir ces événements?

Des centaines de chercheurs travaillent sur le sujet, mais nous ne savons pas encore prévoir de façon précise la survenue d’un tremblement de terre. Deux raisons à cela: la première c’est que tous les mécanismes à l’œuvre ne sont pas connus. La seconde, c’est que l’épicentre d’un séisme se trouve souvent à 10 km sous terre. Or nous ne disposons pas d’instrument capable de travailler à cette profondeur. Résultat: nous ne pouvons fournir que des probabilités établies selon les événements antérieurs. Dans le Valais, des séismes de magnitudes 6 et plus se produisent une fois tous les cent ans environ. Le dernier remontre à 1946 (6,1 sur l’échelle de Richter) et le précédent date de 1855 (6,4). Nous nous attendons donc à un nouveau séisme majeur d’ici à 2040.

Le Valais est-il prêt?

On n’est jamais suffisamment prêt, mais nous essayons de faire monter la pression car l’échéance approche et nous souhaitons tout mettre en place pour éviter un drame comme celui de L’Aquila, en 2009, qui a fait 300 morts.

Quelles mesures ont été prises?

Depuis 2004, le canton est doté d’une loi sur les bâtiments qui impose aux gens de construire selon les normes antisismiques. Ensuite, nous travaillons beaucoup sur l’éducation, afin d’enseigner à la population comment se comporter en cas de tremblement de terre. Un simulateur sismique a ainsi été construit à Sion et tous les écoliers vont s’y rendre afin d’acquérir les bons réflexes. Nous étudions également les retours d’expérience de nos voisins, en particulier l’Italie, afin que cela ne soit pas le chaos. Comment faire en sorte que les secours puissent intervenir, que les magasins restent approvisionnés, sont des questions auxquelles nous tentons d’apporter des réponses.

Cela va-t-il suffire?

Je dirais que nous sommes dans une bonne situation parce que des mesures ont été prises. Mais nous ne sommes pas dans une excellente position, parce que ces mesures commencent seulement à produire leurs effets. A Sion, par exemple, un nouvel hôpital va être bâti aux normes antisismiques. Pour le géologue cantonal que je suis, c’est un véritable soulagement. Mais il n’est pas encore là, alors j’espère que le tremblement de terre va attendre encore un peu avant de se produire. (24 heures)

Créé: 25.08.2016, 09h51

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