Le Röstigraben se meurt

VotationsUn doctorant de l'EPFL démontre que le fossé s'est déplacé entre villes et campagnes.

Depuis une décennie, le Röstigraben s’atténue pour être remplacé par une opposition villes-campagnes.

Depuis une décennie, le Röstigraben s’atténue pour être remplacé par une opposition villes-campagnes.

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Au soir de chaque votation populaire, le scénario est le même: les analystes politiques scrutent les résultats à la recherche du fameux Röstigraben, ce fossé révélateur des différences d’opinion et de sensibilité entre Suisses alémaniques et Romands. Architecte et chercheur en urbanisme à l’EPFL, le Canadien Shin Alexandre Koseki s’est penché sur ce serpent de mer de la politique suisse. Pour ce faire, il s’est basé sur une approche novatrice développée avec l’atelier ALICE et le Laboratoire Chôros qui associe urbanisme, analyses de votes et big data. Et les résultats sont surprenants: depuis une décennie, le Röstigraben s’atténue pour être remplacé par une opposition villes-campagnes.

La Suisse, une métropole

En analysant les cartogrammes – des cartes déformées en fonction de la population des communes – ci-contre, on observe que le net clivage linguistique résultant des votes intervenus entre 1981 et 1991 diminue durant la décennie suivante. Par la suite, l’étude des consultations populaires entre 2003 et 2014 fait apparaître un axe reliant la Suisse romande aux villes alémaniques. Axe qui est révélateur d’une communauté d’idées et d’opinions entre les deux populations. «La Suisse est devenue une grande métropole reliée par les CFF. Ses habitants partagent beaucoup de points communs et votent de manière similaire», explique l’EPFL.

Si l’opposition Suisse allemande-Suisse romande tend à disparaître, elle est remplacée par une nouvelle polarisation plutôt singulière. D’un côté, les banlieues et les campagnes alémaniques, de l’autre un groupe hétéroclite rassemblant les habitants des grandes villes alémaniques, les Suisses romands, les Tessinois et une partie des Grisons. Une situation qui est le reflet d’une nouvelle articulation sociale et politique. «La Suisse connaît plus de pendularité, plus d’échanges, Berne n’est plus aussi loin qu’auparavant. Les habitants des grandes villes partagent donc désormais les mêmes intérêts, voire les mêmes valeurs», explique Shin Koseki.

Une Suisse plus consensuelle

«Dans l’ensemble, les préférences politiques des populations communales tendent à converger. Du point de vue géographique, la Suisse devient plus consensuelle, moins régionaliste», estime le chercheur. Pour son travail, Shin Koseki a adopté une méthode dite de l’«analyse réseau». Cette dernière permet d’observer les liens politiques entre les communautés locales ainsi que leur évolution. «Cette approche permet de comprendre par exemple que la population de Zurich est, sur le plan historique, en accord politique avec celles de Berne, de Bâle et de Winterthour. Elle permet de voir aussi avec quelle population les Zurichois sont le plus en désaccord, en l’occurrence les habitants d’une commune du canton de Schwytz», explique le doctorant.

Le travail de Shin Koseki permet aussi de constater que les divisions perdurent en Suisse. Par exemple, les banlieues alémaniques s’opposent plus fréquemment aux grandes villes: la communauté de vues que l’on observait jusqu’au début du nouveau millénaire a disparu. A fortiori, les communes des campagnes affichent des votes encore plus différents que ceux des villes, mais similaires entre eux.

Un constat qui ne s’applique pas au Tessin, qui affiche une belle homogénéité au fil des décennies: «Ce canton n’a pas de grande ville cosmopolite. Il ne vit donc pas de grand contraste sur son territoire», conclut Shin Koseki.

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Créé: 08.11.2016, 06h55

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Shin Alexandre Koseki, 31 ans, architecte et chercheur en urbanisme à l’EPFL

Pourquoi le Canadien que vous êtes a-t-il décortiqué ainsi le système politique suisse?

Grâce aux nombreuses votations, la Suisse dispose de données très détaillées sur les opinions de sa population. C’est donc un terrain idéal pour qui s’intéresse à comprendre les processus d’évolutions culturelles, sociales et territoriales. On constate que le fait que les communautés soient toujours plus connectées – que ce soit par les transports ou les télécommunications – a un impact sur le système politique unique de la Suisse et ses manifestations sociales et culturelles. L’analyse des votes sur des décennies permet de déceler les degrés d’accord et de désaccord des populations et des régions.

Votre étude montre qu’une opinion des villes est en train d’émerger. Vous préconisez donc de leur donner davantage de pouvoir, au détriment des cantons?

Mon analyse fait apparaître une transformation des champs politiques et géographiques qui coïncident moins que par le passé. Cela m’amène à penser qu’une remise en question de la double majorité du peuple et des cantons serait pertinente.

A l’inverse, les villes sont sous-représentées eu égard à leur poids démographique…

C’est une constante que l’on observe dans toutes les démocraties occidentales. Je pense qu’il conviendrait d’accorder une meilleure représentation aux individus plutôt qu’aux régions.

Envisagez-vous de mener des études similaires dans d’autres pays?

Oui, par exemple en France, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis et bien sûr au Canada. L’idée est d’étudier l’influence de la mobilité et de la globalisation sur la société et la politique. Le Canada présente d’ailleurs beaucoup de similitudes avec la Suisse: fédéralisme, minorités, énormes différences de densité démographique… L’inconvénient dans ces pays est que le chercheur ne dispose pas d’autant de données qu’en Suisse. Il doit donc trouver des éléments reflétant l’évolution des opinions selon les régions.

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