La Romandie est prête à s’incliner devant Cassis

Conseil fédéralIsabelle Moret et Pierre Maudet ne feront pas le plein des voix des élus francophones. Ni dans le groupe PLR, ni à l’assemblée.

Malgré deux candidatures romandes, le Tessinois Ignazio Cassis devrait engranger des voix d'élus francophones. Image: Keystone

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La solidarité romande ne jouera pas lors de la succession de Didier Burkhalter. Ni Isabelle Moret ni Pierre Maudet ne pourront compter sur le soutien unanime des élus francophones. Plus on s’éloigne de la sphère d’influence de l’arc lémanique, moins on estime que ce siège doit absolument revenir à un Romand.

«Je me sentirais plus épaulé par un Tessinois qui vient d’un canton périphérique comme le mien que par un candidat de l’arc lémanique»

Le coup de sonde passé auprès des différentes sections cantonales est révélateur. «Personnellement, je me sentirais plus épaulé par un Tessinois qui vient d’un canton périphérique comme le mien que par un candidat de l’arc lémanique.» Pour Yann Rufer, président du PLR Jura, les choses sont claires: «C’est l’heure du Tessin.» A quelques kilomètres de là, Nicolas Ruedin, président du PLR neuchâtelois, tient peu ou prou le même discours. «C’est important qu’il y ait un choix. Mais après dix-huit ans, le temps est venu pour un italophone.»

«Le Tessin a une chance unique avec le charisme et la personnalité d’Ignazio Cassis, mais je suis contre un régionalisme exacerbé»

En Valais, le discours est plus mesuré. «Le Tessin a une chance unique avec le charisme et la personnalité d’Ignazio Cassis, mais je suis contre un régionalisme exacerbé, réagit René Constantin, président du PLR cantonal. Les critères femme et jeune comptent aussi. Il y a trois candidatures fortes, il faut selon moi un ticket à trois.» A Fribourg, on insiste pour que «ce soient les compétences qui priment», comme l’explique Johanna Gapany, vice-présidente de la section.

Solidarité avec le Tessin
Voilà qui tranche avec les déclarations, samedi, de la conseillère d’Etat vaudoise PLR Jacqueline de Quattro qui affirmait: «Ce siège est romand et s’il revient à un Tessinois, on ne sera pas près de le récupérer.»

Etonnant? Pas tant que cela. «L’arc lémanique, de par son dynamisme, se sent pousser des ailes, mais il oublie parfois que la Suisse se compose de plusieurs sensibilités et minorités, répond un parlementaire PLR. La solidarité romande sera en concurrence avec la solidarité latine. Des élus francophones vont soutenir Ignazio Cassis, même au sein des députations lémaniques.» Ce qui ne devrait toutefois pas bouleverser la composition du ticket. «Le gros de la délégation romande dans le groupe PLR est lémanique.»

Cette solidarité latine qu’on disait mise à mal semble aussi exister au sein de la population. Elle était confirmée lundi dans un podium publié dans Le Matin. Si les lecteurs du quotidien pouvaient élire le futur conseiller fédéral, ils seraient 59% derrière Ignazio Cassis, contre 22% pour Isabelle Moret et 19% pour Pierre Maudet.

Une prise de température qui reflète celle réalisée auprès de parlementaires fédéraux. «Je ne sais pas encore pour qui je voterai, mais je doute qu’il y ait une unanimité des Romands, avoue Jean-Paul Gschwind (PDC/JU).» Pour Mathias Reynard (PS/VS), le siège qui se libère est «latin, pas romand». Un élu du Tessin – canton alpin – est-il plus à même de comprendre les défis du Valais? «Peut-être, mais d’autres arguments sont importants comme la représentation des femmes ou la capacité à être consensuel.» Il n’a pas encore fait son choix.

Sexe et région d’origine, deux critères repris par Manfred Buhler (UDC), unique élu francophone du canton de Berne. «Je note toutefois que la question du sexe peut être corrigée lors des prochaines vacances au Conseil fédéral, alors que pour le Tessin, c’est un peu la dernière qui sonne.» Comme beaucoup d’autres, il ne croit pas que les Alémaniques acceptent d’élire un Tessinois si le Conseil fédéral compte déjà trois Romands.

Comment expliquer ce manque d’engouement pour l’élection d’un francophone. «Le fait que le Conseil fédéral puisse être composé d’une majorité de membres issus des bassins urbains est perçu comme un danger pour la cohésion du pays», réagit un élu d’un canton périphérique.

Retour de manivelle
La question d’une surreprésentation romande inquiète aussi dans l’optique de futures élections au Conseil fédéral. «Avec un peu plus de 20% de francophones, nous avons droit à deux sièges, analyse un socialiste. La configuration actuelle est une exception. Vouloir la maintenir, c’est prendre des risques. Ce sont les Alémaniques qui cèdent des sièges aux minoritaires. Et les Romands – comme les Tessinois – sont minoritaires.» Attention au retour de manivelle.

Et cet élu PDC d’ajouter une autre chausse-trape qui guette les deux candidats qui défient Ignazio Cassis. «Il y a certains soutiens genevois et vaudois qui sont des soutiens de façade. Certains pourraient tomber de haut.»

Ce manque d’unanimité romande peut-il freiner les chances d’Isabelle Moret ou de Pierre Maudet? «Unanimité ou pas, ce sont les Alémaniques qui ont la majorité au parlement, rétorque un observateur. Ce sont eux qu’il faut aller convaincre.»

Créé: 16.08.2017, 19h16

Un ticket PLR à deux est probable

«Avec Ignazio Cassis, Pierre Maudet et Isabelle Moret, nous avons trois excellents candidats à présenter à l’Assemblée le 20 septembre pour la succession de Didier Burkhalter, estime le conseiller national Benoît Genecand (PLR/GE). Pourquoi le groupe parlementaire PLR devrait-il éliminer un candidat le 1er septembre et affaiblir ainsi le parti?»

Le Genevois milite donc fermement pour un ticket PLR composé de trois personnes et non de deux. «On a déjà opéré une sélection drastique parmi les candidats potentiels… puisqu’il y a 5 millions de citoyens en âge d’être élus au Conseil fédéral. Mais surtout, nous n’avons pas de candidat faible qu’on puisse écarter sans états d’âme.»

Le conseiller national Frédéric Borloz (PLR/VD) ne veut pas faire de guerre de religion sur ce sujet. «Indépendamment des candidats actuels, j’ai toujours pensé que le ticket à deux est la bonne formule. Le ticket à trois de l’UDC n’était pas très convaincant. Et puis, dans la situation présente, il serait un peu arrogant de présenter un Tessinois… et deux Romands.»

Le conseiller national Christian Wasserfallen (PLR/BE) penche nettement pour un ticket à deux. «Schneider-Ammann et Keller-Sutter, Burkhalter et Lüscher. Nous avons fait de bonnes expériences avec un ticket à deux. Proposer trois personnes, c’est ouvrir la porte aux jeux politiciens à l’Assemblée fédérale.» Wasserfallen sait qu’il choisira Cassis en numéro un. «Mais entre les deux Romands, c’est très dur de trancher. Je les connais tous les deux et je les apprécie l’un comme l’autre.»

Le ticket à deux, avec une place acquise au chef de groupe Cassis, a la cote au PLR. La présidente Petra Gössi y est favorable. Comme divers conseillers nationaux ou conseillers aux Etats alémaniques. Même le Genevois Hugues Hiltpold s’est prononcé dans le Blick pour une formule à deux.

Prochaine étape de la course: le scan par le PLR des trois candidats sur leur moralité, leur santé physique et financière.

Arthur Grosjean

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