Une voie royale s’ouvre pour les femmes PLR

Conseil fédéralJohann Schneider-Ammann ne se représentera pas en 2019. Le PLR à l’occasion unique de placer une femme au Gouvernement.

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Après des années de disette, la configuration est idéale pour l’élection d’une conseillère fédérale PLR. Vendredi dans la «NZZ», Johann Schneider-Ammann annonçait qu’il ne se représenterait pas. «Mon objectif est clair, je veux rester jusqu’à fin 2019. Mais cette législature sera la dernière.» Cette déclaration lance officiellement la course à sa succession et place les candidatures féminines dans le peloton de tête.

Les femmes PLR se préparent depuis des mois au combat. À peine Ignazio Cassis entrait au Conseil fédéral qu’elles revendiquaient un ticket uniquement féminin pour la prochaine vacance. «Ce point n’a pas encore été tranché au sein du groupe PLR, mais j’ai l’impression qu’une majorité est consciente de l’importance d’élire une femme, explique Doris Fiala (ZH), présidente des Femmes PLR. Il s’agit de montrer si nous sommes un parti progressiste.»

Parmi ceux qui défendent cette stratégie, on trouve sans surprise Raphaël Comte (NE). Le sénateur avait réussi un joli coup en faisant passer une initiative exigeant une représentation équitable des sexes au Conseil fédéral. «Il ne s’agit pas d’interdire aux hommes de se lancer. Mais le groupe peut décider de mettre un accent particulier sur les candidatures féminines. Un ticket à deux femmes serait un signal fort.»

L’idée semble faire son chemin jusque dans les hautes sphères du parti. Devant l’assemblée des Femmes PLR, samedi dernier, la présidente du parti, Petra Gössi, appelait de ses vœux l’élection d’une conseillère fédérale PLR. Vendredi, devant les médias, elle prenait toutefois ses distances vis-à-vis d’un tiquet 100% féminin. Ce point a-t-il déjà été discuté au sein de la présidence? «Si c’était le cas, je ne vous le dirais pas, répond Christian Lüscher (GE), vice-président. Nous dévoilerons notre stratégie au moment du départ de Schneider-Ammann. Je refuse de faire des spéculations.» Numéro deux du groupe, Hugues Hiltpold (GE) estime lui aussi qu’il est trop tôt pour se prononcer. Il plaide plutôt pour un ticket mixte, mais reconnaît que, après l’élection d’un homme latin, «il n’est pas faux de penser que le moment d’une femme alémanique soit venu».

Vaincre le signe indien
Comme le fauteuil de Schneider-Ammann suscite des convoitises depuis des mois, des noms circulant déjà avec insistance sous la Coupole. Il y a notamment l’actuelle présidente du Conseil des États, Karin Keller-Sutter (SG), l’éternelle favorite, mais aussi la présidente du parti, Petra Gössi (SZ), dont la cote va croissant. Parviendront-elles à briser le signe indien? Jusqu’ici le destin des femmes PLR est plutôt maudit, et marqué par un traumatisme: l’affaire Elisabeth Kopp. Première femme à accéder aux fonctions suprêmes, la PLR zurichoise a été obligée de démissionner en 1989 à la suite d’un scandale de délit d’initié. Depuis, il n’y a plus eu aucune ministre PLR.

Si la configuration semble idéale, certains grains de sable pourraient gripper la machine. Il y a tout d’abord l’attitude de Karin Keller-Sutter. «Il faudrait qu’elle accepte une concurrence», tacle un élu PLR. Sous couvert d’anonymat, on sous-entend que la Saint-Galloise se donnerait «des airs de prima donna» et ne serait prête à se lancer dans la course que si un «tapis de roses» lui est déroulé.

Une candidature unique? La stratégie ne prend pas au sein du parti. «Il faut laisser un choix à l’assemblée», confirme Hugues Hiltpold. «Ne présenter qu’une candidate serait risqué. Je préférerais deux femmes, reconnaît Doris Fiala. Nous avons plusieurs politiciennes de grande qualité.»

L’autre embûche, c’est le vote de l’Assemblée fédérale. Plusieurs femmes PLR ont trébuché devant la porte du pouvoir. «Il faut que le PS soit conséquent, tacle Doris Fiala. Ce n’est pas le tout de brûler des soutiens-gorges, il faut aussi voter pour les femmes quand elles sont candidates.»

«Courage ou masochisme»
À l’image du chat échaudé devant l’eau froide, Christa Markwalder (BE) craint que l’histoire ne se répète. «Un ticket uniquement féminin serait effectivement une solution, mais je ne suis pas sûre que les hommes ne tentent pas de faire le forcing. Et puis, quand on voit comment les dernières candidates ont été traitées, il faut ou beaucoup de courage, ou un peu de masochisme pour se lancer.»

Les hommes PLR n’ont en effet peut-être pas dit leur dernier mot. En fonction des scénarios (lire ci-dessous), le sénateur Martin Schmidt (GR) ou le chef de groupe Beat Walti (ZH) – tous deux papables sérieux – pourraient surgir dans la course. Et l’emporter.


Les scénarios qui bouleversent la donne

Qui de Doris Leuthard ou de Johann Schneider-Ammann démissionnera le premier? De la réponse à cette question dépend sans doute l’image du futur Conseil fédéral. La vision d’un collège gouvernemental composé de Simonetta Sommaruga entourée de six hommes fait figure d’épouvantail sous la Coupole. La pression est donc très forte pour qu’une femme soit élue lors de la prochaine vacance.

1) La démission en deux temps
Si Johann Schneider-Ammann décide de démissionner le premier, c’est sur les épaules du PLR que cette pression se fera sentir. De quoi booster les chances des papables masculins du PDC. L’analyse inverse prévaut si Doris Leuthard décide de brûler la politesse au Bernois.

2) La démission coordonnée
Si tous deux décident de partir en même temps, les règles sont claires: les sièges vacants sont pourvus par ordre d’ancienneté. On remplacerait donc d’abord Doris Leuthard, la doyenne du collège. Un coup de pouce pour les femmes PDC, et donc un appel d’air pour les hommes PLR. À moins que ce scénario ne soit piloté par les deux partis pour blinder leur stratégie et faire passer leur candidature préférée.

3) La triple démission
Reste le scénario peu probable qui verrait la démission conjointe de trois conseillers fédéraux. Elle implique qu’Ueli Maurer revienne sur ses déclarations et quitte lui aussi le gouvernement en 2019. Avec près de la moitié du collège à renouveler, cette configuration laisserait planer une grande incertitude le jour J. Les élections deviendraient incontrôlables. Ce seraient la porte ouverte à toutes les surprises. (24 heures)

Créé: 27.04.2018, 21h35

Un collège à trois femmes. Un minimum

Commentaire



par Florent Quiquerez, rubrique Suisse

Sortez les calculettes. À chaque vacance au Conseil fédéral, les parlementaires fédéraux adorent compter les voix pour savoir qui sera élu à la fin. Qui pourra compter sur le soutien des paysans, des Neuchâtelois, des élus proches du lobby de l’armement ou des membres de l’intergroupe parlementaire «Orchestre du Palais fédéral» (oui, il existe).

Une élection au Conseil fédéral tient souvent à peu de chose. Entre connivence et stratégie politique, ce n’est pas forcément le meilleur qui est choisi. Et encore plus rarement la meilleure. Car à ce petit jeu-là, les femmes sont souvent les perdantes. Majoritaires, ces messieurs aiment bien s’élire entre eux. Et le manque de solidarité féminine leur donne parfois un coup de pouce bienvenu.

L’ambiance qui entoure l’annonce du retrait de Johann Schneider-Ammann est assez révélatrice de ces relents de machisme. Vu qu’il y aura une double vacance avec le départ de Doris Leuthard. La question qui se pose à Berne est de savoir qui du PLR ou du PDC devra se sacrifier pour élire une femme, afin que Simonetta Sommaruga ne se retrouve pas toute seule au milieu de six messieurs.

Ils sont peu nombreux à oser revendiquer l’élection de deux femmes. Comme si «offrir» un siège à ce qui représente la moitié de la population était déjà un honneur.

L’an dernier, la majorité du parlement avait reconnu l’importance de représenter toutes les régions du pays en portant le Tessinois Ignazio Cassis au gouvernement. Alors qu’une initiative parlementaire vient d’être acceptée au Conseil des États pour que les sexes soient eux aussi équitablement représentés au Conseil fédéral, il serait bon d’élire non pas une, mais deux femmes pour succéder à Leuthard et Schneider-Ammann.
Et encore, ce ne serait pas cher payé. Quitte à avoir la calculette en main, il suffit de vérifier que trois sur sept, ça ne fait pas encore 50%.

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