Saint-Maurice a aussi son épine de la sainte Couronne de Notre-Dame

L’abbaye valaisanne vénère le pieux objet, offert par saint Louis, en 1262, en remerciement pour un don de reliques de Maurice d’Agaune.

La sainte Couronne (à g.) a été sauvée des flammes, lundi, à Notre-Dame de Paris. Une de ses épines est conservée dans le Trésor de l’abbaye de Saint-Maurice.

La sainte Couronne (à g.) a été sauvée des flammes, lundi, à Notre-Dame de Paris. Une de ses épines est conservée dans le Trésor de l’abbaye de Saint-Maurice. Image: AFP

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Malgré les belles pierres qui l’entourent, le reliquaire, de 20 centimètres de haut à peine, trône presque discrètement dans le trésor de l’abbaye de Saint-Maurice. Plus imposantes, mais aussi directement liées à l’histoire du lieu, les châsses contenant les restes de Maurice et de ses compagnons font évidemment partie des objets les plus vénérés en Agaune. Mais la sainte Épine constitue également une pièce maîtresse du trésor sacré.

Offerte par saint Louis, en 1262, elle provient de la sainte Couronne, celle qui a été sauvée, lundi soir, de Notre-Dame de Paris en flammes. Un autre fragment, provenant de cette même couronne, était scellé dans le reliquaire en forme de coq, qui surmontait la flèche de la cathédrale. D’autres ont été dispersées au gré de dons, à Compiègne, Trèves, Florence ou Rome.

La présence de ce prestigieux objet en Valais atteste du rôle central que le monastère a joué au Moyen Âge. C’était alors un lieu de pèlerinage incontournable sur la route vers Rome et une capitale religieuse du royaume burgonde.

Incarnation de la fidélité à Dieu, de la bravoure, de l’idéal chevaleresque, Maurice fut, entre autres, le patron du Saint Empire romain germanique. L’abondance de reliques disponibles – selon la tradition, il fut martyrisé avec 6666 de ses compagnons de la légion thébaine sur le territoire actuel de la commune chablaisienne – a permis de diffuser sa dévotion dans toute l’Europe, puis dans le monde entier. Au moins 1091 lieux de culte – basiliques, cathédrales, chapelles – lui sont aujourd’hui dédiés.

Le roi accueille l’abbé

Maurice a aussi inspiré des personnalités, dont Louis IX, considéré comme saint de son vivant et canonisé après sa mort. Le monarque espère susciter la ferveur des Français en répandant son culte dans «toutes les parties de son royaume», peut-on lire dans «Le Trésor de l’abbaye de Saint-Maurice d’Agaune», publié à l’occasion de l’exposition de cet ensemble au Louvre, en 2014. Pour cela, Louis doit réunir des reliques en suffisance, afin de les disperser dans tout son royaume. Apprenant que l’abbaye de Saint-Maurice, fondée en 515 sur le lieu du martyre, en possède beaucoup, il s’en ouvre à l’abbé Girold, père de la communauté agaunoise, qui, «enthousiasmé, choisit dans le trésor un certain nombre de reliques et décide de les apporter personnellement au roi», raconte le même ouvrage.

Une petite délégation de chanoines suisses, emmenant avec elle 25 reliquaires, entre à Senlis, en 1262, où elle est accueillie avec ferveur. Le roi de France lui-même vient recevoir l’abbé Girold aux portes de sa forteresse. Les reliquaires sont déposés dans la chapelle du château par le père agaunois, mais Louis IX leur accorde rapidement un écrin plus digne. Le 5 février, il fonde une église et un collège de chanoines, obéissant à la même règle que l’abbaye de Saint-Maurice.

La délégation chablaisienne ne repart pas les mains vides: dans un acte daté de février 1262, le «Prudhomme» écrit: «En remerciement des reliques thébaines reçues […], nous vous faisons parvenir par l’intermédiaire dudit abbé une épine de la très sainte Couronne du Christ, relique que nous vous demandons de vénérer avec la plus grande dévotion par déférence pour Notre Seigneur.» «Cet acte est conservé au sein de nos archives et exposé périodiquement», signale le chanoine Olivier Roduit, l’archiviste de l’abbaye.

Le souhait de saint Louis est toujours respecté. «Rare et très précieuse», selon Olivier Roduit, cette relique a été présentée au Louvre à l’occasion de l’exposition précédant le 1500e anniversaire de l’abbaye. Et elle est fêtée en Agaune, le 15 février. Chaque année à cette date, le reliquaire est proposé à la vénération des fidèles en la basilique de Saint-Maurice.

Cet échange de reliques n’est pas inédit dans l’histoire chrétienne: «Le droit canon interdit de les monnayer, explique Olivier Roduit. Par contre, les dons sont fréquents et se poursuivent encore aujourd’hui. J’ai eu la chance d’en apporter à Saint-Maurice Val-de-Marne, en France. Et récemment, nous en avons confié à l’évêque de Louxor, en Égypte.»

La sécurité interroge

Après le drame qui a frappé Notre-Dame de Paris, lundi, certains s’interrogent: les reliques sont-elles en sécurité dans les églises? À Saint-Maurice, les mesures, notamment de protection contre les incendies, ont été considérablement améliorées avec la création de la nouvelle salle d’exposition du trésor, en 2015. «Et des plans d’évacuation sont établis avec la Protection des biens culturels», indique Olivier Roduit. L’ensemble a aussi été assuré depuis sa restauration. On n’en saura pas plus sur les montants couverts par ces polices très spéciales. «Mais la question se pose: une restauration a un coût qui peut être estimé. Mais si l’œuvre est détruite, quelle valeur peut-on donner à de tels objets?»

Créé: 21.04.2019, 11h51

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Le Père Fournier, l’un des sauveteurs de la sainte Couronne


Avant sa mission dans Notre-Dame, le Père Fournier était déjà entré dans le Bataclan en novembre 2015 peu après le massacre, pour assister les blessés. Crédit photo: Martin Bureau/AFP

C’est l’autre «sauveur» de la Semaine sainte. Le Père Fournier, Jean-Marc Fournier, l’aumônier des Pompiers de Paris, faisait partie des hommes du feu qui se sont précipités vers Notre-Dame lors de l’incendie. Il s’était donné pour priorité de récupérer la sainte Couronne d’épines et le Saint-Sacrement.

La première difficulté consistait à trouver quelqu’un en possession des codes permettant d’accéder à la relique. Son jeu de clés avec des passes en main, il arrive dans la chapelle au moment où les pompiers et les policiers viennent de briser le reliquaire de la sainte Couronne. En effet, lors de ces interventions sur des lieux classés, les hommes du feu ont des protocoles très précis sur les objets qu’il s’agit de sauver en priorité.

La sainte Couronne mise à l’abri, le Père Fournier s’est encore donné pour mission de «ne pas laisser Jésus en proie aux flammes» et de «sortir Jésus» (en fait le ciboire et les hosties, déjà consacrées, qui sont pour les catholiques le corps du Christ). Ce qu’il a fait.

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