Passer au contenu principal

Pour sauver les barrages, la stratégie énergétique ne suffira pas

La chute des prix de l’électricité plonge l’hydraulique dans la crise. Le secteur appelle la politique à la rescousse.

Le barrage de la Grande-Dixence sera-t-il vendu?
Le barrage de la Grande-Dixence sera-t-il vendu?
Keystone

L’or bleu des montagnes perd de sa valeur. Face à la chute vertigineuse des prix de l’électricité, la houille blanche n’est plus concurrentielle. Elle souffre du subventionnement des renouvelables en Allemagne et du prix trop bas des énergies fossiles. Une situation alarmante au point que certains groupes – comme Alpiq – cherchent à vendre une partie de leur portefeuille hydroélectrique.

Brader les barrages, ce fleuron helvétique? Pour la majorité de la classe politique, cette idée a des allures de parjure. Le parlement a donc profité de la Stratégie énergétique pour voler au secours de la grande hydraulique. Les barrages couvrant 60% du courant helvétique, impossible de s’en passer. Le projet propose deux mesures financées par les taxes supplémentaires prélevées sur le prix de l’électricité: 120 millions annuels dans le cadre d’une prime de marché et 60 millions de contributions à l’investissement.

Une bouffée d’air frais qui permet de garder le patient en vie, mais pas encore de le faire quitter l’hôpital. Ainsi, fin avril – un mois avant le scrutin sur la Stratégie énergétique – plusieurs médias révélaient l’existence d’un document de Swisselectric, le lobby des producteurs d’électricité. Destiné au parlement, ce projet propose d’assurer l’avenir du secteur à travers deux modèles. A la clef: quelque 500 millions par année pour venir en aide au secteur.

Enlisée à mi-parcours

Une demande légitime, estime-t-on du côté d’Alpiq. «Les conditions-cadres faussent toujours la concurrence, explique Christel Varone, porte-parole. La libéralisation du marché s’est enlisée à mi-parcours. Certains producteurs d’électricité disposent de clients captifs au sein d’un monopole et génèrent ainsi des revenus stables, alors que d’autres n’y ont pas accès et doivent vendre leur énergie sur les marchés de gros où les prix sont inférieurs aux coûts de revient.» Une situation intenable qui appelle des mesures urgentes afin de soulager le secteur jusqu’au développement d’un nouveau modèle.

La semaine passée la commission de l’énergie du National a d’ailleurs pris en considération une partie des revendications. Elle a proposé à une écrasante majorité que l’électricité fournie aux clients captifs soit uniquement issue de l’hydraulique. Une décision saluée par Alpiq.

Que les barragistes reviennent avec de nouvelles doléances n’est pas étonnant. Le directeur de l’Office fédéral de l’énergie, Benoît Revaz, reconnaissait déjà lors du lancement de la campagne sur la Stratégie énergétique que le soutien prévu aux barrages ne suffirait pas. Ce qui surprend par contre, c’est le calendrier choisi.

Est-ce bien judicieux de lancer un pavé à plusieurs millions dans la mare d’une campagne de votation acharnée? «Il y a sans doute une part de maladresse, commente Yannick Buttet (PDC/VS). Swisselectric aurait dû attendre avant de distribuer leur courrier.» Ce qui énerve le vice-président du PDC, c’est que les opposants utilisent désormais cette requête pour minimiser l’importance de la Stratégie énergique.

En intégrant des subventions à la grande hydraulique, les partisans de la Stratégie avaient réussi à s’assurer l’appui des cantons alpins. L’instrumentalisation de cet élément fragilise ce bloc.

«Le montant de 0,2 centime pour les barrages prélevés sur les 2,3 centimes prévus pour aider les renouvelables, c’est une farce»

Pour le président de l’UDC, Albert Rösti (BE), c’est un juste retour des choses. Les partisans ont cherché à distribuer des subventions et gagner des soutiens, sans tenir compte de certains effets pervers. «Le montant de 0,2 centime pour les barrages prélevés sur les 2,3 centimes prévus pour aider les renouvelables, c’est une farce. On va donner 180 millions à l’hydraulique, alors qu’on va injecter plus de 1 milliard dans des énergies concurrentes.»

Goutte d’eau

Un discours qui horripile Yannick Buttet. «Dès le départ, nous avons dit que c’était une goutte d’eau. Mais elle a l’avantage de parer au plus pressé.» Et le Valaisan de prévenir: un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. «Les autres mesures n’en sont qu’au premier stade. Je ne suis pas sûr que tous ceux qui les soutiennent aujourd’hui le feront encore après le 21 mai.»

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.