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Comment sauver les barrages?

La question du soutien à la grande hydraulique sera sur la table du National la semaine prochaine.

Comme le barrage de Vals, dans les Grisons, avec au fond le Zervreilahorn (2898m).
Comme le barrage de Vals, dans les Grisons, avec au fond le Zervreilahorn (2898m).
Keystone

C’est une crise sans précédent. Les barrages helvétiques souffrent de la concurrence étrangère. Les prix de l’électricité ont chuté sur le continent, tirés vers le bas par du renouvelable gonflé aux subventions. Conséquence: la grande hydraulique vend son courant à perte. Pour permettre aux entreprises de garder la tête hors de l’eau, la Stratégie énergétique introduit une prime: 1 centime par kWh pour l’électricité vendue sur le marché en deçà du prix de revient. Ce soutien est limité à 6 ans. C’est une bouffée d’air frais, mais qui ne suffira pas.

Les géants de l’électricité menacent de vendre les barrages. L’agitation est palpable à Berne, où chacun essaie de trouver la solution miracle. Car la houille blanche (60% de l’électricité produite en Suisse) est indispensable à la transition énergétique.

Les discussions rebondiront dès la semaine prochaine au Conseil national. Une proposition est déjà sur la table. Elle émane de la Commission de l’énergie qui l’a tirée de son chapeau fin avril. Le concept? Que l’approvisionnement de base en électricité – celui réservé aux clients dits «captifs», à savoir les ménages et les PME – soit uniquement issu de l’hydraulique. Avec un réseau de distribution réglementé, l’énergie pourrait être commercialisée de manière rentable. L’hydraulique serait ainsi préservée des turbulences sauvages du marché.

Réflexion pas aboutie

Faire payer à la population le sauvetage des barrages, voilà qui fait bondir les associations de consommateur. «Nous ne nous opposons pas au fait de prendre des mesures, réagit la FRC. Mais il n’y a aucune raison valable qui justifie de faire financer ces éléments uniquement par les consommateurs captifs. Si un soutien est jugé nécessaire, il doit être mis en place de manière transparente et financé proportionnellement par l’ensemble des contribuables, y compris ceux ayant accès au marché libre.»

Ce qui paraissait comme une solution miracle s’annonce donc beaucoup plus compliqué que prévu. Face à la fronde, le projet sera très certainement renvoyé en commission. «Pour les cantons alpins, cette proposition va dans la bonne direction, reconnaît Christian Vitta, président de la Conférence gouvernementale des cantons alpins. Mais elle devra encore être approfondie lors du processus parlementaire.» Jacques Bourgeois (PLR/FR) partage cet avis. «L’idée de base est intéressante. Tant qu’il y a des clients captifs, autant que ce soit les renouvelables qui en bénéficient. Mais la réflexion n’est pas aboutie, et pose de nombreux problèmes.»

Eléments monopolistiques

Du coup, d’autres pistes sont évoquées, plus ou moins libérales. Ainsi l’Union suisse des arts et métiers (USAM) demande carrément une libéralisation complète du marché de l’électricité. Roger Nordmann (PS/VD) n’y croit pas. «Aujourd’hui, il y a un dysfonctionnement du marché. Les prix ne couvrent pas les coûts de production. D’un point de vue purement libéral, je peux comprendre qu’on veuille le courant le moins cher possible pour les entreprises et les ménages, mais est-ce vraiment une bonne idée si cela entraîne l’effondrement de tout le secteur?» Le Vaudois préfère miser sur des «éléments monopolistiques». Partant du principe que les barrages ont une importance systémique pour la Suisse, il réfléchit à une solution où l’électricité ne serait pas uniquement payée par le prix du marché, mais également par un prélèvement. «Tous les consommateurs, pas seulement les ménages et les PME mais aussi les grandes entreprises, participeraient ainsi au financement du système. Les barrages constituent une importante réserve de puissance. Cette sécurité d’approvisionnement a un coût.»

Yannick Buttet (PDC/VS) se méfie des solutions qui émergent au lendemain de votation. «On a un problème avec les barrages, mais on n’a pas encore trouvé la bonne solution.» Convaincu lui aussi qu’une libéralisation totale du marché n’est pas réaliste. Il propose une autre piste, évoquée par Alpiq, un des géants de l’électricité. «On fixe un prix stable. Lorsque les prix sont bas, c’est au consommateur de payer le surcoût, mais lorsqu‘ils sont élevés, c’est au producteur d’électricité de reverser la différence.» Une solution «gagnant-gagnant», selon le Valaisan.

A Berne, difficile encore de dire aujourd’hui quel chemin prendra le soutien aux barrages, mais une chose semble s’imposer: de la gauche à l’UDC, il existe une volonté d’agir.

«Hold-up de la branche»

Tout cela ne se fera toutefois pas sans quelques grincements de dents, notamment parmi les forces les plus libérales du parlement. Parmi elles, Benoît Genecand (PLR/GE). Celui qui ne voulait pas du coup de pouce à 120 millions prévus dans la Stratégie énergétique dénonce le prochain «hold-up» de la branche hydraulique. «Ce secteur est complètement éclaté, avec plus de 650 acteurs différents, des privés, les cantons, la Confédération, des clients captifs. Tout le monde doit faire des efforts. Certains s’enrichissent encore, d’autres s’appauvrissent. La solution proposée par la commission représente un demi-milliard par an, voire plus. Or ce projet n’a fait l’objet d’aucune consultation. Passer par le parlement pour faire payer davantage la population, c’est inacceptable.»

Dans son combat, le Genevois pourrait bien recevoir le soutien inattendu de sa principale adversaire durant la dernière campagne: Doris Leuthard. Dimanche, la présidente de la Confédération a expressément demandé au parlement de ne pas agir avec trop d’empressement pour favoriser dès à présent une source d’électricité particulière. Et de mettre la pression sur les barragistes eux-mêmes. «Le Conseil fédéral présentera d’ici deux ans un modèle plus proche du marché pour la grande hydraulique. D’ici là, les groupes propriétaires doivent aussi réfléchir à comment réduire leurs coûts et devenir plus efficients.» Le débat ne fait que commencer.

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