Le scandale du cartel de la construction ébranle le PBD

GrisonsLes élections cantonales ont lieu le 10 juin dans les Grisons. L’affaire pourrait avoir des répercussions dans toute la Suisse.

Image: Keystone

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Le scandale du cartel qui secoue les Grisons plane comme une ombre menaçante sur les élections cantonales. Ce dimanche, les citoyens renouvellent les 5 sièges du Conseil d’État, alors que plusieurs candidats sont rattrapés, à divers degrés, par cette saga politico-économique hors norme. L’affaire ébranle le Parti bourgeois démocratique (PBD) dans son fief. Elle pourrait faire des dégâts jusque dans la course au Conseil fédéral.

À quelques semaines près, la campagne aurait revêtu un autre caractère. Fin avril, la Commission de la concurrence (COMCO) infligeait une amende de 7,5 millions de francs à plusieurs entreprises grisonnes. Jusqu’en 2012, ces sociétés ont manipulé des centaines d’appels d’offres dans le génie civil et la construction de bâtiments, déterminant à l’avance le prix et laquelle d’entre elles remporterait le contrat. Dans la presse alémanique, notamment sur le site «Republik», le lanceur d’alerte Adam Quadroni, ancien membre du cartel par qui tout a commencé, accuse les autorités d’avoir fermé les yeux. Qui savait quoi ou ne voulait pas savoir? Plusieurs enquêtes vont tenter de le déterminer. Mais pour certains, il est déjà trop tard.

Le député au Grand Conseil Andreas Felix est le premier à payer les conséquences du scandale. Le PBD comptait sur lui pour défendre le siège de sa ministre sur le départ. Mais sa fonction de président de l’Association grisonne des entrepreneurs a eu raison de ses ambitions. La COMCO a établi que cette dernière jouait un rôle central dans le cartel, en organisant les réunions où s’entendaient les entreprises. Si elle n’a pas été amendée, c’est pour la seule raison que la loi interdit de sanctionner une association. Si Andreas Felix nie avoir été au courant des accords illicites, il a néanmoins jeté l’éponge six semaines avant le scrutin et abandonné la présidence du PBD grison.

«Ce serait un désastre»

Cette défection non remplacée est lourde de conséquences. Le PBD va perdre un de ses deux sièges au Conseil d’État (les trois autres étant occupés par le PS, le PLR et le PDC). Il pourrait même en disparaître: le ministre Jon Domenic Parolini est lui aussi éclaboussé. Avant de prendre la tête du Département de l’économie, il présidait la Commune de Scuol. Alerté à cette époque de l’existence du cartel par Adam Quadroni, il n’a pas réagi. L’élu PBD se défend en avançant que le lanceur d’alerte aurait refusé de lui fournir les preuves de ses allégations.

Selon le politologue grison Clau Dermont, Jon Domenic Parolini a de bonnes chances d’être réélu. Le contraire serait un «désastre» pour le PBD, dit-il. Éjecté du Conseil d’État grison, le parti resterait uniquement représenté dans les gouvernements cantonaux de Berne et de Glaris. «C’est peu pour être crédible au niveau national. Un tel scénario précipiterait son déclin alors que le parti perd déjà en importance depuis le départ d’Eveline Widmer-Schlumpf du Conseil fédéral.»

La sortie de route d’un candidat PBD aurait pu sourire au commandant de la police grisonne Walter Schlegel. L’UDC espérait retrouver une place au gouvernement grâce à cette figure bien connue dans la région, notamment parce qu’il garantit chaque année la sécurité du Forum de Davos. La désillusion pourrait être sévère. À la traîne dans les sondages, le Grison est lui aussi rattrapé par l’affaire pour une opération menée par ses policiers visant… Adam Quadroni.

Le lanceur d’alerte aurait été victime d’une arrestation particulièrement brutale à la suite d’une plainte de sa femme. Une enquête va tenter d’en éclaircir les conditions et déterminer s’il y a un lien avec les indiscrétions de celui qui dit être devenu une paria dans son canton. Célébré par certains pour son acte de bravoure, le lanceur d’alerte Quadroni est une figure ambivalente. Des révélations sur son passé ternissent son image. Il est notamment accusé de faillite frauduleuse par un ancien associé.

Enquêtes en cours

Les zones d’ombre restent donc nombreuses. Il y a peu de chances qu’elles soient éclaircies avant le vote du 10 juin. «Nous voulons une transparence absolue sur les faits et les acteurs. Qui est responsable? Qui savait quoi et quand?» La conseillère nationale Silva Semadeni (PS/GR) se dit choquée par l’ampleur du cartel et des liens entre la politique et le secteur de la construction. «Le pire, c’est que les enquêtes de la COMCO ne sont pas encore terminées.» Sur les dix procédures lancées dans les Grisons, deux sont encore pendantes. L’une concerne la construction de routes dans l’ensemble du canton. Elle est qualifiée de «grande ampleur».

Le scandale du cartel pourrait permettre à un candidat inattendu d’accéder au gouvernement. Le chanteur Linard Bardill a décidé de se lancer dans la course, ébranlé par la «crise politique et morale» que traverse son canton. Il est apparemment pris au sérieux: un sondage le place sur les talons des autres candidats – et même devant le commandant de la police Walter Schlegel.

Créé: 05.06.2018, 21h30

Sénateur dans le viseur

À Berne aussi, les révélations sur le cartel grison provoquent des sueurs froides. Cité comme l’un des successeurs potentiels de Doris Leuthard au Conseil fédéral, le conseiller aux États PDC Stefan Engler dirigeait le Département des constructions lorsque les entreprises ont manipulé les adjudications. Le dénonciateur Adam Quadroni aurait alerté ses services, en vain. Une enquête de la «NZZ am Sonntag» soutient par ailleurs que le département a joué un rôle actif dans la formation des accords illicites.

Autre fait à charge: le ministre a rejoint, après avoir quitté l’Exécutif,
le conseil d’administration d’une des sociétés amendées.

Il vient d’annoncer qu’il allait renoncer à ce poste tout en assurant ne jamais avoir été au courant d’une quelconque entente cartellaire.

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