Schneider-Ammann laisse le rire pour tout héritage

BerneCapitaine d'industrie plus qu'homme d'Etat, Johann Schneider-Ammann, 66 ans, n'a jamais paru vraiment à l'aise dans son costume de ministre de l'Économie.

Johann Schneider-Ammann.

Johann Schneider-Ammann. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Symbole de son malaise face aux médias et de ses difficultés dans l'art oratoire, la fameuse allocution du président de la Confédération à l'occasion de la journée des malades restera dans les mémoires. D'un air lugubre et sur un ton mécanique, il a déclaré: «Le rire, c'est bon pour la santé!».

Ainsi encouragés, ses concitoyens et même des commentateurs étrangers - de Paris à Washington - s'en sont donné à cœur joie.

Malencontreux malentendus

Cette perle n'est que la pointe de l'iceberg d'une communication qui a joué des tours au libéral-radical arrivé au gouvernement en 2010. Dépourvu de charisme et maladroit, le Bernois avait froissé les travailleurs en évoquant un recours aux baisses de salaires pour compenser la cherté de la devise helvétique. Il s'était rétracté en assurant qu'on l'avait mal compris.

Les milieux universitaires se sont, eux, effarouchés après l'avoir entendu assurer que plus les détenteurs de maturité sont nombreux, plus le taux de chômage est élevé. Et cela au moment où, en 2013, son département a intégré le secteur des hautes écoles, devenant celui de l'Économie, de la formation et de la recherche.

Passivité

Le Bernois a multiplié les déclarations et les apparitions publiques, sans grande décision à la clé. Cette passivité lui a valu nombre de critiques également dans les rangs de la droite. La crise du franc fort l'a ainsi pris de court.

En 2011, après avoir longtemps rechigné à intervenir, le ministre de l'Économie a fini par céder aux pressions des branches exportatrices en ficelant un paquet de soutien, à l'encontre de son credo libéral. Il a cependant dû revoir ses ambitions à la baisse: des deux milliards de francs annoncés en fanfare, il n'est resté à la fin qu'un paquet pesant moins de 870 millions.

Sa marche arrière, reléguée ensuite au rang d'erreur de communication, a marqué les esprits. Tout comme son refus de condamner les suppressions d'emplois massives qui ont frappé la Suisse.

Après l'abandon du taux plancher de l'euro en janvier 2015, le libéral-radical a une nouvelle fois décidé de ne pas intervenir. Seule concession, il a facilité le recours au chômage partiel pour les entreprises en difficulté temporaire. Et entretemps, l'économie s'est relevée de la crise.

Revers...

Au Parlement, Johann Schneider-Ammann a parfois eu de la peine à vendre ses projets. Les Chambres fédérales ont ainsi coulé sa révision de la loi sur les cartels, censée lutter contre la cherté du franc et les ententes illicites entre fournisseurs et distributeurs. Le ministre a aussi essuyé un revers dans sa stratégie pas à pas face à l'Union européenne pour sauver la recherche.

Autre épine dans le pied du Bernois, le monde agricole. Le ministre de l'«industrie», comme l'ont surnommé certains UDC, a eu de la peine à tisser des liens avec les paysans. Sa politique agricole 2014-2017 a été fortement contestée tout comme les mesures d'économies pour la période de 2018 à 2021.

La réforme à venir, présentée fin novembre 2017, a fait monter au créneau l'Union suisse des paysans, opposée à la réduction de la protection douanière et à l'intensification des accords de libre-échange, notamment avec le Mercosur.

Ses détracteurs lui ont en outre reproché de ne pas s'être davantage engagé en faveur du maintien des accords bilatéraux avec l'Union européenne avant la votation sur l'initiative contre l'immigration de masse en février 2014. Le libéral-radical a fini par lâcher un peu de lest sur des mesures d'accompagnement contre le dumping salarial.

Rattrapé par son passé de patron du groupe de machines Ammann, le Bernois a fait le gros dos durant tout 2014. Après la campagne l'accusant d'avoir usé et abusé des possibilités d'optimisation fiscale au Luxembourg et à Jersey, il a été blanchi par les autorités bernoises.

...et succès

Restent quelques succès à relever. Une de ses plus grandes fiertés est la conclusion d'un accord de libre-échange avec la Chine, en vigueur depuis juillet 2014. Johann Schneider-Ammann a aussi apprécié les voyages à l'étranger avec des délégations économiques ou les rencontres avec les patrons.

Il peut aussi se féliciter de n'avoir perdu aucune votation populaire, sauf pour le prix unique du livre. Mais le Conseil fédéral avait alors été obligé à contrecœur de défendre un projet concocté par le Parlement.

Avant d'entrer au Conseil fédéral, le sexagénaire a siégé durant onze ans au Conseil national. A la tête d'un empire industriel, il a remis ses actions à ses deux enfants avant de devenir conseiller fédéral. Fils d'un vétérinaire emmentalois, l'ingénieur Johann Schneider a rejoint le groupe de son beau-père Ulrich Ammann, à Langenthal (BE), au début des années 1980. (ats/nxp)

Créé: 27.04.2018, 10h04

Articles en relation

Schneider-Ammann ne sera pas candidat en 2019

Politique Dans une interview à la NZZ, le ministre de l'Economie annonce qu'il ne briguera pas un nouveau mandat de conseiller fédéral. Plus...

Succession Leuthard: Gerhard Pfister candidat?

Suisse Le président du PDC, s'il se lance, pourrait faire figure de favori dans la course à la succession de la conseillère fédérale. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.