Schneider-Ammann vit une fin de règne difficile

Conseil fédéralLes critiques du milieu paysan et le récent boycott des travailleurs âgés ternissent déjà le bilan d’un ministre qui s’accroche.

Johann Schneider-Ammann, ministre de l'Economie

Johann Schneider-Ammann, ministre de l'Economie Image: Keystone

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«Nous avons participé trois ans à cet événement. On nous écoute, mais rien ne bouge.» Pour Loretta Rothstein de l’association 50etplus, qui défend les seniors exclus du marché de l’emploi, les choses sont claires: «Nous ne participons pas à cette farce.» Pour sa conférence sur les travailleurs âgés, prévue le 23 avril, Johann Schneider-Ammann devra donc faire avec l’absence des principaux concernés, puisqu’une autre organisation de seniors a aussi décliné l’invitation.

Voilà qui fait tache pour un conseiller fédéral élu pour ses capacités de dialogue. D’autant plus que celui qui a fait des tables rondes sa marque de fabrique accumule les boycotts. En décembre, l’Union suisse des paysans pratiquait déjà la politique de la chaise vide, courroucée par sa nouvelle stratégie agricole. Pour faire avancer l’accord de libre-échange avec le Mercosur (Ndlr: marché commun composé de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay, de l’Uruguay et de la Bolivie), le Bernois est prêt à rogner sur les droits de douane. «On sacrifie l’agriculture», s’énervait alors Jacques Bourgeois (PLR/FR), directeur de l’USP. La récente décision du ministre d’économiser sur Agro­scope – le centre fédéral de compétence pour l’agriculture – a remis de l’huile sur le feu.

«Déconnecté de la réalité»

Pour Johann Schneider-Ammann, dont beaucoup imaginent le départ en 2019, les mois qui restent ne s’annoncent pas sous les meilleurs auspices. C’est avec ce caillou agricole dans la chaussure qu’il se rendra à la fin avril en Amérique du Sud. Et ce n’est pas le seul accord de libre-échange qui a du plomb dans l’aile.

Alors qu’il est question de négocier avec la Malaisie, le Conseil national a voté en mars une motion qui veut exclure l’huile de palme des discussions. Une décision prise à une écrasante majorité de 140 voix contre 35, et qui peut potentiellement bloquer tout le paquet, l’huile de palme étant le premier produit d’exportation de la Malaisie. «Je n’ai pas compris pourquoi Johann Schneider-Ammann voulait jouer son va-tout sur ce point, explique Jean-Pierre Grin (UDC/VD), agriculteur et auteur de la motion. Il n’a pas été sensible à nos revendications.»

Aux paysans qui craignent pour leur huile de colza se sont ajoutées les voix des défenseurs de l’écologie et des détracteurs de la malbouffe. «L’huile de palme est un produit qui cristallise beaucoup d’aspects négatifs. Un peu comme le glyphosate pour les pesticides, analyse Adèle Thorens (Verts/VD). En voulant foncer, Johann Schneider-Ammann montre qu’il est déconnecté de la réalité. Il est mal conseillé. Il préfère écouter EconomieSuisse que la population. Sur le fond, j’ai de la peine à saisir l’enjeu de cet accord, si ce n’est par idéologie. Ce n’est quand même pas un marché décisif pour la Suisse.»

«Il est sincère quand il dit qu’il écoute les gens, mais dans les faits, il continue à appliquer son idéologie libérale»

Johann Schneider-Ammann, porte-parole des milieux économiques: la critique revient souvent à gauche. Une thèse attestée par ses fréquentations. Monika Rühl, directrice d’EconomieSuisse, n’est autre que l’ancienne secrétaire générale de son département. D’ailleurs, depuis que le Bernois est sur la sellette, certains dirigeants des grandes faîtières volent à sa rescousse en défendant dans les médias le bien-fondé de sa politique libérale.

«Il est le symbole latent de l’économie qui a le pas sur la politique, résume Ada Marra (PS/VD). Son axe ne change pas. Le libre-échange et le marché sont pour lui la panacée. Il est sincère quand il dit qu’il écoute les gens, mais dans les faits, il continue à appliquer son idéologie libérale. C’est tout sauf une surprise. C’est comme ça que fonctionne la majorité des élus de droite de ce pays.»

«C’est un vrai entrepreneur»

Un portrait que corrige Jean-François Rime (UDC/FR). «J’ai des contacts réguliers avec lui en tant que président de la Commission de l’économie. Je ne crois pas à cette image de porte-parole du grand capital.» Et le président de l’Union suisse des arts et métiers d’ajouter: «Nous ne sommes plus à l’époque où il suffisait aux grandes organisations de frapper à la porte d’un conseiller fédéral pour lui faire appliquer leur politique.»

Le vice-président du PLR, lui, défend son conseiller fédéral à 200% «C’est le meilleur ministre de l’Économie d’Europe, lance Christian Lüscher (GE). Il met les partenaires en contact pour débloquer les situations, et il trouve ensuite les solutions les moins bureaucratiques possibles. C’est exactement la vision libérale. Quant à ceux qui ont boudé ses rencontres, c’est comme dans les églises, on met surtout en avant ceux qui ne viennent pas.»

Que pense-t-il du blocage des accords de libre-échange? «Le monde agricole doit être entendu, mais il ne doit pas nous empêcher de penser. Johann Schneider-Ammann est prêt à discuter. Si c’était aussi simple, on n’aurait pas besoin de ministre. C’est un vrai entrepreneur et les chiffres de l’économie parlent en sa faveur».

C’est justement ce qui lui reproche Ada Marra: «Il n’a pas changé son costume en arrivant au Conseil fédéral. Il gère la Suisse comme son entreprise.» (24 heures)

Créé: 05.04.2018, 07h18

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