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Le Schoenberg à Fribourg, cosmopolite et vivant

Avec une centaine de nationalités recensées, le quartier du Schoenberg n’a pas son pareil en termes de mixité sociale.

Le quartier du Schoenberg compte près de 10 000 habitants. Le pont de la Poya, inauguré en 2014, relie le quartier à l’agglomération fribourgeoise.
Le quartier du Schoenberg compte près de 10 000 habitants. Le pont de la Poya, inauguré en 2014, relie le quartier à l’agglomération fribourgeoise.
JEAN-PAUL GUINNARD

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«J’aime beaucoup vivre ici. Il y a des gens de partout. C’est tranquille. Parfait pour moi.» Alfredo Bridon Duvergel fait partie depuis une dizaine d’années des heureux habitants du Schoenberg, à Fribourg. Attablé sur une terrasse de la route Saint-Barthélemy, ce musicien cubain de 64 ans salue tous les passants.

Le patron du tea-room a des origines turques, la serveuse un accent des Balkans. «Ici, une majorité des clients parlent suisse allemand», nous précise-t-elle, en français, en apportant la bière d’Alfredo. Ce quartier de la rive droite de la Sarine abrite près de 10'000 habitants, soit le quart de la population de la cité.

D’une rue à l’autre, l’architecture fait écho à cette réalité bigarrée. De grandes barres d’immeubles dominent des villas entourées de pelouses bien entretenues. Quelques propriétés cossues se cachent derrière des arbres. Route de la Heitera, une ferme témoigne du temps, pas si lointain, où cette colline était en rase campagne. Le Schoenberg ne s’est développé qu’à partir des années 1920 avec la construction du pont de Zaehringen, qui le relie à la ville (lire ci-dessous). «Paraît qu’il y avait un ruisseau qui passait juste ici», relate le patron de la Brasserie La Chope, Karim Perroulaz, en désignant la route de Tavel, l’une des artères principales du quartier. Aujourd’hui encore, les champs de maïs et de blé sont à deux pas

Réputation tenace

Depuis le 12 octobre 2014, c’est un autre ouvrage d’art qui transforme la vie du Schoenberg. Le pont de la Poya, bâti pour 200 millions de francs au-dessus de la Sarine, le rattache à l’agglomération fribourgeoise. Il offre une vue splendide sur la vieille ville, ce qui en fait un but de promenade fort apprécié. Mais surtout il facilite grandement l’accès et la circulation. «Avant, il fallait passer par la rue de Morat, la cathédrale et le quartier du Bourg, rappelle Karim Perroulaz. Aujourd’hui, les grands centres commerciaux sont à trois minutes, l’autoroute à cinq. C’est un pur bonheur.» Les transports publics en bénéficient aussi, puisque seuls les bus et les taxis peuvent encore emprunter le pont de Zaehringen, libéré du trafic automobile. «Les gens n'ont plus d’excuse pour ne pas venir nous voir», sourit le tenancier de la Chope.

«Les autorités nous oublient. Il n’y a pratiquement rien pour les jeunes.»

Car le Schoenberg a longtemps souffert d’une réputation peu flatteuse. Nombreux logements sociaux, forte population étrangère, drogue et petite criminalité: l’image s’avère tenace. «Du coup, les autorités nous oublient, regrette Suleyman, un ouvrier kurde naturalisé suisse. Il n’y a pratiquement rien pour les jeunes.» Un sentiment que beaucoup d’habitants partagent, irrités aussi par la disparition constante des espaces verts. Une pétition a circulé cet été pour contester un énième projet immobilier: plus de 400 riverains l’ont signée.

Christine Müller, elle, nuance le tableau. Pour cette ancienne élue au parlement de la Ville, le Schoenberg reste «le quartier le plus vivant de Fribourg». Etablie depuis plus de trente ans dans un complexe locatif de la route de la Singine, elle ne quitterait sa maisonnette pour rien au monde. «Mes voisins sont Kosovars, Portugais et Polonais, énumère-t-elle en nous emmenant dans la cour intérieure, où plusieurs familles profitent de la douceur estivale. Il y a toujours eu un vrai esprit communautaire.»

Pique-nique et cours de langue

La Fribourgeoise cite le rôle intégratif du club de foot, les efforts du centre d’animation socioculturelle pour offrir des activités aux écoliers et aux adolescents. Avec le soutien d’une fondation privée, la Ville mène par ailleurs plusieurs projets destinés à donner à tous les enfants les mêmes chances durant leur scolarité. Et les initiatives émanent parfois des habitants eux-mêmes: Christine Müller et quelques autres ont monté, dès 2003, un programme de cours de français et d’allemand pour femmes migrantes. «Au début, on allait les chercher nous-mêmes dans les appartements. Aujourd’hui, cela marche très bien, il y a même une crèche pour accueillir les petits. Les participantes viennent de tout le quartier.»

«Nous essayons de faire en sorte que les diverses communautés se mélangent encore davantage»

L’association Vivre au Schoenberg n’est pas en reste. Forte de 500 membres, elle organise un pique-nique annuel et un vide-greniers, distribue du thé à Noël et édite un journal, entre autres actions régulières. «Nous essayons de faire en sorte que les diverses communautés se mélangent encore davantage», résume son coprésident, Pierre-Yves Huguenin. Sa famille et lui-même profitent de cet environnement: «Nous parlons français et anglais à la maison (ndlr: sa femme est Britannique), mais nos enfants vont à l’école allemande. Cela se passe à merveille.»

Ce qu’il manque au Schoenberg? «Un vrai centre», répond sans hésiter Pierre-Yves Huguenin. Le vaste espace compris entre le bureau de poste, l’église Saint-Paul et l’école est aujourd’hui occupé en permanence par des voitures. Une balançoire posée dans un coin fait peine à voir. «On pourrait, tout en maintenant ce parking, construire une galerie marchande au-dessus et aménager une place de détente et de rencontre au milieu», suggère le coprésident de l’association. En rêvant un peu, on imagine déjà Alfredo le Cubain y jouer de la trompette.

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