La crainte d'un séisme majeur se réveille en Valais

Tremblement de terreLes Valaisans ont senti sept fois la terre trembler ce mardi matin. Les secousses, d'une magnitude de trois sur l'échelle de Richter, n'ont pas causé de dégâts mais font resurgir la crainte d'un «Big One».

En rouge, les tremblements de terre ressentis ces 24 dernières heures, localisés dans la région du Sanetsch.

En rouge, les tremblements de terre ressentis ces 24 dernières heures, localisés dans la région du Sanetsch. Image: Service sismologique suisse

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A 1h54 ce mardi matin, nombre de Sédunois se sont réveillés. Un grand bruit, puis une secousse. Un peu plus de deux heures plus tard, rebelote. Par deux fois, un séisme de magnitude 3,3 sur l'échelle de Richter a été enregistré aux environs du Col du Sanetsch, à la frontière avec le canton de Berne. Et puis, entre 7 et 10h, les Valaisans du centre auront encore senti cinq fois la terre trembler. (ndlr: la Terre a encore tremblé à quatre reprises ce mardi soir entre 20 heures et 21 heures 30)

Cette succession de séismes inquiète même s'ils n'ont pas occasionné de dégâts. Localisés au même endroit, ils font craindre qu'un séisme plus fort, qui survient en moyenne tous les 80 à 100 ans en Valais, soit à attendre prochainement. Sur les réseaux ce mardi matin, on s'agite. Mais chez les spécialistes, on relativise.

Le Service sismologique suisse indique ainsi sur son site que «de tels essaims de séismes sont bien connus pour la Suisse. En général, l’activité sismique s’estompe au fil des jours. [...] Le Valais est la région de Suisse la plus active sismiquement. Les tremblements de terre de cette nuit se sont produits sur une zone de faille bien connue qui s’étire parallèlement à la vallée du Rhône au sud des Diablerets et du Wildhorn. Le dernier séisme qui y a été ressenti l’a été le 14 janvier 2018. Des secousses plus faibles, non ressenties, s’y produisent quasiment chaque semaine.» C'est également sur cette faille que s'est produit le dernier séisme majeur du pays, le 25 janvier 1946, à une magnitude de 5,8. Des dégâts importants avaient été causés dans un canton qui était toutefois nettement moins urbanisé qu'aujourd'hui.

Car le Service sismologique suisse peut, dans la foulée, «estimer avec une probabilité de 5 à 10 % qu’un séisme plus fort peut se produire dans les prochains jours.» En Valais, le géologue cantonal, Raphaël Mayoraz décrit lui une situation «normale» qui ne laisse pour l'heure rien présager d'inquiétant.

Raphaël Mayoraz, comment peut-on estimer la probabilité d'un séisme majeur à 5 à 10% pour ces prochains jours?

Il s'agit d'une statistique et non d'une prédiction. Elle prend en compte des données mondiales qui répertorient à quelle fréquence des séismes plus importants se sont produits après une série de secousses de plus faible intensité. Nous adorerions pouvoir prévoir les séismes mais c'est malheureusement impossible aujourd'hui. Les tremblements de terre enregistrés cette nuit sont fréquents en Valais.

Mais est-il si habituel de ressentir sept secousses, au même endroit, sur un intervalle aussi court?

Pour l'heure, cela n'a rien de surprenant. En revanche, on serait dans une situation inhabituelle si cela devait continuer jusqu'à demain matin. Il faudrait alors que l'on investigue davantage la question. Quoi qu'il en soit, rien ne nous permet d'affirmer que c'est annonciateur d'un séisme plus fort auquel doit s'attendre le Valais.

Il n'y a donc pas de surveillance accrue de votre part pour l'instant?

Non, nous collectons simplement les données du service sismologique suisse.

A quand faut-il s'y attendre à un séisme majeur?

On sait que des séismes de magnitude d'environ 6 sur l'échelle de Richter se sont produits en Valais en 1755, 1855 puis 1946. Les données antérieures sont moins fiables mais c'est sur cette base que nous tablons sur une périodicité de l'ordre de 80 à 100 ans. Il s'agit là aussi d'une statistique, pas d'une certitude scientifique et on s'attend donc à ce que ce «Big One» se produise à nouveau dans les décennies à venir avec une magnitude qui pourrait être égale ou même légèrement supérieure à 6.

Un tel séisme pourrait donc arriver demain?

Oui, on ne peut pas l'exclure. Mais la probabilité est plus forte dans vingt ou trente ans car un indicateur avec un temps de retour aussi régulier est tout de même très intéressant. Et c'est pour cela que nous nous y préparons car c'est très clairement le danger naturel qui constitue le risque le plus important pour le canton.

En 1946, on avait dénombré trois morts et essentiellement des dégâts matériels, on doit donc s'attendre à pire?

Les choses ont changé. La population valaisanne a plus que triplé et surtout, la densité des constructions en plaine est cinq fois plus élevée. Or c'est en plaine, sur un sol essentiellement composé d'alluvions, que le ressenti du tremblement de terre est le plus fort. C'est ce qu'on appelle l'effet de site. On le voit très bien sur la carte des ressentis du premier tremblement de terre de ce mardi que c'est en plaine que la sensation était la plus forte alors que l'épicentre était localisé en montagne.

Créé: 05.11.2019, 12h24

La responsabilité incombe aux propriétaires

Face à la perspective plus ou moins proche d’un séisme d’importance en Valais, le Canton ne reste pas les bras croisés. D’importants efforts sont consentis en matière de prévention et d’information à l’égard de la population. La HES-SO Valais Wallis dispose ainsi, sur son site de Sion, d’un simulateur de séisme qui permet de faire l’expérience d’un tremblement de terre majeur. «En cinq ans, ce sont 65 000 personnes qui sont déjà passées par ce centre, à commencer par les élèves puisqu’il s’agit de préparer la future génération à un tel événement», explique Antoine Jacquod, adjoint au chef de la sécurité civile et militaire du canton du Valais. Il ne s’agit pas seulement d’expérimenter une secousse sismique et d’adopter les bons gestes mais aussi d’une formation pour gérer l’avant et l’après-catastrophe.

En parallèle, des ingénieurs sont formés à identifier les faiblesses des bâtiments après un séisme afin de pouvoir rapidement dire aux habitants s’ils peuvent rester chez eux ou doivent quitter les lieux. Des échanges avec les autorités italiennes suite au séisme meurtrier survenu à L’Aquila en 2009 ont également été mis en place.

Reste qu’il n’existe à ce jour pas de statistique sur les bâtiments aux normes antisismiques, susceptibles de résister à un tremblement de terre majeur. Ces normes sont obligatoires depuis 2004, mais le bâti antérieur fait l’objet de nombreuses questions. Au Service de la sécurité civile et militaire, on rappelle que la responsabilité incombe aux propriétaires. «Nous informons largement et il est clair que les propriétaires ont tout intérêt à comprendre qu’il s’agit d’un enjeu majeur qui va se faire de plus en plus pressant à mesure que l’échéance probable se rapproche.» C’est en effet toute une prise de conscience qui doit avoir lieu. «Les gens doivent avoir en tête que lors d’un pareil événement, ils ne pourront sans doute compter que sur eux-mêmes lors des 48 premières heures. Cela implique de s’y préparer.»

Historique

24 janvier 1946
Il fait déjà nuit lorsque la terre se met à trembler ce jour-là en Valais. Six ou sept secondes, pas plus. On croit à un ouragan, une avalanche, ou même une bombe nucléaire avant de comprendre qu’il s’agit d’un tremblement de terre. Le séisme était de magnitude 5,8 sur l’échelle de Richter, le dernier «majeur» que le Valais et la Suisse ont connu.

Quatre victimes

Le tribut aurait pu être bien plus lourd. On dit que trois personnes sont littéralement mortes de peur en pleine rue. Une quatrième victime, un mécanicien, aurait péri sous une voiture qu’elle réparait puisque son cric a lâché sous les secousses.

Loin à la ronde

Ce séisme n’a pas concerné que le Valais. À Villeneuve, on rapporte ainsi que le quai se serait effondré tout comme plusieurs cheminées à Lausanne.

Au total, ce sont 3500 bâtiments qui ont été endommagés, pour des coûts qui seraient estimés aujourd’hui à 26 millions de francs.

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