Voici les sept grands profiteurs du système de santé

Suisse20% des coûts pourraient être supprimés sans toucher à la qualité des prestations. Un rapport fédéral pointe les dérives.

Les coûts de la santé sont passés de 37,5 milliards de francs en 1996 à 77,8 milliards en 2015.

Les coûts de la santé sont passés de 37,5 milliards de francs en 1996 à 77,8 milliards en 2015. Image: Keystone

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Promis, juré, le Conseil fédéral va s’attaquer cette année aux coûts de la santé. Il ne supporte plus que les prestataires de soins, assureurs et compagnie s’engraissent sur le dos des malades. Une vision exagérée? Pas vraiment. Les coûts de la santé sont passés de 37,5 milliards de francs en 1996 à 77,8 milliards en 2015. Et ce n’est pas simplement dû au fait que la population vieillit et que les techniques médicales progressent. Quinze à vingt milliards par année pourraient être économisés si on supprimait les traitements superflus et les aberrations du système.

Qui se «sucre» dans ce système? Beaucoup de monde. Il suffit de lire les 140 pages du rapport d’experts commandé par la Confédération, publié fin octobre, pour en avoir une idée. On y pointe de façon démonstrative les 38 mesures à prendre pour faire des économies. Mais on y découvre en creux les profiteurs du système bancal actuel. Suivez le guide pour une opération à cœur ouvert.

1) Ces médecins privés qui dopent leur chiffre d’affaires

Le rapport pointe les dérives des médecins en cabinets privés. D’abord, leurs représentants se battent bec et ongles sur les tarifs médicaux. Ce qui pousse les prix à la hausse. Quand certains spécialistes n’obtiennent pas gain de cause, ils se rabattent sur le volume. Davantage de consultations et davantage de traitements coûteux. C’est aussi le moyen utilisé pour garder un business florissant quand un concurrent s’installe à proximité. Ce développement malsain s’observe particulièrement dans les villes. Résultat: la hausse des coûts dans l’assurance de base pour les cabinets privés est de 31,6% entre 2010 et 2015. Le rapport note ainsi: «La Suisse figure parmi les pays qui présentent la plus forte densité de médecins dans le monde. Cette densité exerce clairement une influence sur l’activité (visites et consultations).»

2) Les hôpitaux en surcapacité et qui opèrent trop

Le rapport insiste lourdement sur les coûts élevés des soins stationnaires à l’hôpital. Voilà pourquoi on pousse désormais le développement de l’ambulatoire hospitalier: une opération est effectuée pendant la journée et vous rentrez chez vous le soir. Le problème? Le coût du stationnaire a quand même augmenté. Alors oui, c’est en partie dû au vieillissement de la population. Mais pas seulement. Certaines opérations comme la hernie inguinale ou l’endoscopie du genou continuent d’être pratiquées en stationnaire alors qu’elles pourraient l’être en ambulatoire.

Et puis, on opère trop. «En Suisse, la fréquence des interventions telles que les césariennes, prostatectomies ou poses de prothèses de hanche ou de genou est largement supérieure à la moyenne dans les pays de l’OCDE», note le rapport. On opère aussi à mauvais escient. «La fréquence des interventions coûteuses telles que la plastie du ligament croisé, la vertébroplastie, la cyphoplastie ou l’implantation de vertèbres artificielles, dont l’absence de valeur ajoutée par rapport aux traitements conservateurs a été scientifiquement prouvée, est supérieure à la moyenne.» Le rapport pointe des hôpitaux en surcapacité et qui n’investissent pas de façon ciblée. Plus problématique encore: des primes qui poussent à faire du chiffre pour rentabiliser la structure. Il existe des hôpitaux qui versent des bonus à leurs médecins internes en fonction d’objectifs quantitatifs ou des commissions à des médecins libéraux qui leur envoient des patients.

3) Les pharmas et les médicaments trop chers

Le rapport relève que, en Suisse, le prix des médicaments dont le brevet est arrivé à expiration reste deux fois plus élevé que dans le reste de l’Europe. Et pas question d’aller s’approvisionner à l’étranger. Cela ne sera pas remboursé par les caisses. Il y a bien des médicaments dont le coût a baissé en Suisse. Le problème? L’industrie pharmaceutique arrive constamment avec de nouvelles substances plus chères. Et certaines ne représentent pas un saut qualitatif tel qu’il justifie de se passer d’un ancien médicament bon marché.

Le rapport relève également que les pharmas jouissent d’un droit de recours contre la fixation du prix des médicaments. Un droit dont sont exclus les assureurs-maladie, contrairement à d’autres pays. Et puis, tous les pharmaciens ne jouent pas le jeu des économies. Alors qu’ils sont tenus de proposer au patient un générique, sauf exception écrite du médecin, ils ne le font pas systématiquement. Ils gagnent plus d’argent en vendant une préparation originale.

4) Les patients citoyens qui fuient leurs responsabilités

Ils fument, ils boivent, ils se nourrissent mal et exècrent l’exercice physique. Ils pèsent du coup davantage sur les coûts de la santé mais ils n’en ont rien à cirer. Ils paient la même chose que ceux qui se soucient de leur santé. C’est un des dysfonctionnements relevés par le rapport. Il note que la quote-part et la franchise sont trop limitées pour vraiment responsabiliser les gens.

Il y a aussi la schizophrénie citoyenne ordinaire. D’un côté on se plaint de la hauteur des primes maladie, de l’autre on refuse dans les urnes la gestion intégrée des soins au nom de la liberté totale du choix du médecin.

5) Des assureurs qui ne contrôlent pas assez

De par la loi, l’assurance obligatoire des soins ne doit rembourser que les prestations qui sont «efficaces, appropriées et économiques». Qui est chargé de vérifier? Les assureurs. Ils doivent faire la chasse aux traitements inutiles et coûteux. Le rapport estime qu’on est loin du compte. Les assureurs n’investissent pas assez en personnel et en moyens informatiques dans les moyens de contrôle. Pourtant, le refus de rémunération ou la demande de restitution des sommes perçues à tort seraient un puissant signal envoyé aux moutons noirs qui multiplient les traitements inutiles. L’Allemagne est citée en exemple. Son système de contrôle a permis à notre grand voisin d’économiser 2,3 milliards d’euros en un an, soit 3,6% des dépenses hospitalières.

6) Les cantons empêtrés dans leurs contradictions

Les cantons cumulent différentes casquettes. Ils sont responsables de la planification hospitalière et fixent les tarifs des prestations stationnaires et ambulatoires. Mais ils sont également patrons de la plupart des hôpitaux. Et à ce titre, employeurs. Le rapport note qu’ils ont tendance à favoriser des prix élevés. Ils peinent aussi à jouer le jeu d’une concurrence saine avec les privés.

Ajoutons à cela qu’ils sont réticents à concentrer les soins pour des raisons de politique régionale. Tout cela tire les coûts à la hausse. Les cantons de Genève, de Vaud et du Tessin récoltent quand même un bon point. Ils ont introduit pour les hôpitaux un budget global et un contrôle des volumes de prestations qui porte ses fruits.

7) Du matériel médical qui coûte bonbon

Les fournisseurs de matériel médical et d’implants forcent leurs prix à la hausse en Suisse. Les hôpitaux s’en plaignent et menacent de s’approvisionner à l’étranger. En principe, ils en ont le droit. Mais la réalité est tout autre, comme le souligne le rapport. «À titre de moyen de pression contre les importations parallèles, la menace est souvent brandie de laisser le destinataire de la prestation se débrouiller seul pour d’éventuels travaux de maintenance ou de réparation ou lors de la livraison de pièces de rechange.» Un chantage efficace qui ramène les rebelles à la raison. Cela renchérit les coûts de la santé de plusieurs dizaines de millions de francs par an. (24 heures)

Créé: 03.01.2018, 20h12

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