Les Services secrets suisses ont failli dans la gestion des risques

Vol de données La délégation des Commissions de gestion du Parlement a examiné l'affaire du vol de données sensibles au Service de renseignement. Elle dénonce l'amateurisme d'Ueli Maurer et la passivité du chef des espions suisses.

Markus Seiler, le chef du service de renseignement, et le conseiller fédéral Ueli Maurer, accusés de passivité.

Markus Seiler, le chef du service de renseignement, et le conseiller fédéral Ueli Maurer, accusés de passivité. Image: Keystone

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Le conseiller fédéral Ueli Maurer et le chef des services secrets suisses, Markus Seiler, viennent de prendre une volée de bois vert. Les deux sont accusés aujourd'hui à Berne lors d'une conférence de presse de passivité coupable et d'amateurisme dans l'affaire du vol des données au service de renseignement.

Qui formule ces accusations? La Délégation des Commissions de gestion du Parlement. La Délégation est tellement peu convaincue par les réponses données qu'elle souhaite poursuivre ses investigations. Elle annonce même une inspection formelle... des services secrets suisses.

Démasqué par un employé de banque

L'affaire, on s'en souvient, a défrayé la chronique. Un informaticien indélicat du Service de renseignement de la Confédération (SRC) a volé en mai 2012 une masse imposante de données sensibles, données qu'il s'apprêtait à revendre. Il n'a été démasqué que grâce à la vigilance d'un employé de banque de l'UBS. De l'avis général, le pire a été évité d'un cheveu tant les données copiées étaient sensibles.

«L'affaire est grave»

«L'affaire est grave, tranche le conseiller national vaudois Pierre-François Veillon, le président de la Délégation. Il y a eu une absence de management des risques. Or pourtant, c'est le b-a-ba d'une bonne gouvernance. Le Service de Renseignement, ce n'est pas le Service topographique! C'est une faute d'avoir négligé la gestion des risques».

La Délégation explique pourtant qu'un plan de gestion des risques avait été élaboré en 2010. Mais il a été jugé non prioritaire. Pourquoi? Parce que le Service était entièrement absorbé par sa propre fusion puisqu'il réunit désormais le renseignement suisse et celui de l'étranger.

L'affaire a mis gravement en danger des informateurs ou des sources d'information des services secrets suisses.

Le pire a-t-il été évité?

Mais le pire a -t-il vraiment été évité et le SRC a-t-il failli dans ses mesures de sécurité? C'est ce qu'a notamment voulu savoir la Délégation des Commissions de gestion du Parlement. Il en ressort quelques constats très sévères:

Sur Ueli Maurer: «La Délégation estimait essentiel que le chef du DDPS ne s'en tienne pas uniquement à prendre acte des rapports du SRC , mais qu'il accomplisse activement et pleinement sa mission de surveillance. (...). La Délégation avait rappelé dès le mois d'août la nécessité de faire preuve de professionnalisme et d'exactitude dans le cadre de la communication».

Sur Markus Seiler: «La Délégation a constaté que quatre mois après avoir été alerté, le SRC n'avait toujours pas analysé de manière approfondie les dommages potentiels provoqués par ce vol. Par ailleurs le SRC n'avait pris aucune disposition de neutraliser le risque que toutes les données volées n'aient pas pu être récupérées».

La Délégation estime aujourd'hui peu probable que des données soient désormais dans la nature . Elle ne peut cependant l'exclure à 100%. Elle note que 7 mesures urgentes ont déjà été prises pour que pareille mésaventure ne se reproduise pas. Comme l'obligation d'être deux pour consulter certaines données sensibles ou les restrictions concernant la copie de documents. 10 autres mesures suivront d'ici la fin de l'année.

Rapport au Conseil fédéral

Suite à son inspection formelle des services de renseignement, la Délégation de la commission rendra un rapport au Conseil fédéral. Celui-ci est attendu pour le printemps 2013. La Délégation se réserve le droit de divulguer une partie de ses conclusions au public.

Démission de Seiler?

Lors de la conférence de presse, un journaliste a posé la question de savoir si la démission du chef du service de renseignement était à l'ordre du jour. «Je ne répondrai pas à cette question», déclare Pierre-François Veillon. «M. Seiler est nommé par le Conseil fédéral, pas par la délégation».

Créé: 16.10.2012, 18h00

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