Les SIG ne prendront pas de risques pour sauver Alpiq

EnergieVu l’état du marché de l’électricité, les Services industriels n’envisagent pas de racheter à eux seuls des barrages déficitaires.

Barrage de la Grande-Dixence (VS).

Barrage de la Grande-Dixence (VS). Image: Keystone

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La récente annonce d’Alpiq pose un dilemme aux distributeurs suisses d’électricité. Faut-il racheter les barrages déficitaires que le groupe énergétique romand a décidé de vendre, et sauver ainsi ce patrimoine helvétique, au risque de perdre de l’argent pendant quelques années?

Les Services industriels de Genève (SIG), qui ont déjà beaucoup investi dans l’énergie hydraulique en Suisse (notamment 300 millions de francs en 2011 dans la société argovienne EDH), se posent la question, comme tous les acteurs de la branche. «Nous n’avons pas les reins assez solides pour racheter nous-mêmes des barrages, confie le directeur général des SIG, Christian Brunier. Nous sommes déjà en train de contenir notre dette, alors nous ne prendrons pas de risques inconsidérés pour sauver Alpiq.»

En revanche, la régie genevoise, qui est indirectement actionnaire d’Alpiq via sa participation (20,39%) dans EOS Holding (laquelle détient 31,44% des parts d’Alpiq), tient à la pérennisation du groupe et étudie toutes les options pour l’assainir. Et cela même si, selon Christian Brunier, les SIG ne seraient pas la première victime d’un effondrement d’Alpiq: «Nous n’avons pas participé à sa recapitalisation et nous avons déjà déprécié nos actions l’an dernier. Nous perdrions 30% de notre approvisionnement, mais ce ne serait pas irremplaçable, vu la quantité d’électricité sur le marché en ce moment.»

Pour le directeur général des SIG, c’est surtout l’avenir de la branche hydraulique suisse qui est en jeu. Pilier de l’approvisionnement énergétique national (60% de l’électricité produite en Suisse), celle-ci est en crise. Car le prix de l’électricité a chuté sur le marché européen, ce qui plombe la rentabilité des barrages. La cause principale en est une surproduction de courant bon marché, notamment à partir de sources fossiles polluantes, comme le charbon, ainsi que le subventionnement massif des nouvelles énergies renouvelables (solaire, éolien, etc.) par l’Allemagne.

«L’énergie hydraulique est actuellement deux à trois fois plus chère que le prix de l’électricité sur le marché européen, explique Christian Brunier. Il faudrait une réaction politique forte pour stabiliser ce marché, qui est devenu fou.» Et de déplorer une concurrence déloyale des énergies fossiles: «Le mieux serait de taxer les énergies polluantes, car nous ne vendons pas le même produit. C’est comme de comparer un steak de bœuf bio avec de la viande d’élevage intensif.»

Ce contexte n’encourage pas à investir dans l’hydraulique, qui risque de rester déficitaire tant que les conditions du marché n’auront pas changé. Mais, les SIG sont prêts à étudier, sans engagement à ce stade, des pistes pour tenter de sauver un bout de l’hydroélectrique suisse, à travers éventuellement la création d’une société qui reprendrait les barrages d’Alpiq. Les cantons pourraient aussi être impliqués dans ce sauvetage. «Notre priorité est de préserver les actifs de production d’énergie renouvelable, essentiellement hydraulique, assure le conseiller d’Etat en charge de l’Energie, Antonio Hodgers. Les cantons romands devront travailler ensemble à cette fin.»

Créé: 10.03.2016, 08h50

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