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«Simonetta Sommaruga ferait mieux de balayer devant sa porte»

Le conseiller aux États Olivier Français est un des élus qui s’est opposé au projet de lutte contre la discrimination salariale. Il s’en explique

Olivier Français.
Olivier Français.
PHILIPPE MAEDER

Humiliées. Voilà comment la conseillère nationale Ada Marra (PS/VD) décrivait le sentiment des femmes suite au renvoi en commission d’un projet de loi visant à faire reculer la discrimination salariale. Les féministes sont ce jeudi dans la rue pour laver l’affront lors de la Journée internationale des femmes.

Le conseiller aux États Olivier Français (PLR/VD) fait partie de ces élus bourgeois qui ont shooté le projet. Interview

Vous avez refusé le projet de la conseillère fédérale Sommaruga de lutte contre la discrimination salariale. Vous êtes un affreux machiste?

Non, c’est mal me connaître et mes actes démontrent le contraire. Dans l’administration que j’ai dirigée à Lausanne pendant 16 ans, je suis le premier à avoir nommé une femme cheffe de service à la Direction des travaux. J’ai ensuite favorisé les cadres féminins à qualité égale. Cela a fait énormément de bien dans une administration qui avait une culture machiste. Et c’est comme cela que les choses changent vraiment. Pas en créant des rapports et des usines à gaz comme le veut Mme Sommaruga.

Simonetta Sommaruga dit que critiquer le projet de compromis est une manœuvre typiquement dilatoire pour ne rien faire.

Elle ferait mieux déjà de balayer devant sa porte. On voit que les inégalités salariales sont très importantes dans les administrations cantonales. C’est quand même incroyable de vouloir régenter le privé alors qu’on n’est pas capable depuis des années de faire respecter la loi dans le service public. La Confédération a édicté une charte sur l’égalité qu’elle n’applique pas! Seuls douze cantons l’ont signée.

Vu que les pouvoirs publics ne sont pas exemplaires, vous nous dites qu’il ne faut rien exiger des entreprises…

Non. Les entreprises font des efforts. Mais c’est un problème de société très complexe. Si Doris Leuthard n’arrive pas à engager plus de femmes cadres, c’est parce que ce n’est pas si facile. Une mutation est en train de s’opérer avec les jeunes générations qui arrivent au pouvoir. Elles remplacent des anciens qui avaient une vision plus machiste. Tout cela prend du temps, malheureusement.

Donc pour vous l’égalité avance. Il suffit d’attendre encore vingt ans et l’affaire se réglera toute seule?

Non, je ne dis pas ça. Mais on ne peut pas modifier les gènes d’une société d’un claquement de doigts. Comme au Canada, il faut proposer une série de mesures. On peut fixer des objectifs et, s’ils ne sont pas atteints, alors là on peut passer à la contrainte.

C’est ce que dit Simonetta Sommaruga. Les mesures volontaires ont échoué, elle passe à la contrainte.

Vous avez vu beaucoup de communication sur cette charte de l’égalité? Non. On ne peut pas simplement faire une petite action et croire que ça va aller tout seul. Dans le programme de gouvernement du Conseil fédéral, il n’y a pas d’actions fortes sur l’égalité hommes-femmes. Et puis, la contrainte envers les entreprises, cela peut avoir un effet pervers.

Lequel?

Que les entreprises se disent: «J’en ai marre de toutes ces règles, j’engage moins de femmes.»

Il y a des femmes qui disent en attendant: «S’ils ne font rien pour l’égalité des salaires, pas question que j’accepte la retraite à 65 ans».

Elles ont raison! Il faut tout mettre dans la balance. Voilà pourquoi je préconise un plan de mesures qui inclue un congé parental, une action énergique de la Confédération sur les salaires dans le service public et une autodéclaration des entreprises. Tant qu’on n’y arrive pas, le nouveau projet d’Alain Berset sur les retraites va dans le mur.

Des conseillères nationales se sentent «humiliées» par la décision des sénateurs. Une ligne rouge a-t-elle été franchie?

On parle d’une modification de loi. Si je réagissais pareillement quand on ne partage pas mes idées, je me plaindrais souvent. La gauche m’appelle parfois «Calimero». Je peux leur rendre la pareille. Il faut se calmer.

Vous dites que les modèles statistiques ne permettent pas d’objectiver les discriminations salariales. Qu’entendez-vous par là?

Les différences salariales entre homme et femme, à cahier des charges égal, ne traduisent pas automatiquement une discrimination. Il y a tellement de critères qui entrent en jeu dans une rémunération. Il faut prendre les statistiques avec des pincettes.

Attendez, vous niez qu’il y ait une discrimination salariale basée sur le sexe?

Non. Je n’ai pas besoin de statistiques pour savoir que c’est le cas. Mais vous avez des facteurs difficilement évaluables comme le fait que les femmes, à travail égal, réclament un salaire inférieur. J’ai d’ailleurs le même problème. C’est difficile pour moi, comme pour d’autres hommes, de quantifier la valeur de mon travail d’indépendant.

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