Le Simplon est le point noir du ferroutage

TransportsSi le transfert de marchandises qui passent de la route au rail progresse, les objectifs ne sont pas atteints. Inquiétude pour l’un des axes.

Viola Amherd (PDC/VS) peut avoir le sourie. Le Conseil fédéral est prêt à examiner son postulat qui vise à interdire le transport de matières dangereuses sur le col du Simplon.

Viola Amherd (PDC/VS) peut avoir le sourie. Le Conseil fédéral est prêt à examiner son postulat qui vise à interdire le transport de matières dangereuses sur le col du Simplon. Image: Keystone

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C’est un peu l’arbre qui cache la forêt. L’Office fédéral des transports a publié vendredi son rapport annuel sur le transfert de marchandises de la route au rail. Il montre une progression du ferroutage dans les Alpes. Entre juillet 2015 et juin 2017, le nombre de poids lourds a ainsi baissé de 5,6%, pour s’établir à 975'000 véhicules par an. Le fret transalpin représente désormais une part de marché de 71%. Une nouvelle valeur record qui ne doit toutefois pas cacher deux autres réalités, bien moins réjouissantes.

La première, c’est que, malgré ces résultats, les objectifs ne sont toujours pas atteints. Lorsqu’il a accepté l’initiative «Pour la protection des régions alpines contre le trafic de transit», en 1994, le peuple demandait au Conseil fédéral de favoriser le ferroutage pour le transport de marchandises. La loi sur le transfert du transport de marchandises adoptée dans la foulée envisageait un maximum de 650'000 camions dès 2018. Avec un tiers de plus, on en est aujourd’hui très loin.

«Situation illégale»

«Le Conseil fédéral tolère une situation illégale et inconstitutionnelle», réagit Mathias Reynard (PS/VS), membre du comité de l’Initiative des Alpes. L’organisation a décidé de se faire entendre ce vendredi à Berne par une manifestation sur la place Fédérale. Elle propose dix mesures pour atteindre cet objectif. «On peut imaginer une hausse de la RPLP (ndlr: la redevance sur le trafic des poids lourds), davantage de contrôle des camions ou une interdiction du transport par route des matières dangereuses.»

Au-delà des objectifs généraux se cache un autre problème: tous les axes alpins ne sont pas logés à la même enseigne. Un coup d’œil aux résultats du rapport montre des différences criantes.

Le Saint-Gothard – principal passage routier, avec une part d’environ 72% en 2016 – a vu une importante diminution du trafic poids lourds. En quinze ans, le nombre de camions est passé de 1,18 million par année en 2000 à 701'000 en 2016. Les chiffres sont stables pour le San Bernardino, avec une hausse de 7%. Par contre, pour le Simplon, troisième axe routier en importance, la situation s’est largement aggravée, avec une hausse permanente du nombre de véhicules, passant de 27'000 en 2000 à 89'000 en 2016, c’est presque trois fois plus.

Comment expliquer une telle augmentation? «Des travaux ont été effectués pour améliorer la route, explique l’Office fédéral des transports. Un pont a notamment été construit. Il est beaucoup plus facile pour les poids lourds d’y circuler.» L’Initiative des Alpes ajoute que les mesures en faveur du ferroutage ont surtout été concentrées sur le Gothard, étant donné son importance, laissant un peu de côté les possibilités offertes par le tunnel qui relie Brigue à l’Italie.

Des matières dangereuses

Mais la coordinatrice pour la Suisse romande de l’organisation, Isabelle Pasquier, pointe surtout un autre aspect lié à cette hausse: l’augmentation du trafic de marchandises dangereuses (voir infographie de droite). «Près de 90% des camions qui contiennent ce genre de marchandises à travers les Alpes passent par le Simplon. L’interdiction de traverser les tunnels routiers alpins leur barre la voie au Gothard et au San Bernardino. Ainsi, près de 40 camions transportant des matières polluantes ou fortement inflammables gravissent chaque jour cette route de montagne à plus de 2000 mètres d’altitude.»

Mathias Reynard insiste: «La plupart de ces convois ne sont même pas examinés. Le centre de contrôle étant situé à Saint-Maurice, dans le Bas-Valais, énormément de camions venant du sud destinés à l’industrie valaisanne passent entre les mailles du filet.» Un point l’inquiète encore plus: «Parmi les camions effectivement contrôlés, un tiers serait en infraction.»

Cette problématique, Viola Amherd (PDC/VS) l’a également portée sur la scène fédérale. Pour la conseillère nationale, la situation s’est aggravée ces dernières années et, comme l’autoroute n’est pas achevée dans le Haut-Valais, ce sont plusieurs villages qui se trouvent engorgés par ce trafic. Elle a donc déposé un postulat, dans lequel elle demande l’interdiction d’acheminer des marchandises dangereuses par la route du col du Simplon et de les faire passer par le rail.

Accélérer la cadence

Dans sa prise de position diffusée vendredi, le gouvernement se dit prêt non seulement à analyser la situation, mais il appelle aussi de ses vœux un dialogue entre le Valais et l’industrie qui génère ce genre de trafic. Et de préciser: «Le Conseil fédéral est en principe prêt à mettre en œuvre une interdiction générale de transporter des marchandises dangereuses via le col du Simplon et à adapter la SDR (ndlr: ordonnance relative au transport des marchandises dangereuses par route) si le parlement le charge d’un mandat politique.»

«C’est une victoire, se réjouit Viola Amherd. Pendant longtemps, le Conseil fédéral ne voulait rien faire.» Saisissant la balle au bond, la démocrate-chrétienne promet déjà d’intervenir sur ce thème la semaine prochaine lors des questions orales au parlement. Elle est bien décidée à accélérer la cadence. (24 heures)

Créé: 01.12.2017, 19h55

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