Sommaruga et Parmelin ont les cartes en main

DépartementsLes élections de Keller-Sutter et d'Amherd ouvrent la porte à une rocade des dicastères. Une femme pourrait diriger la Défense.

Voici la nouvelle équipe du Conseil fédéral à partir du 1er janvier.

Voici la nouvelle équipe du Conseil fédéral à partir du 1er janvier. Image: Keystone

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Avec l’élection de Viola Amherd et de Karin Keller-Sutter, c’est près d’un tiers du Conseil fédéral qui est renouvelé. Voilà qui redistribue les cartes au sein du gouvernement. À commencer par celles des départements.


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Deux d’entre eux cherchent preneur: l’Économie, la Formation et la Recherche, mais surtout le dicastère mammouth qui regroupe l’Environnement, les Transports, l’Energie et la Communication. Pas sûr toutefois qu’ils reviennent aux deux nouvelles. Le Conseil fédéral se réunira ce vendredi pour se partager le gâteau. Si tout se passe bien, la répartition sera annoncée dans la foulée. Si les tractations sont plus difficiles, le verdict pourrait être communiqué la semaine suivante.

Comme le veut l’usage, la répartition se fera selon les envies de changement des uns et des autres qui s’exprimeront par ordre d’ancienneté. Soit Ueli Maurer, Simonetta Sommaruga, Alain Berset, Guy Parmelin et Ignazio Cassis. Élue quelques minutes avant Karin Keller-Sutter, Viola Amherd passera en avant-dernière position. Si les sept Sages n’arrivent pas à se mettre d’accord, un vote peut intervenir.

Entre ceux qui voudraient changer, ceux qui aimeraient rester et ceux qui hésitent, l’équation possède de nombreuses inconnues. Dans ce jeu des chaises musicales, tout dépendra du choix de Simonetta Sommaruga, mais aussi de Guy Parmelin. Ils pourraient ouvrir la voie à des configurations inédites si l’Économie devait revenir à la gauche, ou si une femme prenait la tête de la Défense.


Ceux qui aimeraient rester

Doyen de fonction, l’UDC, Ueli Maurer est le premier conseiller fédéral qui pourrait revendiquer un changement de département. Or le Zurichois ne devrait pas profiter de cet avantage. Arrivé aux Finances il y a trois ans seulement – après une période difficile comme ministre de la Défense – Ueli Maurer se plaît dans ce costume de grand argentier de la Confédération. Il y a acquis une stature d’homme d’État, et son travail est aussi apprécié et reconnu de la gauche que de la droite. Son âge – il vient de fêter ses 68 ans – est aussi un argument qui plaide en faveur d’un non-changement. Il pourrait être en effet le prochain conseiller fédéral à s’en aller. Sans doute lors de la prochaine législature, puisqu’il a annoncé son intention de se représenter en 2019.

Autre conseiller fédéral qui aimerait rester à son poste: le PLR Ignazio Cassis. Le Tessinois - polyglotte - se plaît à la tête du Département des affaires étrangères. Voici ce qu’il répondait il y a quelques semaines dans le «Matin Dimanche» à la question de savoir si un changement de dicastère le titillait: «Pour une question d’économie des forces, non. J’ai tellement investi durant cette année, en termes d’émotions, de réflexions de stratégies. Quitter la barque maintenant serait un signal terrible pour mes collaborateurs. Pour moi, ce serait une frustration. Si mes collègues n’en décident pas autrement, je reste volontiers ici.» Hasard du calendrier, c’est vendredi aussi que le Conseil fédéral tranchera sur l’Europe. Son plus gros dossier.


Ceux qui voudraient changer

Si Simonetta Sommaruga et Alain Berset veulent changer de département, c’est maintenant ou jamais. La première est à la tête du Département de justice et police (DFJP) depuis huit ans, le second à la tête de celui de l’Intérieur (DFI) depuis six ans. Or il se murmure que les deux socialistes ont la bougeotte. Simonetta Sommaruga aurait de l’appétit pour le DETEC, le département qui regroupe environnement, transports, énergie et communication. «Si elle le veut, elle l’aura, confie un élu UDC. On ne peut pas lui refuser alors qu’elle sera la deuxième à se prononcer». Reste que le DETEC est le plus gros département avec le DFI. Or on imagine mal que tous deux reviennent à la gauche. Cela signifierait donc qu’Alain Berset change également. «Il est économiste de formation, rappelle une de ses proches. Et il a beaucoup aimé voyager durant son année de présidence.» Peut-on laisser l’Économie à un socialiste? Poser la question à la droite, c’est la faire s’étrangler. «C’est impossible», lance un élu PLR. Face à cette impasse, un autre scénario circule, celui du statu quo. Simonetta Sommaruga attendrait sa deuxième année de présidence en 2021, puis démissionnerait du Conseil fédéral. Elle ne changerait alors pas de département pour trois ans. Ce qui permettrait à Alain Berset de rester à l’Intérieur. L’entourage du Fribourgeois laisse en tout cas planer ces deux options, tout en rappelant qu’en tant que président de la Confédération, c’est à lui que reviendra la responsabilité de mener la séance de vendredi sur la répartition. Il n’aura donc pas autant de latitude que ses collègues dans ses choix.


L'énigme du ministre de la Défense

Que veut donc Guy Parmelin? C’est peut-être du choix du ministre de la Défense que dépendra l’étendue de la rocade des départements. Sa garde rapprochée distille le message qu’il souhaiterait quitter son dicastère. Une position qui divise fortement le groupe UDC. «On n’abandonne pas ses troupes au milieu de la rivière, lance un élu romand. Il ne peut pas partir maintenant.» Guy Parmelin tient en effet l’avenir de la défense aérienne dans ses mains. Et notamment l’achat de nouveaux avions de combat et du futur système de défense sol-air. Un paquet mal emmanché au parlement. «Partir maintenant serait un signe de faiblesse», juge un membre de la Commission de sécurité du national, romand lui aussi.

Chez les Alémaniques pourtant, un départ de Guy Parmelin ne poserait pas de problème particulier. «Depuis Adolf Ogi, les autres partis ont toujours refilé la Défense à l’UDC, souligne un élu influent du parti. Il serait temps qu’ils prennent leurs responsabilités.» Ce serait la possibilité aussi de forcer les partis bourgeois à faire passer le paquet de la défense aérienne.

Ou donc ira Guy Parmelin s’il quitte la Défense? Certains élus de son parti souhaitent le voir aux manettes du DETEC, d’autres espèrent qu’il reprendra le DFJP, afin que l’UDC puisse enfin agir au niveau de la migration. Lui-même serait plutôt tenté par l’Économie, qui englobe la politique agricole. Un choix judicieux pour celui qui est viticulteur et donc connaisseur du dossier? «Ce serait surtout prendre le risque de mettre l’agriculture suisse sous une cloche», prévient un élu démocrate-chrétien.


Les non-choix des deux nouvelles

Selon la formule consacrée, aussi bien la PDC Viola Amherd que la PLR Karin Keller-Sutter «se réjouissent d’œuvrer dans n’importe quel département». La vérité, c’est qu’elles n’auront pas beaucoup de choix. En étant les dernières sur la liste de distribution, elles devront se contenter de ce qui reste. Si les autres conseillers fédéraux ne bougent pas, Viola Amherd aurait toutes les cartes en main pour reprendre le DETEC, elle qui œuvre dans la commission compétente. Idem pour l'Économie et Karin Keller-Sutter. Si Simonetta Sommaruga, Guy Parmelin ou Alain Berset changent de dicastère, tout se complique. «Avec sa ligne proche de celle de Simonetta Sommaruga, Viola Amherd serait bien calibrée pour reprendre le DFJP. Cela lui permettrait de poursuivre son combat pour les droits des enfants», analyse un élu PDC. «Elle serait aussi très bien à l’Intérieur, ajoute une socialiste. Elle est à la fois proche des cliniques privées, et étatiste, ce qui lui donnerait une légitimité pour réformer le système de santé.» Reste que la droite - majoritaire - espère lui «refourguer» la Défense. À moins que ce soit Karin Keller-Sutter qui se la coltine, elle qui sera la dernière à pouvoir s’exprimer. «Elle a suffisamment de compétences pour relever n'importe quel défi», estime un de ses lieutenants. «Elle serait parfaite à l’Économie, mais si elle ne l’obtient pas, son profil collerait assez bien au DFJP. Ce serait une continuité par rapport à son mandat au gouvernement saint-gallois», analyse un libéral-radical. (24 heures)

Créé: 06.12.2018, 06h51

Analyse: face aux piques de l’UE, le Conseil fédéral peut faire son «reset»



Arthur Grosjean, correspondant à Berne

Avec l’arrivée de Viola Amherd et de Karin Keller-Sutter, le Conseil fédéral s’est-il déporté vers la gauche ou vers la droite? Bien malin qui peu répondre à cette question. À vue de nez, Amherd est un poil plus à gauche que Leuthard, et Keller-Sutter un poil plus à droite que Schneider-Ammann. On en conclura qu’il n’y a pas de déplacement politique notable comme cela avait été le cas lorsque le libéral Ignazio Cassis avait remplacé le radical Didier Burkhalter. Là, le collège avait pris un cap plus à droite avec une majorité claire UDC-PLR.

Mais ce clivage gauche-droite n’est pas l’alpha et l’oméga de la politique gouvernementale. Le problème, c’est plutôt le patinage du Conseil fédéral sur les gros dossiers. Accord institutionnel avec l’UE, réforme fiscale des entreprises, réforme des retraites, le gouvernement a souvent perdu la main au profit du parlement. Est-ce que les deux nouvelles conseillères fédérales, qui ne jurent que par la recherche de compromis majoritaires, pourront redonner au gouvernement son rôle naturel de leader? C’est ce qu’espèrent ouvertement plusieurs présidents de parti.

Un test grandeur nature va se présenter sous peu: l’accord institutionnel avec l’UE. L’«ancien» Conseil fédéral devrait le dévoiler vendredi. Selon ce qu’on entend à Berne, l’accord n’a aucune chance car il s’est déjà fait deux ennemis mortels. À droite, l’UDC qui ne veut pas de ce «traité colonial». À gauche, le PS qui est vent debout contre tout assouplissement des mesures antidumping salarial. Si la Suisse ne ratifie pas l’accord, l’UE va commencer ses mesures de rétorsion, à commencer par la non-reconnaissance boursière.

Face à l’adversité, c’est là qu’on reconnaîtra si le Conseil fédéral tient le choc. À lui d’élaborer un plan B crédible pour nos futures relations avec l’UE, susceptible de rassembler une grande majorité en Suisse. Ce serait en quelque sorte le «reset» qu’avait appelé Cassis de ses vœux sans pouvoir toutefois lui donner un contenu intelligible et tangible.

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