Un sondage prédit l’échec de «No Billag»

Service publicPlébiscité lors de précédentes enquêtes d’opinion, le texte qui veut abolir la redevance radio-TV n’est plus soutenu que par 40% des électeurs.

Selon la première enquête Tamedia sur les votations fédérales du 4 mars prochain, 59% des électeurs prévoient de dire «non» à «No Billag».

Selon la première enquête Tamedia sur les votations fédérales du 4 mars prochain, 59% des électeurs prévoient de dire «non» à «No Billag». Image: KEYSTONE

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C’est ce qui s’appelle un retournement de situation. Largement derrière lors de deux sondages réalisés à la fin de l’année dernière, les opposants à l’initiative «No Billag» font désormais la course en tête. Selon la première enquête Tamedia (le groupe qui édite notamment ce journal) sur les votations fédérales du 4 mars prochain, 59% des électeurs prévoient de dire «non» au texte exigeant la suppression de la redevance radio et TV, contre 40% qui envisagent de glisser un «oui» dans l’urne.

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Les Romands sont davantage hostiles au projet (63%) que les Alémaniques (57%). En ce qui concerne les Tessinois, la marge d’erreur élevée ne permet pas de tirer de conclusions. Les femmes sont aussi plus nombreuses que les hommes à refuser l’idée (64% contre 55%), tout comme les universitaires se montrent davantage réfractaires que les personnes qui ne possèdent aucun diplôme (71% contre 50%). Le tri par âge ne fait pas ressortir de différences nettes.

Citoyens mieux informés

La spectaculaire inversion de tendance par rapport aux deux premières enquêtes, qui avaient été menées par l’institut Market­agent, ne surprend pas le politologue Pascal Sciarini. «Ces sondages n’étaient pas sérieux dans leur méthodologie, estime le professeur à l’Université de Genève. En outre, ils ont été conduits très tôt. Les citoyens n’étaient pas encore informés sur les enjeux du scrutin.» Entre-temps, le débat s’est installé et les adversaires de «No Billag» ont musclé leur campagne, ajoute-t-il.

Les rangs de ceux qui combattent la proposition s’étoffent d’heure en heure. Rarement autant d’acteurs différents se sont regroupés pour faire barrage à une initiative, du Conseil fédéral aux Cantons en passant par les artistes et même des organisations comme l’Union vaudoise des associations musulmanes. L’écrasante majorité de la classe politique est vent debout contre le projet. Le même argument est répété inlassablement: en cas d’acceptation, il n’y a pas de plan B. La SSR, qui tire les trois quarts de son budget de la redevance, disparaîtra, tout comme les diffuseurs locaux. En face, le camp du «oui», qui réunit, outre les Jeunes Libertariens à l’origine de l’initiative, l’Union suisse des arts et métiers (USAM) ainsi que des élus UDC et PLR, a semblé rétropédaler ces dernières semaines, en s’efforçant de rassurer sur le fait que les radios et TV pouvaient survivre via des financements privés.

Les électeurs UDC sont ceux qui soutiennent le plus vigoureusement le texte, selon le sondage. Près des trois quarts sont pour, alors que pour les autres partis ce taux varie de 17% (PS, Les Verts) à 34% (PLR). Mais les sympathisants agrariens sont pris entre deux feux, souligne Pascal Sciarini: «Le parti est favorable à «No Billag», mais dans beaucoup de cantons alémaniques ruraux, les sociétés patriotiques, les fanfares, les chorales se sont prononcées contre.»

Précédents historiques

Le politologue explique qu’il n’est pas rare que des initiatives populaires démarrent en trombe avant de s’effondrer, qu’elles viennent de gauche comme de droite. Il dresse un parallèle avec celle baptisée «Oui à l’Europe!» qui demandait d’engager «sans délai» des négociations pour l’adhésion de la Suisse à l’Union européenne. «Les premiers sondages laissaient penser qu’une majorité de Suisses étaient en faveur de ce texte», rappelle Pascal Sciarini. Or, au final, la proposition avait été balayée par 76,8% des votants et l’unanimité des cantons en mars 2001.

L’enquête de Tamedia sur «No Billag» a été effectuée en ligne le 15 janvier dernier, en collaboration avec les politologues Lucas Leemann et Fabio Wasserfallen de l’institut LeeWas. Plus de 15 000 personnes de toute la Suisse y ont participé sur une base volontaire. Les données ont été pondérées en fonction de variables démographiques, géographiques et politiques. La marge d’erreur est de 1,1%. (24 heures)

Créé: 19.01.2018, 06h36

Pour les initiants, «il faudra mobiliser»

Nicolas Jutzet, président du comité romand de l’initiative «No Billag», paraissait emprunté jeudi lorsque nous lui avons appris que le texte était désormais donné perdant. Il a finalement réagi par SMS: «Il s’agira de mobiliser. Un sondage n’est qu’une image d’un instant. On connaît tous des exemples récents qui démontrent que leur fiabilité est discutable et les résultats évoluent. On se réjouit de pouvoir discuter avec la population durant les prochaines semaines, en démontrant que rendre la liberté de choisir aux citoyens est une idée qui mérite leur soutien.»

Les opposants, quant à eux, sont bien sûr ravis. «L’engagement de nombreux comités et représentants, des yodleurs aux sportifs, semble fonctionner, se félicite la conseillère fédérale Doris Leuthard. Mais il faut rester vigilant.» Les électeurs ont compris que l’abolition de la redevance signifiait la fin du service public, juge la conseillère nationale Lisa Mazzone (Les Verts/GE): «Nous devons continuer d’aller au contact de la population et de sensibiliser sur les conséquences de l’initiative.»

Principale intéressée, la RTS ne veut pas commenter le sondage. Son directeur, Pascal Crittin, se dit toutefois impressionné par l’intensité de la campagne: «Ce scrutin donne lieu à un profond débat de société sur la place des médias et du service public en Suisse.» Si le «non» l’emporte, la SSR se remettra-t-elle en question? «La définition du service public est du ressort des politiques, répond Pascal Crittin. De notre côté, deux enjeux nous préoccupent. Le premier est économique. En 2019, la redevance passera à 365 francs par an contre 451 actuellement et la part de la SSR sera plafonnée à 1,2 milliard. Nous allons devoir faire des économies, d’autant que les recettes publicitaires baissent. Deuxièmement, nous sommes confrontés aux nouveaux modes de consommation des médias, toujours plus fragmentés. Ce sont nos deux grands chantiers.»

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