«Souligner que l’homophobie n’est pas tolérée est un geste fort»

24 heuresLes Etats ont accepté d’étendre la norme pénale antiraciste aux discriminations basées sur l’orientation sexuelle. Mathias Reynard, qui est à l’origine du projet, réagit.

Mathias Reynard à la tribune du Conseil national.

Mathias Reynard à la tribune du Conseil national. Image: Keystone

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Comme le National avant lui, le Conseil des Etats a approuvé ce mercredi un élargissement de la norme pénale antiraciste aux discriminations basées sur l’orientation sexuelle, de façon à ce que l’homophobie soit combattue. Les sénateurs ont approuvé par 32 voix contre 10 cette proposition, qui trouve son origine dans une initiative parlementaire de Mathias Reynard (PS/VS). Le Valaisan répond à nos questions.

Qu’est-ce que cette inscription de l’homophobie dans la norme antiraciste va changer?
On lance un signal en disant que l’homophobie n’est pas un avis mais un délit, comme le racisme. Une personne qui tient publiquement de tels propos pourra être poursuivie pénalement. Et en cas d’agression physique, il y aura une circonstance aggravante. C’est très important pour les victimes, on leur donne une légitimité.

Les condamnations à la norme antiraciste restent rares. Tout cela n’est-il pas symbolique?
La liberté d’expression étant super importante en Suisse, cette norme est appliquée avec beaucoup de cautèles. Cette portée symbolique existe et ce n’est pas négatif de le dire. Si cet élargissement ne va pas faire disparaître l’homophobie, il montre les limites fixées par notre société, au nom du vivre ensemble. Il doit être accompagné d’un travail de prévention, d’une sensibilisation et de collectes de données. En comparaison internationale, la Suisse est mal classée en matière de droits LGBT, en raison de l’homophobie. Agir contre cela est un enjeu de droits humains. Souligner que l’homophobie n’est pas tolérée est un geste fort.

Les Etats ont refusé d’étendre la norme pénale aux discriminations basées sur l’identité de genre, ce qui exclut les personnes intersexes et transgenres. Les associations qui les défendent le critiquent. Quelle est votre réaction?
Le National avait amélioré ma proposition en faisant cet ajout. Je comprends la réaction des associations concernées, mais il sera difficile d’aller plus loin avec le Parlement actuel. La victoire d’aujourd’hui est déjà importante, il faut voir le verre à moitié plein. Et selon certains juristes, cet article pourra être utilisé en cas d’agression transphobe. Ce n’est pas exclu que les tribunaux en fassent une interprétation large.

Ne va-t-on pas trop loin en étendant ainsi la norme pénale antiraciste? On pourrait le faire pour d’autres discriminations... Où va-t-on s’arrêter?
Certains sénateurs ont brandi cet argument. Mais la violence des propos homophobes et leur récurrence sont particulières. Le fait que le taux de suicide des jeunes homosexuels est élevé montre l’ampleur de leurs souffrances.

Voudriez-vous étendre la norme à la lutte contre d’autres violences?
Cette norme punit déjà les propos racistes et les violences fondées sur la religion. Outre l’identité de genre, nous aurions voulu ajouter la question homme-femme.

Créé: 28.11.2018, 17h09

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