Soutien jeune et féminin à la norme antihomophobie

Votations du 9 févrierL’extension de la norme antirasciste aux discriminations basées sur l’orientation sexuelle serait acceptée par les Suisses, d’après notre sondage.

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À un peu plus de six semaines du scrutin, la première tendance est à un oui tranché en faveur du renforcement de la norme antihomophobie. Le texte soumis au vote le 9 février recueille 65% d’opinions favorables, contre 32% de négatives, selon le premier sondage effectué sur les sites du groupe de presse Tamedia. Et, si la campagne ne fait que commencer, le nombre de citoyens indécis est déjà très faible (3%).

Les appuis les plus forts à la loi, acceptée en décembre 2018 par le Conseil national, sont les femmes et les jeunes. Les premières se disent favorables à 76% à l’extension de la norme antiraciste aux discriminations basées sur l’orientation sexuelle. Les hommes sont eux 55% à marquer leur approbation. La différence est du même ordre si on s’intéresse à l’âge des votants. Les moins de 34 ans sont 76% à soutenir le texte alors que ce taux ne s’élève qu’à 58% pour les plus de 65 ans.

L’UDC opposée au texte

Au niveau des partis, seuls les sympathisants de l’UDC se prononcent contre le texte. Ils sont 58% à se dire opposés à celui-ci. Le parti agrarien est l’unique formation gouvernementale à avoir pris position contre le renforcement de la norme antihomophobie. Le référendum avait été lancé par l’Union démocratique fédérale (UDF) avec le soutien des jeunes UDC. Le reste du spectre politique est favorable à la nouvelle loi. Sans surprise, les partis de gauche sont les plus tranchés (87% et 89% de oui et plutôt oui pour le PS et les Verts). Les partis bourgeois s’expriment de manière plus nuancée (59% et 62% d’opinions favorables pour le PLR et le PDC).

Enfin, il s’agit de noter que les différences linguistiques sont relativement peu marquées. La Suisse romande soutient le texte à 69%, contre 25% d’avis contraires. Outre-Sarine, ce sont 63% des sondés qui sont pour le renforcement de la norme et 34% contre.

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Pour le politologue genevois Pascal Sciarini, c’est «un bon départ. Si on imagine que le Conseil fédéral et la majorité parlementaire doivent encore entrer en scène dans la campagne, on s’achemine vers un renforcement de l’acceptation du projet.» Le professeur explique que ces résultats sont peu surprenants pour un texte illustrant une opposition entre progressistes et conservateurs: «On sait que les femmes sont généralement plus ouvertes que les hommes. De la même manière, les jeunes manifestent une ouverture plus grande que l’électorat âgé.» Ce dernier estime qu’il va être difficile, pour les opposants à la loi, d’inverser la tendance de ce début de campagne. «Si elle se déroule correctement au niveau des forces partisanes, il sera très compliqué pour l’UDC de gagner, surtout quand le débat porte sur des thèmes qui ne sont pas au cœur de son action», affirme le politologue de l’Université de Genève.

Un avis qui est admis au sein même du parti agrarien. «J’ai bien peur que cette nouvelle loi va être approuvée au minimum très nettement», reconnaît le conseiller national valaisan Jean-Luc Addor. Il assure que son parti ne va pas se battre outre mesure. «Il est probable que l’UDC ne fasse pratiquement pas campagne car nous n’avons pas les moyens de nous lancer dans toutes les batailles, surtout quand elles n’apparaissent pas essentielles et sont mal engagées», indique l’élu. Il ne se dit pas surpris par le résultat de ce premier sondage. «Le débat est piégé. Il est amené d’une telle manière que beaucoup n’osent pas se dire opposés à la nouvelle loi car ils ont peur d’être traités d’homophobes», juge Jean-Luc Addor.

«Bonne configuration»

Artisan de cette nouvelle loi, le Valaisan Mathias Reynard est satisfait par ce début de campagne. «Nous partons dans une bonne configuration, se félicite le conseiller national valaisan. Nous voyons qu’il y a, a priori, un soutien de la population. L’idée que l’homophobie n’a pas sa place dans la société et fait des dégâts est très largement acceptée.» Il compte sur le camp bourgeois pour l’emporter le 9février. «Nous pouvons faire mieux car nous avons une marge de progression à droite. Le fait d’avoir des personnalités qui vont se mobiliser, comme la conseillère fédérale PLR Karin Keller-Sutter, aura un effet positif.»


L’initiative pour davantage de logements abordables est bien partie

L'initiative populaire de l’Association suisse des locataires (Asloca) «Davantage de logements abordables» part gagnante. Le texte, qui exige que 10% des logements nouvellement construits en Suisse appartiennent à des maîtres d’ouvrage d’utilité publique, est soutenu par 63% des personnes sondées par LeeWas pour le groupe de presse Tamedia.

Moins d’un tiers (32%) des répondants sont contre et 5% sont sans avis. Des chiffres proches de ceux publiés par la SSR le 20 décembre (66% de «oui», 30% de «non»). Cet objet sera soumis au vote le 9 février avec le référendum sur l’interdiction de la discrimination en raison de l’orientation sexuelle.

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«C'est encourageant, même s’il faut rester prudent, réagit le conseiller national Baptiste Hurni (PS/NE), membre du comité de l’Asloca. En tant que socialiste, je me rappelle les très nombreuses initiatives données gagnantes quelques mois avant la votation et qui ont ensuite été brisées avec force argent par les partis adverses.»

Il est courant que les initiatives de gauche soient perçues positivement au début, confirme le politologue Pascal Sciarini. «Lors des premières enquêtes, la population n’a pas forcément beaucoup entendu parler du sujet et peut le trouver sympathique. Cela donne un sondage favorable, mais dès que le Conseil fédéral et l’économie entrent en scène, d’autres arguments sont pris en compte.»

Un élément qui ressort de l’enquête de Tamedia a de quoi inquiéter l’Asloca: seuls 28% des partisans du projet jugent qu’il n’existe pas suffisamment de logements abordables en Suisse. Ils sont bien plus nombreux (55%) à être séduits par l’argument beaucoup plus vague selon lequel «le logement est un besoin élémentaire». Or le Conseil fédéral, opposé au texte, insiste justement sur le fait qu’il existe assez de logements à prix abordables.

«Entre le moment où l’initiative a germé et aujourd’hui, la crise s’est un peu atténuée et, en certains endroits, l’offre en logements abordables est adéquate, concède Baptiste Hurni. Mais ce n’est de loin pas le cas dans les centres urbains notamment.» L’avocat ajoute qu’à force de trop payer, les locataires s’y habituent. «Mais ce n’est pas parce que quelqu’un estime que le prix de son logement est correct que c’est le cas au regard du droit du bail.» Sortir des logements de la spirale spéculative permettra d’agir sur le marché, selon le socialiste.

Le sondage révèle aussi que les Alémaniques (61%) sont moins nombreux à appuyer la proposition que les Romands (68%) et les Tessinois (71%). Baptiste Hurni y voit une explication plus «structurelle» que «culturelle». «La Suisse romande est davantage urbanisée et le problème est moins aigu dans les campagnes.»

Encore plutôt calme, la bataille autour du projet de l’Asloca démarrera véritablement après les Fêtes. L’initiative est soutenue par les coopératives d’habitation, l’Union syndicale suisse, le PS, les Jeunes socialistes et les Verts.

Créé: 27.12.2019, 06h40

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