«Pourquoi je soutiens l'initiative de la Marche Blanche»

PédophilieLa PLR vaudoise Isabelle Moret est favorable à l'initiative de la Marche Blanche «Pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants». Interview.

La vice-présidente du PLR Suisse, la Vaudoise Isabelle Moret, estime que l'initiative est acceptable sur le plan constitutionnel.

La vice-présidente du PLR Suisse, la Vaudoise Isabelle Moret, estime que l'initiative est acceptable sur le plan constitutionnel. Image: Keystone

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Le 18 mai, les Suisses voteront sur l'initiative de la Marche Blanche, «Pour que les pédophiles ne travaillent plus avec des enfants». Le texte vise à interdire à vie à une personne condamnée pour atteinte à l'intégrité sexuelle d'un enfant, que ce soit un enseignant, un entraîneur sportif ou un éducateur par exemple, d'exercer une activité professionnelle ou bénévole en contact avec des mineurs.

Donné largement gagnant par les sondages, il rallie une forte majorité de politiciens de tous bords. Néanmoins un comité interpartis s'est formé contre l'initiative. Nous avons déjà présenté les arguments des opposants. Principales critiques avancées: sa nature anticonstitutionnelle puisqu'elle ne respecte pas le principe de la proportionnalité et son côté superflu dans la mesure où une révision plus répressive du code pénal va entrer en vigueur en 2015.

La Vaudoise Isabelle Moret, vice-présidente du PLR Suisse, est partisane de l'initiative, contre l'avis des délégués suisses du parti qui s'y sont opposés. Elle explique son choix.

24 heures – Pourquoi soutenez-vous l'initiative?

Isabelle Moret – Entre la liberté économique d’un pédophile et la protection des enfants, je choisis clairement la protection des enfants. Et je ne suis pas la seule. Tous les parlementaires PLR romands soutiennent l’initiative, tout comme les congrès PLR des cantons de Vaud et de Genève. Mais effectivement, les délégués suisses sont en faveur du non, si bien que le PLR Suisse a décidé de ne pas faire campagne, car c'est finalement un choix personnel.

– Un durcissement du code pénal, approuvé par le Parlement, va entrer en vigueur en janvier. Il sera plus répressif que l'initiative. Celle-ci n'est-elle donc pas redondante et superflue?

– Non. La modification du code pénal que le Parlement a voté est très bien. Elle est très large et envisage d’autres hypothèses que l’initiative et permet par exemple l’interdiction géographique ou de contact. Quoi qu’il advienne à l’initiative le 18 mai, cette révision entrera en vigueur. Mais elle devra être modifiée sur un seul point si l’initiative est acceptée. Actuellement, la révision prévoit que le juge prononce obligatoirement une interdiction d'exercer avec des enfants pendant dix ans, mais il peut la renouveler ou il peut prononcer une interdiction à vie. Si l'on vote oui à l’initiative, c'est juste cette partie de la loi qui devra être modifiée. Le juge devra alors obligatoirement prononcer une interdiction à vie. C’est donc parfaitement possible d’être favorable à la révision du code pénal et au texte de Marche Blanche. A mon avis, nous n’avons pas été assez loin dans la révision. C'est pourquoi j’aimerais que cette interdiction soit une interdiction à vie et non pas de 10 ans, renouvelable.

– Le juge n’aura donc plus son mot à dire? C'est remettre en cause l'indépendance de la justice, non?

– Non. Car le juge pourra choisir librement quelle est la peine applicable au délinquant sexuel. En fait, l’interdiction de travailler avec des enfants est un élément qui restreint très peu la liberté du pédophile. Nous ne sommes pas dans la situation d’une autre initiative de Marche Blanche, à savoir celle qui demandait d'enfermer à vie la personne. A l'époque, je m’étais opposée à ce texte, car je trouvais qu’un enfermement à vie ne permettait pas au juge d’avoir suffisamment de marge de manœuvre. Le nouveau texte est différent et soulève juste la question de la reconversion professionnelle à imposer ou pas à un pédophile. Personnellement, j'estime que ces personnes-là ne doivent plus être en contact avec des enfants et qu'il faut leur imposer une reconversion. En outre, il y a d’autres métiers ou cela se pratique déjà. Prenez un avocat. S’il est condamné pénalement, il peut être radié du barreau. Et là, personne ne juge cela anticonstitutionnel ou disproportionné.

– Néanmoins, le texte pose problème. Selon un expert reconnu, 40% des actes commis sur des mineurs le sont par d'autres mineurs. Vous voulez donc punir ces jeunes à vie? Sans parler des amours adolescentes. Un jeune homme se verrait interdire à vie la possibilité même d'entraîner une équipe de foot juniors par exemple...

– On parle beaucoup de ces amours entre adolescents. Rappelons que l’âge de la liberté sexuelle est fixé à 16 ans et que jusqu’à 20 ans le juge peut renoncer à poursuivre. Il reste les situations à la limite de ces âges. Mais elles ne sont pas comprises dans l’initiative. La Marche Blanche s’y est engagée et les représentants du comité d’initiative au sein du Parlement se sont aussi exprimés pour dire que ces amours-là n'étaient pas visées. Lorsqu’il s’agira de transférer le texte de l’initiative dans le code pénal, on pourra exclure ces situations ainsi que les «cas bagatelle», via la définition du mot enfant employé par l'initiative et qui est trop imprécise pour le code pénal. Le comité vise donc clairement les délinquants pédophiles car ces gens-là sont difficilement soignables.

– Vous estimez qu'ils n'ont pas droit à une seconde chance?

– On leur apprend par thérapie à gérer leurs pulsions. J’estime qu’il faut ajouter un élément supplémentaire pour les aider dans cette voie, à savoir leur interdire de travailler avec des enfants, si c'est leur métier. En outre, les pédophiles qui ont purgé leur peine ont une seconde chance, puisqu'ils peuvent se réintégrer dans la société et reprendre leur liberté. Simplement, ils ne pourront plus travailler avec des enfants. S'ils sont enseignants, ils pourront par exemple exercer auprès d'adultes. Il s'agit avant tout d'une mesure de précaution. Je crois fermement que dans des situations aussi sensibles que celles-ci, il faut être très clair et ne pas prendre de risque. Et en tant que maman, je ne serais pas rassurée de savoir qu’à l'école où vont mes enfants, il y a un ancien pédophile.

– De nouvelles initiatives sur les délinquants sexuels viennent d'être lancées, dont une qui veut punir les juges si un délinquant libéré récidive. N'est-ce pas un peu une fuite en avant?

– Je pense que les gens sont profondément touchés par tous ces cas, en particulier lorsqu'il s'agit de récidives. Si une personne condamnée a la possibilité de recommencer, c’est qu’il y a quelque chose qui ne joue pas dans le fonctionnement de nos lois ou de notre justice. Les gens ont donc raison de s'émouvoir. Mais c'est le rôle du Parlement de faire le tri entre ce qui est acceptable ou pas. Ainsi l'initiative que vous citez et qui vise les juges est clairement inacceptable à mes yeux. On ne va pas les condamner parce qu’il ont mal apprécié une expertise sur un risque de récidive, par exemple! Mais dans le cas de l’initiative d’aujourd’hui, qui limite très peu la liberté économique d’un pédophile, elle me semble tout à fait acceptable. C’est pour cela que je dis oui à ce texte. (nxp)

Créé: 02.05.2014, 07h18

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