St-Gall lève le voile sur les adoptions controversées

EnquêteUn rapport saint-gallois lève un bout de voile sur les adoptions d'enfants du Sri Lanka par des parents suisses dans les années 1980.

La conseillère nationale Rebecca Ruiz (PS/VD) a chargé le Conseil fédéral, avec les cantons, de faire la lumière sur «les adoptions illégales en Suisse dans les années 1980 d'enfants venant du Sri Lanka».

La conseillère nationale Rebecca Ruiz (PS/VD) a chargé le Conseil fédéral, avec les cantons, de faire la lumière sur «les adoptions illégales en Suisse dans les années 1980 d'enfants venant du Sri Lanka». Image: Keystone

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Le rapport de 74 pages, publié lundi sur internet par la Chancellerie, documente 55 cas d'adoptions réalisées dès 1948 par l'entremise d'une travailleuse sociale dénommée Alice Honegger (1915-1997), de Bollingen (SG). On y apprend que les activités de la fonctionnaire ont donné lieu de manière répétée à des critiques.

Il manquait, par exemple, des documents pour les autorisations. On a aussi reproché à Alice Honegger sa gestion opaque. Cela a été contré par des comptes-rendus «de parents adoptifs heureux» louant son action.

Lorsque les adoptions d'enfants sri lankais ont commencé à faire polémique dans les années 1980, Alice Honegger s'est vu retirer provisoirement son autorisation d'exercer par les autorités. Mais elle l'a récupérée après la publication par Interpol d'un rapport la disculpant et après avoir transféré son activité dans une association.

Prendre en compte le contexte

«Du point de vue actuel, il faut admettre que des clarifications approfondies auraient été appropriées en cas de suspicion de fausses informations sur l'identité des parents biologiques», est-il écrit dans le communiqué accompagnant le rapport. «Cela aurait demandé une approche systématique, multiniveaux et transfrontalière de la part de toutes les autorités impliquées.»

Cependant, le gouvernement saint-gallois estime qu'il faut replacer les choses dans leur contexte juridique et sociétal de l'époque: «Les adoptions internationales étaient en forte hausse et le secret sur les adoptions revêtait une grande importante. On était convaincu que pour que l'intégration dans une nouvelle famille soit réussie, il fallait couper l'enfant de ce qui s'était passé avant l'adoption.»

Le droit pour un enfant de connaître ses parents n'a été reconnu que plus tard et confirmé avec la ratification par la Suisse en 1997 de la Convention relative aux droits de l'enfant. Compte tenu de ces éléments, le canton de Saint-Gall estime que les autorités de contrôle de l'époque ne peuvent être accusées d'avoir agi illégalement.

Les autorités saint-galloises soutiennent désormais les efforts des enfants adoptés - devenus adultes - en quête de vérité sur leurs géniteurs. Le rapport publié constitue un instrument en ce sens. Le conseiller d'Etat Martin Klöti a déclaré à Keystone-ATS qu'il s'agissait d'un travail «nécessaire» sur un sujet délicat. Il a ajouté que le nombre de personnes s'annonçant avait augmenté récemment suite à la publication de reportages télévisés sur ce thème.

Rapport en cours au niveau fédéral

La publication du document saint-gallois s'inscrit dans le cadre d'un rapport en cours d'élaboration au niveau fédéral. A travers un postulat déposé en décembre 2017, la conseillère nationale Rebecca Ruiz (PS/VD) a en effet chargé le Conseil fédéral, avec les Cantons, de faire la lumière sur «les adoptions illégales en Suisse dans les années 1980 d'enfants venant du Sri Lanka».

Dans son intervention, la socialiste explique que dans les années 1980, 11'000 enfants sri lankais ont été adoptés par des parents européens, dont plus de 700 en Suisse. «Certains enfants auraient été volés ou vendus, notamment dans le cadre d'un système appelé les fermes à bébés», écrit-elle, sur la base d'enquêtes journalistiques.

Contacté par Keystone-ATS, l'Office fédéral de la justice (OFJ) a confirmé être «en train d'écrire» ce rapport, sans pouvoir donner de date de publication. Bien qu'il collabore avec les Cantons pour sa réalisation, l'OFJ précise toutefois ne pas attendre de document similaire à celui qui a été publié par les autorités saint-galloises de la part des autres Cantons. (ats/nxp)

Créé: 28.01.2019, 17h58

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