Strasbourg demande à la Suisse de rapatrier les enfants du djihad

SécuritéAu nom des droits de l’enfant, la Suisse, comme les autres membres du Conseil de l’Europe, est priée d’agir et vite.

On estime que la moitié des quelque 60'000 résidents du camp de réfugiés et de détention d’Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, sont des enfants de moins de 12 ans. Parmi eux, de nombreux ressortissants de pays européens.

On estime que la moitié des quelque 60'000 résidents du camp de réfugiés et de détention d’Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, sont des enfants de moins de 12 ans. Parmi eux, de nombreux ressortissants de pays européens. Image: ap

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Le débat est classé urgent à Strasbourg. «Qu’est-ce qui est plus urgent que l’aide que l’on peut apporter à des enfants qui meurent chaque jour dans des camps?» interroge l’Autrichien Stefan Schennach. Le rapport de l’élu socialiste sur les enfants de djihadistes qui croupissent aujourd’hui en Syrie et en Irak a convaincu une majorité de ses collègues jeudi. L’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a adopté une recommandation formelle à l’intention des ministres des pays membres, dont la Suisse.


Lire l'édito: Sortons des camps les enfants de la honte


Le texte les exhorte à rapatrier le plus vite possible ces mineurs dont les parents européens ont embrassé la cause de Daech, car la situation sur place est effroyable, observe la commissaire aux droits humains pour le Conseil de l’Europe, Dunja Mijatovic. «La malnutrition, des blessures graves, des blessures infectées, des diarrhées provoquent la mort d’enfants au quotidien.»

On parle de milliers de mineurs qui risquent la mort ou la traite d’êtres humains. «Dans le seul camp de réfugiés et de détention d’Al-Hol, dans le nord-est de la Syrie, plus de la moitié des plus de 60'000 résidents sont des enfants de moins de 12 ans. Des centaines, sinon des milliers, sont des enfants de ressortissants de pays européens», déplore Stefan Schennach.

Sept enfants aux racines suisses

Sept enfants aux racines suisses ont été localisés dans ces camps. En juin, le Conseil fédéral indiquait «analyser au cas par cas» la situation de ces mineurs. Depuis, plus rien. La recommandation de Strasbourg vient mettre la pression. «Nos autorités vont devoir s’y mettre, souligne Ada Marra (PS/VD), membre de l’APCE. L’attitude attentiste a fait son temps. Soit on se moque des droits humains et du travail du Conseil de l’Europe, soit on reconnaît que ce sont nos enfants et qu’il faut rétablir le droit là où il n’y en a plus.»

«Ne rien faire aujourd’hui, en particulier pour les orphelins, créera des problèmes demain»

Olivier Français, conseiller aux États (PLR/VD)

Au sein de la délégation suisse à Strasbourg, l’UDC s’est abstenue. Les élus des autres partis ont appuyé la recommandation. Olivier Français (PLR/VD) explique que le débat a fait évoluer son point de vue. «Des témoignages forts nous ont rendus attentifs au sort des enfants de moins de 12 ans, parfois accompagnés par leur mère. Ne rien faire aujourd’hui, en particulier pour les orphelins, créera des problèmes demain.» Reste que le débat a été vif autour de questions très délicates, reflétant la complexité du problème.

Les enfants sont-ils responsables?

«Aucun enfant sur terre n’est responsable des actes de ses parents et de l’environnement dans lequel il est né», affirme Stefan Schennach. Comme lui, une majorité d’intervenants rappelle les droits fondamentaux des enfants. «Ce ne sont pas que des enfants, leur rétorque Martin Hebner, de l’AfD. On parle de tous les moins de 18 ans. On a des personnes totalement imprégnées par la haine, qui devraient revenir chez nous et marcher dans nos rues avec leurs parents?! Quel risque va-t-on faire courir à nos propres enfants?» Le Suédois Markus Wiechel estime que les enfants aussi peuvent présenter des dangers. «Des vidéos montrent des enfants de 4 ou 5 ans faire exploser une voiture», assure-t-il. «Même de jeunes criminels ont droit à une procédure équitable. Et il faut les protéger d’une nouvelle radicalisation», répond Stefan Schennach.

Que faire des mères?

Pour Olivier Français, «il faut décider au cas par cas. Le droit des enfants est fondamental. Par rapport aux mères, il ne faut pas être angélique. S’il faut aller jusqu’à la séparation — qui existe dans notre droit —, il faut utiliser cette procédure. Je crois que les sept enfants en question pour la Suisse ont tous de la famille ici. Utilisons ce réseau!» Ada Marra abonde: «On n’est pas en train de dire qu’il faut affréter un avion pour faire revenir tout le monde. Mais une volonté plus marquée des États est nécessaire afin de trouver une solution pour chacun des enfants qui vivent aujourd’hui dans des conditions dramatiques.»

«C’est pour des raisons de sécurité que nous devons les faire revenir. Sécurité pour ces enfants, mais aussi pour nos territoires.»

Ada Marra, conseillère nationale (PS/VD)

Dramatique, c’est le terme qu’utilisait aussi Jean-Philippe Gaudin, directeur du Service de renseignement de la Confédération, en mai dernier, pour qualifier la situation des enfants du djihad internés dans des camps. Tout en soulignant la difficulté: «Certaines femmes – je ne parle pas forcément des Suissesses – utilisent leur enfant pour tenter d’obtenir ce qu’elles veulent. Nous ne voulons pas que les mères rentrent. Certaines de ces femmes sont d’ailleurs plus dangereuses que les hommes.»

Et la sécurité nationale?

C’est là la principale crainte des opposants au rapatriement. «C’est un aller-retour pour que ces enfants tuent!» affirme l’Allemand Martin Hebner. Ada Marra (PS/VD) répond: «Le rapport montre bien que c’est exactement l’inverse: c’est pour des raisons de sécurité que nous devons les faire revenir. Sécurité pour ces enfants, mais aussi pour nos territoires.» Dunja Mijatovic souligne: «Je sais que le retour de ces ressortissants dans leurs pays d’origine suscite la peur et pose des questions légitimes en termes de sécurité. Mais laisser les enfants passer leur vie dans ces centres de détention sordides ne va pas amener plus de sécurité en Europe.» La commissaire aux droits humains assure par ailleurs que des experts en sécurité et en renseignement sont aussi favorables au rapatriement.

Créé: 30.01.2020, 19h28

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