La succession Burkhalter se jouera entre Latins

Conseil fédéralLe Tessinois Ignazio Cassis part favori face aux Romands qui ont déjà deux sièges. Les Alémaniques se réservent pour le départ de Schneider-Ammann.

Le radical tessinois Ignazio Cassis, 56 ans, est favori à la succession de Didier Burkhalter.

Le radical tessinois Ignazio Cassis, 56 ans, est favori à la succession de Didier Burkhalter. Image: Keystone

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Les choses se décantent rapidement à Berne. Le successeur de Didier Burkhalter au Conseil fédéral ne sera pas un Alémanique. La présidente du Parti libéral-radical (PLR), Petra Gössi, n’a laissé planer aucun doute jeudi . Outre une réputation irréprochable quant à sa vie publique ou privée, le futur Sage «doit représenter la Suisse latine». Les sections cantonales ont jus qu’au 13 août pour se déterminer.

Les papables d’outre-Sarine ont rapidement senti d’où soufflait le vent. Une des favorites, la conseillère aux Etats Karine Keller-Sutter (SG), a déjà tiré l’échelle. Tout comme son jeune collègue à la Chambre haute, Andrea Caroni.

Pourquoi les Alémaniques jettent-ils l’éponge sans livrer bataille alors que les Romands sont actuellement surreprésentés avec trois sièges au Conseil fédéral? Par calcul politique. Ils n’ont que deux ans à attendre pour décupler leurs chances lors de la succession de Johann Schneider-Ammann.

Attention au Cassis

L’autre raison, c’est que le PLR peut difficilement se retrouver représenté par deux Alémaniques au Conseil fédéral. «Surtout que le PLR romand ne cesse d’engranger des victoires», se rengorge Christian Lüscher, le vice-président du PLR. Exit donc les Alémaniques et place à une bataille fratricide entre Romands et Tessinois. Ces derniers partent avec les faveurs de la cote puisqu’ils ne sont plus représentés au gouvernement depuis 1999, après le départ de Flavio Cotti.

«Il n’y a jamais eu de moment aussi favorable pour le Tessin depuis que je suis à Berne», reconnaît la conseillère aux Etats Géraldine Savary (PS/VD). «C’est maintenant ou jamais», s’exclame la présidente des parlementaires tessinois sous la Coupole, Roberta Pantani (Lega). «L’échec de l’élection d’un Tessinois serait une gifle», prévient Fabio Regazzi.

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Cerise sur le panettone, le Tessin a un candidat de poids à lancer dans la course: Ignazio Cassis. Le chef du groupe parlementaire PLR s’attire même les louanges appuyées de certains Romands. «C’est un excellent parlementaire, très loyal, fidèle au groupe, très convaincant sur les sujets qui relève de ses spécialités, souligne Christian Lüscher. Il arrive à fédérer Romands et Suisse allemands, ce qui n’est pas toujours évident. Ce serait un excellent conseiller fédéral». Le vice-président du PDC, Yannick Buttet, estime aussi qu’Ignazio Cassis a le bon profil grâce à sa capacité d’écoute et à son naturel calme.

Les voix critiques à l’égard du favori tessinois sont cependant nombreuses au PS. «Quand je pense qu’on pourrait bientôt avoir un conseiller fédéral qui n’a même pas le cran d’avouer combien les caisses maladie lui versent», soupire le conseiller national Jean Christophe Schwaab (PS/VD). Une référence au fait que Cassis est président de Curafutura, l’association qui défend les intérêts de plusieurs grands assureurs maladie. Une critique partagée par Manuel Tornare (PS/GE).

L’autre problème de Cassis avec la gauche, et cette fois le PDC. C’est qu’il a mené la fronde contre la grande réforme des assurances sociales, Prévoyance 2020. Cela a tellement énervé le président du PS Christian Levrat que celui-ci a promis de le priver de voix quand le Tessinois serait candidat au Conseil fédéral. On y est.

Si Cassis part néanmoins favori, qui l’accompagnera sur le ticket radical? A Genève, on suppute sur une candidature du conseiller d’Etat Pierre Maudet. Celui-ci pense au Conseil fédéral depuis le berceau et son nom est souvent cité dans la presse alémanique. Son profil sécuritaire plaît, surtout qu’il n’hésite pas à parler haut et clair. Au parlement cependant, sa notoriété est encore faible. «Maudet? Je ne connais pas», lâche avec un sourire désolé Walter Wobmann (UDC/SO), le père de l’initiative sur l’interdiction des minarets.

Et les femmes?

Et les femmes dans cette élection? A la présidence du PLR, on se dit contre les quotas. Pourtant, en coulisses, certains poussent pour un ticket paritaire. «La majorité des femmes votent à droite. Or, nous laissons le champ libre au PDC avec Doris Leuthard», lâche un notable du parti qui verrait bien une candidature de la conseillère nationale Isabelle Moret. Celle-ci a fait son trou à Berne en se profilant sur les assurances sociales et la santé. Elle n’a jamais caché que le Conseil fédéral l’intéressait. Va-t-elle se lancer dans la course? «Je vais attendre l’été pour y réfléchir.»

La conseillère d’Etat Jacqueline de Quattro aussi y songe: «La succession doit aussi être ouverte aux femmes, dit-elle. Je n’ai jamais caché mon intérêt pour la politique fédérale, c’est un domaine qui m’intéresse. J’y réfléchirai avec mon parti et avec les femmes PLR suisses.» Leur gros handicap, c’est que le canton de Vaud est déjà représenté au Conseil fédéral avec l’UDC Guy Parmelin.

Le président des libéraux-radicaux vaudois Frédéric Borloz n’y voit toutefois pas de souci: «Notre canton est grand, le PLR y est le premier parti et il y a déjà eu deux Bernois ou deux Zurichois au Conseil fédéral. En plus, nous aurions cas échéant des personnes de valeur à proposer. Alors pour l’heure, aucune piste n’est exclue. Nous pourrions présenter une candidature.»

Comme dans chaque élection au gouvernement, d’autres noms circulent. Comme celui du jeune conseiller aux Etats Raphaël Comte, apprécié de ses pairs et donc de ses électeurs potentiels. Sa candidature permettrait à Neuchâtel de défendre son siège au gouvernement. Goguenard, le sénateur Robert Cramer s’amuse de ce carrousel des noms. «Attendons d’abord que le PLR choisisse ses candidats et que les partis se déterminent. Les choses se décident souvent à la dernière minute. Avancer maintenant des noms, c’est du Café du Commerce. Et quand vous soutenez un candidat, c’est un très mauvais service à lui rendre de lâcher son nom trop tôt.»

(Collaboration Caroline Zuercher et Vincent Maendly)

Créé: 15.06.2017, 22h28

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