En Suisse, 22% des femmes disent avoir subi des violences sexuelles

JusticeS’appuyant sur un sondage choc inédit, la section suisse d’Amnesty International veut faire évoluer le droit pénal et les mentalités.

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La section suisse d’Amnesty International s’attaque à un tabou. Elle a lancé mardi à Berne une vaste campagne contre les violences sexuelles. «Pourquoi est-ce important? Parce que ce sont des violations graves des droits humains. Et ces violences ont lieu aussi ici en Suisse où le nombre de viols est massivement sous-évalué», martèle la directrice générale de l’ONG, la Vaudoise Manon Schick. Pour soutenir ces propos, Amnesty a commandé un sondage représentatif à l’institut gfs.bern. Il a été mené le mois dernier auprès de 4495 femmes et jeunes filles de plus de 16 ans vivant dans le pays. «Les résultats nous ont beaucoup choqués», affirme Manon Schick.

Des actes tus

Premier enseignement issu de ce sondage: 40% des femmes ont peur d’être harcelées sexuellement lorsqu’elles se déplacent, à la maison, ou sur leur lieu de travail. On parle de gestes, de commentaires ou encore d’avances déplacés.

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Deuxième enseignement: 22% des femmes interrogées déclarent avoir subi des actes sexuels sans consentement. Extrapolé à la population suisse, cela veut dire que 800'000 femmes de plus de 16 ans ont été victimes de violences sexuelles. Et 12% déclarent avoir été violées, soit environ la population de la ville de Zurich.

Troisième enseignement tiré du sondage: la moitié des victimes de violences sexuelles n’en parle jamais. L’autre moitié se confie à des proches. Elles ne sont que 8% à porter plainte.

«Vous ne pouvez pas laver votre robe?»

Comment expliquer que ces femmes victimes de violences sexuelles n’aillent pas davantage trouver la police? Les sondeurs ont posé la question: 64% disent avoir eu honte, 62% ont eu le sentiment qu’elles n’auraient aucune chance et 58% ont eu peur qu’on ne les croie pas.

«Les mythes au sujet des victimes du viol disculpent l’agresseur et jettent le doute sur la crédibilité des femmes», accuse Agota Lavoyer, de Lantana, un service bernois d’aide aux victimes d’agressions sexuelles.

Elle raconte ainsi cette réplique d’un juge alors qu’elle accompagnait une victime de viol lors de son procès. Cette dernière demandait accessoirement 100 francs de dédommagement à son agresseur pour la robe qu’elle portait ce soir-là et qu’elle ne pourrait plus jamais remettre. Le juge avait rétorqué: «Madame, vous ne pouvez pas la laver?»

Le consentement au centre

Amnesty Suisse veut une meilleure formation pour les policiers et les juges. Mais sa revendication phare concerne le droit pénal, qu’elle juge obsolète. Aujourd’hui en Suisse, pour qu’il y ait viol ou agression sexuelle d’un point de vue pénal, il faut qu’il y ait eu coercition, c’est-à-dire une menace, l’usage de la violence ou encore des pressions psychologiques. En somme: dire non à un rapport sexuel, même de manière très claire, ça ne suffit pas aux yeux de la justice. L’ONG veut faire pression sur la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter et sur les parlementaires, qui sont justement appelés à réviser la notion du viol en droit pénal (lire l’encadré). Elle demande que tous les actes sexuels non consentis soient punissables par principe.

Les violences sexuelles en Suisse: une femme sur cinq concernée

Vidéo: Amnesty International

Mais faire de tout acte sexuel sans consentement une infraction, serait-ce vraiment praticable pour les juges qui auraient à trancher entre la parole de l’un et celle de l’autre? Amnesty International rétorque que les victimes de violences sexuelles doivent pouvoir obtenir justice. Et que ce changement de loi est aussi un préalable au changement des mentalités. L’ONG ambitionne un profond bouleversement sociétal. Sa campagne de sensibilisation mettra au centre la notion de consentement, avec un message clé: «Seul un oui est un oui».

Le consentement expliqué avec une tasse de thé

Créé: 21.05.2019, 21h38

Réforme en cours à Berne

Pourquoi ce sondage maintenant? Il permet sans doute à Amnesty International de se positionner à quelques semaines de la grève des femmes. Mais l’ONG a aussi bien choisi son moment au niveau politique. Un projet de révision du Code pénal concernant les violences sexuelles est sur la table du parlement. Il prévoit de durcir les peines – notamment de doubler la sanction (2 ans de prison) en cas de viol. Et le viol devrait être défini de manière plus large: en incluant les victimes de sexe masculin – aujourd’hui, en droit suisse, un homme ne peut pas être violé! – et en élargissant ce délit à la pénétration anale et orale, que ce soit au moyen d’un objet ou d’une partie du corps.

Pour Amnesty International Suisse, cette révision est nécessaire, mais il ne faut pas s’arrêter là. «Ce serait vraiment un acte manqué si on ne profitait pas de cette réforme pour y introduire la question du consentement», affirme la directrice Manon Schick. Elle rappelle les engagements internationaux pris par la Suisse: Berne a adhéré à la Convention d’Istanbul contre la violence à l’égard des femmes. Or celle-ci demande aux pays signataires de considérer tous les actes sexuels non consentis comme des infractions pénales. La Belgique, l’Allemagne, Chypre, la Suède ou encore l’Irlande respectent déjà ce principe.

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