«La Suisse doit arrêter son blabla numérique»

DigitalisationUn Estonien secoue le cocotier devant Doris Leuthard en ouverture de la conférence nationale «Suisse numérique».

Doris Leuthard, était au premier rang des participants de la conférence «Suisse numérique»

Doris Leuthard, était au premier rang des participants de la conférence «Suisse numérique» Image: Keystone

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«Vous êtes foutus!» C’est le constat peu amène qu’un ancien membre du gouvernement estonien, Taavi Kotka, a tiré pour qualifier le retard numérique dont souffre la Suisse. Selon lui, notre pays est menacé par le syndrome Nokia. En gros, il se porte bien mais rate la prochaine révolution digitale par sa trop grande frilosité. «Vous parlez beaucoup de digital mais vous n’agissez pas», a-t-il asséné lundi à Bienne devant un parterre politico-économique en ouverture de la conférence nationale «Suisse numérique». La présidente de la Confédération, Doris Leuthard, était au premier rang des participants.

L’État estonien, il faut le dire, est très en avance concernant les prestations numériques à ses citoyens ou à ses entreprises. Toutes les démarches administratives ou presque peuvent être faites en ligne. Taavi Kotka raconte comment l’identité numérique, sur laquelle la Suisse s’écharpe encore, est une évidence dans son pays. Il parle aussi du dossier médical digital unique accessible aux prestataires de soins. Un danger pour la confidentialité des données? Il le nie. «Chaque individu a le droit de savoir qui a consulté ses données. Si un médecin veut fouiner sans raison dans le dossier d’une personne, il sera repéré. Et il risque le licenciement ou une peine de prison.» Le dernier coup de l’Estonie? Le pays se positionne au sein de l’UE comme l’État le moins bureaucratique pour créer et gérer une entreprise. «Des entrepreneurs étrangers, qui ne posent pas un pied en Estonie, créent des entreprises depuis chez nous et sont taxés dans leur pays d’origine.»

La Suisse en retard d’une guerre numérique? Le chancelier de la Confédération, Walter Thurn­herr, garde son flegme mais riposte. Selon lui, l’Estonie a pu rapidement se développer sur le digital car son administration était quasi inexistante auparavant. «Et puis, chez nous, fédéralisme oblige, on ne peut pas dicter la marche à suivre de haut en bas.» Les différents niveaux de pouvoirs (communes, cantons, Confédération) ne facilitent pas une stratégie rapide et limpide. On le voit aussi en consultant l’étude nationale sur la cyberadministration 2017 qui vient d’être dévoilée. Beaucoup de prestations publiques ne sont pas possibles dans nombre de cantons. Des exemples? Réception électronique des factures, demande de réduction des primes d’assurance maladie, enregistrement d’animaux de compagnie, établissement d’un acte d’origine, inscription au jardin d’enfants ou à la garderie, etc.

Le conseiller national Franz Grüter (UDC/LU) estime néanmoins que la Suisse est en pointe concernant sa mutation en coffre-fort des données numériques. En revanche, il estime qu’elle est «aveugle» en matière de cyberdéfense. «Dans l’affaire de hacking à la RUAG, nous avons mis des mois pour simplement remarquer que nous avions été attaqués!»

La chancelière du canton de Genève, Anja Wyden Guelpa, fait remarquer à l’orateur estonien que Genève a été pionnier mondial dans le vote électronique. Mais elle relève aussi que les mentalités ont mis du temps à changer. Et elle pointe un danger pour la démocratie à l’ère numérique: la diffusion de masse d’infos orientées pour manipuler les électeurs.

Créé: 20.11.2017, 21h48

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