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PolitiqueEn Suisse, les jeunes redécouvrent Marx

Le Marxisme est-il mort? Non, notamment chez les jeunes qui s'investissent de plus en plus dans dans les mouvements comme Greenpeace ou Attac.

Lutte des classes, solidarité des travailleurs ou encore anticapitalisme: la pensée de Karl Marx, qui fête son bicentenaire samedi, reste présente en Suisse. Mais sous une forme plus atténuée qu'à ses débuts et portée par une nouvelle génération.

«Dans les années 1960 à 1970, les marxistes pensaient encore prendre les armes pour faire la révolution. Aujourd'hui, ils ont conscience qu'il ne faut pas appliquer la doctrine de Karl Marx au pied de la lettre et tentent de faire passer leurs idées en utilisant des outils démocratiques», indique Georges Tissot, ancien secrétaire syndical.

Organisation de manifestations, dépôt d'initiatives et de référendums, participation aux élections, les marxistes sont rentrés dans le moule. A tel point que Fabrizio Sabelli, professeur honoraire au Graduate Institute à Genève, juge que le mouvement marxiste n'existe plus. «La lutte des classes n'a plus lieu d'être, car la société de Karl Marx n'existe plus».

Le seul élément de sa pensée qui peut être conservé, d'après lui, est son analyse du système économique et de son poids dans la société. «Les politiciens qui se revendiquent du marxisme sont des nostalgiques admirables. Mais ils n'ont aucun impact sur la politique ou la société. Ce sont des fantoches téléguidés par un système financier qui s'ignorent», poursuit-il.

«Oublier les partis marxistes»

Une analyse en partie partagée par le sociologue Jean Ziegler. «On peut oublier les partis politiques marxistes. Alors qu'en 1943, même le parti socialiste avait un programme marxiste, intitulé 'La Suisse nouvelle', il n'y en a plus aucune trace aujourd'hui. Les partis se réclamant du marxisme ont quasiment disparu», explique-t-il.

«Mais la pensée marxiste a percé dans la société. Et nous assistons à une formidable renaissance dans les mouvements sociaux qui portent la revendication anticapitaliste, comme Greenpeace, Attac ou Amnesty, notamment à travers les jeunes», s'enthousiasme Jean Ziegler.

Pour le Genevois, qui vient de publier «Le Capitalisme expliqué à ma petite-fille (en espérant qu'elle en verra la fin)», la protection de l'environnement et la défense des droits humains sont des thèmes éminemment marxistes.

Relecture de la doctrine

Gavriel Pinson, président du Parti Suisse du Travail - Parti Ouvrier et Populaire (PST-POP), réfute. «Même si nous sommes moins nombreux que dans certains pays voisins, nous disposons d'un poids électoral conséquent. Dans les cantons de Vaud et Neuchâtel, nous avons des élus aussi bien au législatif qu'à l'exécutif. Et nous avons bon espoir d'augmenter notre représentation aux prochaines élections fédérales en 2019.»

Autre sujet de satisfaction: le nombre croissant de jeunes membres. «A Lausanne, dix nouvelles personnes adhèrent au parti chaque mois et la grande majorité a moins de 30 ans.» S'il assure que le parti se fonde sur le message de base de Karl Marx, il remarque aussi que la nouvelle génération n'hésite pas à faire une relecture actualisée de ses doctrines, intégrant notamment des thèmes écologiques.

Constat similaire chez SolidaritéS. «Depuis cinq ans, la majorité des participants à nos assemblées générales a moins de 30 ans», souligne Jean Batou, membre du comité national du parti qui revendique un marxisme humaniste et un socialisme par le bas, soit une auto-émancipation des travailleurs.

Le professeur à l'Université de Lausanne note également que l'on assiste à une redécouverte du marxisme. «En Suisse, mais surtout à l'international, de plus en plus de jeunes s'intéressent à Marx. Ils se l'approprient et le redéfinissent en réfléchissant à la conjugaison de l'exploitation du travail avec d'autres formes d'exploitation, comme l'oppression des pays pauvres par les pays riches, la destruction de l'environnement ou encore la domination masculine.»

Résistance au capitalisme

Comment expliquer ce regain d'intérêt? «Une partie de la jeunesse se rend bien compte qu'on est dans un cul-de-sac. Ils ont beau faire toutes les formations qu'ils veulent, les perspectives d'emploi ne sont pas réjouissantes. Ils voient aussi comment leur environnement est détruit par une société de consommation à outrance. Ils se posent beaucoup de questions et certains d'entre eux trouvent des réponses dans le marxisme», avance Gavriel Pinson.

Et Jean Ziegler de compléter: «Les jeunes ont une tolérance de l'injustice beaucoup moins importante que leurs aînés. Ils disposent d'une force intellectuelle, physique et mentale importante. Surtout, ils ne sont pas encore intégrés et soumis à la société capitaliste.»

ats

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