Une stratégie nationale pour lutter contre la résistance aux antibiotiques

SantéLa Confédération veut relever ce défi majeur pour la santé publique. Son projet est en consultation.

ILLUSTRATION - les infections des voies respiratoires, souvent de nature virale, sont pourtant fréquemment traitées, à tort, avec des antibiotiques.

ILLUSTRATION - les infections des voies respiratoires, souvent de nature virale, sont pourtant fréquemment traitées, à tort, avec des antibiotiques. Image: Keystone

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Une stratégie nationale, deux ministères et quatre offices fédéraux. Berne a sorti l’artillerie lourde pour lutter contre la résistance croissante des bactéries aux antibiotiques. «Cette antibiorésistance pose un défi majeur en termes de santé publique», a indiqué Karin Wäfler. La cheffe de projet à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) présentait hier devant la presse la Stratégie nationale contre la résistance aux antibiotiques (StAR). Elle était flanquée de représentants des offices fédéraux de l’agriculture (OFAG), de la sécurité alimentaire, des affaires vétérinaires (OSAV) et de l’environnement (OFEV).

Inscrit dans la lignée des stratégies nationales chères à Alain Berset, ce projet est en consultation jusqu’au 15 mars 2015. Son objectif est de garantir l’efficacité à long terme des antibiotiques. Le fait que ces médicaments soient utilisés aussi bien en médecine humaine que vétérinaire et qu’ils puissent se retrouver dans la nourriture et la nature expliquent l’ampleur de la mobilisation. Ainsi que l’envergure du projet.

La stratégie nationale prévoit de mettre en place une surveillance systématique de l’antibiorésistance et de la consommation d’antibiotiques dans les domaines humain, animal, agricole et environnemental. «Cette approche multisectorielle se base sur le principe One Health», a indiqué Karin Wäfler. Elle se traduit par la mise en place d’une surveillance globale, de directives sur l’utilisation des antibiotiques et la limitation de leur usage.

Si la Confédération ne part pas d’une page blanche, les structures existantes doivent être élargies. «Le centre national de surveillance des tendances de la résistance et de l’utilisation des antibiotiques doit être renforcé», a indiqué Daniel Koch, de l’OFSP. Toujours au niveau de la surveillance, la stratégie prévoit de créer un centre national de détection précoce qui pourrait s’appuyer sur un réseau de laboratoires.

Des directives claires sur la prescription, la remise et l’utilisation des antibiotiques doivent être édictées en collaboration avec les sociétés médicales. «Une démarche difficile dans un système de santé décentralisé», reconnaît Daniel Koch. Les experts médicaux seront chargés, en particulier, de définir des critères de restriction qui soient utiles au niveau médical et efficaces à long terme.

Dans le domaine animal, la stratégie nationale s’articule aussi selon les axes de la surveillance et de la lutte contre les résistances. Une banque de données est prévue pour recenser l’utilisation d’antibiotiques. «Il s’agit d’identifier où vont tels ou tels antibiotiques, de déterminer quelles quantités sont consommées et pourquoi», explique Dagmar Heim, de l’OSAV. Des critères d’emploi devront être dégagés, qui seront assortis de recommandations sur l’élevage. «Par exemple, mettre à l’étable des jeunes animaux de même origine», indique Markus Hardegger, de l’OFAG. Une mesure facile à mettre en œuvre pour les porcs – en raison de la fertilité des truies –, mais plus difficile pour les bovins.

Soutien paysan
Dans un communiqué, l’Union suisse des paysans apporte son soutien au projet. «L’efficacité des antibiotiques est très importante pour la médecine vétérinaire des animaux de rente», indiquent les paysans. L’USP reconnaît aussi qu’une utilisation plus modérée de ces produits est nécessaire.

Créé: 15.12.2014, 22h11

Daniel Koch Chef de division à l’Office fédéral de la santé publique (OFSP).

Préserver l’efficacité et la diversité des antibiotiques

Est-on vraiment sûr qu’une utilisation restrictive des antibiotiques empêche totalement le développement des résistances?
– A chaque utilisation d’un antibiotique, certaines bactéries vont développer des résistances. Ce n’est pas un problème en soi si la maladie peut être traitée autrement ou avec d’autres antibiotiques. On ne peut donc pas empêcher totalement le développement des résistances. L’objectif de la stratégie est de préserver l’efficacité des antibiotiques les plus utiles et de maintenir leur diversité.
La stratégie prévoit d’édicter des directives pour la prescription d’antibiotiques. N’est-ce pas là une atteinte à la liberté thérapeutique des médecins?
– Nous allons travailler en étroite collaboration avec les sociétés de discipline médicale. Notre but est de développer des recommandations qui soient acceptées et appliquées par les médecins. Cela se fait à l’étranger, ça doit donc être possible en Suisse également.
Vous parlez de collaboration, de concertation… Mais la Suisse se dirige-t-elle vers des mesures contraignantes?
– Oui, il y aura aussi des mesures contraignantes. C’est d’ailleurs à cette fin que l’audition est lancée aujourd’hui. D’autres mesures plus douces sont d’ores et déjà applicables.
La résistance aux antibiotiques est un problème mondial. Une stratégie nationale est-elle vraiment un outil adéquat?
– C’est vrai, la problématique se pose partout, avec une acuité variable. Pour cette raison, nous entretenons des contacts étroits avec les organisations internationales et les autorités sanitaires des autres pays. Mais nous devons aussi balayer devant notre porte.

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