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La Suisse manque de lieux pour les funérailles laïques

Toujours plus de gens choisissent un enterrement sans connotation religieuse. Ce qui pose une question: où le pratiquer?

Le centre funéraire de Montoie à Lausanne est une des rares structure pour accueillir les cérémonies laïques.
Le centre funéraire de Montoie à Lausanne est une des rares structure pour accueillir les cérémonies laïques.
Chris Blaser

Les Suisses sont de moins en moins attachés aux Églises officielles. Du coup, les cérémonies funèbres laïques sont toujours plus fréquentes. À Lausanne, celles-ci ont augmenté d’environ 10% depuis cinq ans, selon les chiffres des Pompes funèbres officielles. Quand elles renoncent à un service religieux, les familles peuvent être confrontées à une difficulté: celle de trouver le lieu qui leur convient pour dire adieu à un proche.

«Ce problème devient toujours plus fréquent», confirme David Comte, responsable de pompes funèbres dans le Jura. Dans sa région, il n’y a pas de centre funéraire. Là où il y en a un, comme à Lausanne ou à Genève, il est en général choisi. Cette solution est la plus simple, mais Julien Abegglen Verazzi, président de l’association des célébrants professionnels de Suisse romande (qui réunit des officiants laïcs formés à cette pratique) met un bémol: «Les cérémonies s’enchaînent parfois. Certains cherchent un lieu plus accueillant.»

S’adapter aux besoins

La situation change d’une région à l’autre. Au Centre funéraire de Saint-Georges, à Genève, l’un des plus grands de Suisse, les cérémonies durent une demi-heure environ (sans compter les honneurs et la sortie de la famille). Insuffisant, selon les célébrants. «Un temps supplémentaire peut être demandé, l’essentiel étant de s’adapter aux besoins des familles», précise Anne Humbert-Droz, cheffe du Service des pompes funèbres, cimetières et crématoire de la ville de Genève. Elle reconnaît néanmoins qu’avec une moyenne de 7 ou 8 décès par jour, la Ville doit maintenir un certain rythme. Les célébrants pointent encore du doigt la vétusté des lieux construits il y a 40 ans. La rénovation des infrastructures est à l’étude au Conseil municipal.

À Lausanne, le Centre funéraire de Montoie annonce des plages horaires allant jusqu’à une heure et demie et la possibilité d’en cumuler. Mais tous ne veulent pas du Centre funéraire. Des familles optent pour des solutions totalement différentes, et nouvelles.

Ainsi, Sarah Joliat, des Pompes funèbres du Léman à Vevey, loue régulièrement pour elles des salles ou des caveaux. Si un marché s’est développé autour des lieux utilisés pour d’autres cérémonies laïques, ce n’est pas le cas des enterrements. «Les mariages sont plus glamours. Les funérailles, on préfère ne pas y penser quand on est vivant», relève Julien Abegglen.

Sarah Joliat appelle les Églises à ouvrir davantage leurs portes aux cérémonies non religieuses. «Laïc ne veut pas dire athée et ces célébrations restent spirituelles», plaide-t-elle. Cette option se pratique au cas par cas. Officiellement, les autorités des Églises réformée et catholique vaudoises déconseillent de le faire. «Les temples sont dédiés à des cérémonies religieuses», explique Xavier Paillard, président du Conseil synodal. L’Église protestante de Genève n’a pas été confrontée à cette demande.

Au final, une solution est toujours trouvée pour les familles endeuillées. Mais de nombreux acteurs de la branche, qu’ils soient croque-morts ou célébrants, ont le sentiment qu’il faut à chaque fois «bricoler». «Cela pose une question, commente l’un d’eux. Dans notre société où toujours plus de gens ne veulent pas de service religieux, est-il normal de devoir se débrouiller au cas par cas?»

«Le sens sacré de la mort»

Pour Julien Abegglen Verazzi, les difficultés actuelles sont symptomatiques d’une société qui cherche l’efficacité et occulte le décès. Il conclut par un plaidoyer: «On a longtemps associé le sacré à la religion, alors qu’il existait avant les Églises. Un rituel comme les funérailles exige que l’on sorte des soucis du quotidien, du boulot et des factures, et qu’on prenne le temps. Il faut ramener à la conscience des gens le sens sacré de la mort.»

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