La Suisse peut savoir exactement où les orages feront des dégâts

IntempériesUne carte établit avec précision les zones les plus exposées aux ravages des orages. Des mesures simples suffisent.

La nouvelle carte présentée par la Confédération cible très précisément les endroits ravagés par les orages du mois de juin à Lausanne (ici la gare).

La nouvelle carte présentée par la Confédération cible très précisément les endroits ravagés par les orages du mois de juin à Lausanne (ici la gare). Image: VQH

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Si la trajectoire et l’intensité des violents orages qui ont frappé Lausanne ou Sion sont hautement imprévisibles, les dégâts qu’ils causent le sont-ils autant? Pas forcément.

Depuis début juillet, la Confédération dispose d’un nouvel outil accessible publiquement qui indique très précisément quelles zones sont susceptibles d’être submergées par un orage extrême. Dans le jargon, on appelle ça une carte de l’aléa ruissellement. Elle identifie les lieux où l’eau s’écoule quand elle ne peut plus être absorbée par le sol ou évacuée par le réseau.

La précision de cette carte, établie sans contrôle sur le terrain, est déjà édifiante. Que ce soit pour les déluges qui ont frappé Sion et Lausanne cet été ou Zofingue (AG) l’an dernier, le calque de la carte se superpose exactement avec les quartiers inondés (voir les deux exemples en images). Ce danger n’avait jamais été cartographié, au contraire de celui représenté par les crues, alors qu’il provoque pourtant près de 50% des dégâts liés à l’eau. Deux tiers des bâtiments suisses sont exposés plus ou moins fortement.

Exemple pionnier à Lucerne

Alors, comment s’y préparer? Toutes les villes du pays investissent des sommes considérables pour maintenir à jour leurs plans généraux d’évacuation des eaux. On parle par exemple de 350 millions de francs à Lausanne d’ici à 2040 et d’un montant encore non défini, qui se chiffrera aussi en centaines de millions, pour Genève, où l’étude n’est pas encore achevée. Dernière touchée par les inondations, Sion a dépensé 30 millions depuis 2004 et table encore sur 100 millions. Mais ces mesures ne suffisent pas toujours à absorber les flux provoqués par un orage exceptionnel et à protéger l’ensemble des bâtiments.

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Pilote dans ce projet portant sur le ruissellement, le canton de Lucerne a sécurisé plus de 300 bâtiments ces trois dernières années. «Avec des mesures finalement assez simples, nous avons obtenu des résultats efficaces», relève Dolf Käppeli, directeur de l’Établissement cantonal d’assurances de Lucerne. Rehaussement de trottoirs et de grilles d’aération, ancrage des citernes en sous-sol, installations de barrières métalliques à l’entrée de certains garages, construction de murets de protection sont autant d’aménagements peu coûteux s’ils sont anticipés.

Informé tout récemment de l’existence de cette carte par le Canton du Valais, le président de Sion, Philippe Varone, assure que cet outil «entrera dans nos analyses sur la suite de nos investissements». Marc Chauffet, responsable du service de la protection aux dangers naturels de l’Établissement cantonal vaudois d’assurance (ECA), fait le même constat: «Il est tout à fait souhaitable que cette carte soit utilisée comme une aide à la décision dans l’aménagement de travaux.» Un projet de soutien personnalisé, porté par l’ECA, est d’ailleurs en ce moment sur la table du Conseil d’État vaudois. Car même si ces événements sont rarissimes, la facture prend rapidement l’ascenseur: plus de 10 millions de francs à Lausanne et près de 80 millions à Zofingue.

La carte n’est pas une loi

Ce constat établi, qui paie? Dans le canton de Vaud, c’est l’ECA qui assure la couverture en matière de ruissellement. L’arrivée de cette carte pose la question de la responsabilité. Les bâtiments les plus exposés sont-ils susceptibles d’être pénalisés? Ce n’est pas d’actualité. Car contrairement aux cartes de danger pour les crues, ce système n’a pas force de loi mais vise à plus d’information. «Il ne s’agit pas de charger les propriétaires, abonde Marc Chauffet. Cela doit inciter à un changement de paradigme en permettant aux privés, architectes et urbanistes de prendre conscience de leur situation de danger. L’essentiel étant de s’épargner de vivre un sinistre. Les villes ont changé, on a beaucoup construit, étanchéifié, et le danger a évolué.»

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Dans les cantons sans établissements étatiques d’assurances, comme le Valais ou Genève, la situation est identique. L’Association suisse des assureurs privés (ASA), qui a contribué à financer ce nouvel outil, est formelle: les primes ne changeront pas, même pour les bâtiments exposés. En Valais, on appelle à utiliser cette carte comme un moyen de prévention. «Il faut en tenir compte sans en tenir compte, c’est un peu comme un panneau «gare aux chutes de pierres» sur un chemin de randonnée pédestre. S’il pleut, on ne devrait pas y aller et on évite surtout d’y faire un pique-nique», image le chef de la section de dangers naturels valaisans, Raphaël Mayoraz, sur les ondes de Rhône FM. En clair, les communes sont invitées à attirer l’attention des propriétaires sur ce risque lors de nouvelles constructions. À l’heure où la question de la fréquence future de ces orages fait débat, le conseil est bienvenu.

Créé: 08.08.2018, 19h25

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