La Suisse possède les moyens techniques pour sortir du nucléaire

EnergieUne vaste recherche réunissant une centaine d'études se veut positive quant à l'avenir énergétique du pays.

Pour les scientifiques, l'avenir énergétique repose beaucoup sur le photovoltaïque. À condition de faire évoluer les mentalités.

Pour les scientifiques, l'avenir énergétique repose beaucoup sur le photovoltaïque. À condition de faire évoluer les mentalités. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Quel est l’avenir énergétique de la Suisse, en particulier après l’abandon du nucléaire? Le pays «présente des conditions idéales pour réussir la transition énergétique», selon les conclusions du très vaste programme mené par le Fonds national suisse (FNS), dont les résultats sont présentés mardi 14 janvier. Plus de 300 scientifiques suisses ont été mobilisés sur une centaine d’études pour répondre à cette question. Selon leurs conclusions, il est ainsi possible, avec les moyens techniques et financiers connus à l’heure actuelle, de sortir du nucléaire et des énergies fossiles «dans des conditions socio-économiques acceptables».

Évidemment, certains éléments doivent être réunis pour y parvenir. Pour Frédéric Varone, délégué du Conseil national de la recherche, «le tournant énergétique n’est plus vraiment un enjeu technique, mais plutôt une question d’innovation sociale, dans la manière d’aborder la construction notamment».

Seule une maison sur cent par an fait l’objet d’un assainissement énergétique, soit moins de la moitié de ce qui serait nécessaire pour atteindre les objectifs de la Stratégie énergétique 2050. Or, la moitié de la consommation énergétique du pays relève de la construction. Un retard qui serait dû principalement à un manque d’information et à une question de mentalité.

«Nous donnons des solutions qui ont été éprouvées scientifiquement et testées sur des installations pilotes, ajoute Frédéric Varone. Dans le domaine du photovoltaïque, on peut imaginer, comme le fait déjà la Commune de la ville de Neuchâtel, de créer un fonds solaire destiné à subventionner les projets. Ou alors de recourir à la réglementation, en ne délivrant un permis de construire qu’en contrepartie d’installations exploitant des énergies renouvelables. L’usage des recommandations du PNR Énergie par le politique nous échappe, bien évidemment. Mais peut-être que la vague verte au parlement fédéral et l’effet Greta changeront l’accueil fait à nos travaux.»

Les importations toujours indispensables

La question des importations reste cependant brûlante. Si sortir du nucléaire en Suisse signifie partir s’approvisionner en énergie nucléaire en France ou en charbon d’Allemagne, l’opération a peu de sens – ou s’apparente à de l’hypocrisie. Une étude menée par les universités de Bâle et de Zurich a imaginé plusieurs scénarios. Dans la perspective où les énergies renouvelables ne font l’objet d’aucune mesure incitative ou subventions, la sortie du nucléaire en 2035 serait intégralement compensée par des importations d’électricité. Il faudrait alors attendre 2050 pour que l’énergie solaire soit compétitive.

Dans un scénario où les énergies renouvelables sont subventionnées par l’État, les importations augmentent elles aussi, mais moins. Le but sera surtout d'éviter que sur une année, les importations excèdent les exportations. Car il s'agit également d'assurer la stabilité de l'approvisionnement électrique. Les énergies renouvelables, dépendantes de facteurs extérieurs comme la météo, sont plus instables. Les importations doivent servir de solution de remplacement en cas de besoin.

Un accord vital avec l’Europe

C'est aussi pour cette raison que les scientifiques demandent donc aux politiques de légiférer afin de donner un coup de pouce aux énergies renouvelables. Et ce, d’autant plus que la Suisse risque d’être confrontée à un problème majeur: celui de nos relations avec l’Europe, plus précisément en l’absence d’un accord sur l’électricité entre la Suisse et l’UE. Celui-ci, visant à assurer le libre accès au marché européen de l’électricité, est actuellement bloqué: refroidie par l’initiative contre l’immigration de masse, l’UE, en l’absence d’accord-cadre institutionnel régissant ses relations avec la Suisse, ne souhaite pas conclure de nouveaux accords, ni sur l’électricité ni dans d’autres domaines.

On l’a vu plus haut, avec la baisse de la production domestique due à la sortie du nucléaire, la Suisse sera davantage tributaire des importations – du moins dans un premier temps. Or, l’Europe est en train de libéraliser et harmoniser ses marchés de l’électricité. Mais la Suisse est totalement exclue des négociations actuelles, ce qu’elle risque de payer au prix fort. Au départ, les prix devraient augmenter mais l’approvisionnement être assuré. À plus long terme, la Suisse risque carrément d’être contrainte, lors du débranchement des centrales nucléaires de Gösgen et Leibstadt, respectivement en 2029 et 2034, de se retourner vers des usines à gaz. Niveau CO2, on est loin des objectifs de la stratégie énergétique.

Pour toutes ces raisons, les scientifiques appellent à encourager au maximum les énergies renouvelables, de façon à pouvoir compenser ces effets. «Sinon, la Suisse risque de payer le prix fort», conclut Frédéric Varone.

(Développement suit.)

Créé: 14.01.2020, 10h00

Articles en relation

Genève s’oppose aux deux nouveaux réacteurs français

Nucléaire Le Canton et la Ville tenteront d’empêcher l’expansion de la centrale du Bugey, dans l’Ain. La partie s’annonce difficile. Plus...

La première centrale nucléaire suisse définitivement arrêtée

Mühleberg Le réacteur de l’installation bernoise a été mis hors service. Un moment historique et émouvant pour les employés. Plus...

«La fermeture de Mühleberg constitue un tournant majeur»

Nucléaire La directrice opérationnelle de Greenpeace Suisse, Iris Menn, salue l'arrêt de la centrale nucléaire bernoise mais appelle à développer le renouvelable et l'efficacité énergétique. Plus...

La centrale de Mühleberg tire la prise nucléaire avec fierté

Energie Dans trois mois, la centrale sera définitivement arrêtée. Mais la désaffectation va coûter cher. Plus...

Accident nucléaire majeur en Suisse: que faire face au risque?

L'invitée Fabienne Freymond Cantone s'interroge sur les mesures prises par l’Office fédéral de la protection de la population. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

L'actualité croquée par nos dessinateurs partie 7

Paru le 16 janvier 2020
(Image: Bénédicte) Plus...