«La Suisse a raté une nouvelle occasion en matière de don d'organe»

Conseil nationalLe parlement refuse de considérer chaque citoyen comme donneur d’organe. Les professionnels regrettent cette prudence.

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«La Suisse a raté une nouvelle occasion de faire mieux en matière de don d’organe, c’est très regrettable!» lance Philippe Morel, médecin-chef de chirurgie et responsable des transplantations aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Le Conseil national a refusé jeudi de modifier la règle en vigueur pour les dons d’organe. La Chambre du peuple n’a pas voulu, par 187 voix contre 67, instaurer le consentement automatique. Une disposition qui permettrait de considérer que chaque personne est donneuse potentielle, à moins d’avoir précisé le contraire.

Une majorité du National, tous partis confondus, n’a pas voulu de cette révolution, suivant en cela l’avis des sénateurs et du Conseil fédéral. «Ce n’est pas une solution à laquelle il faut s’accrocher», a dû constater le ministre de la Santé, Alain Berset.

La pénurie d’organes reste grave en Suisse: l’an dernier, 504 personnes ont bénéficié d’une greffe, alors que 1370 étaient sur une liste d’attente. Deux personnes meurent chaque semaine faute de dons d’organe. Face à cette situation, le National a décidé jeudi d’entériner un plan d’action qui mise notamment sur la communication: les autorités vont davantage s’impliquer dans l’information au public et «mettre en évidence l’utilité des dons d’organe».

Philippe Morel croise les doigts pour que ces mesures soient couronnées de succès: «J’admets que le consentement présumé n’est pas la seule réponse, mais ce serait un pas symbolique et la meilleure caution officielle possible pour faire évoluer l’opinion. La Suisse a tellement de retard sur les pays limitrophes! Avec 14,4 donneurs par million d’habitants, notre pays est celui qui a le moins de donneurs en Europe occidentale. C’est dramatique.»

Et de citer le cas de l’Espagne, meilleur élève du continent, où «les services d’urgence sont au moins tenus de recenser les donneurs et d’agir tout de suite en cas de décès».

Manuel Pascual, médecin-chef du centre de transplantation d’organes du CHUV, ne «s’attendait pas à une révolution à Berne. On sentait que le parlement n’était pas encore prêt à faire ce pas.» Il reste donc à miser sur le plan d’action national. Mais «les campagnes d’information ne sont efficaces que si les autorités s’engagent clairement, souligne le Dr Pascual. Il faut expliquer aux citoyens en quoi il est important de faire des dons d’organe et ne pas s’en tenir à une stratégie d’information neutre.»

Moyennant également une meilleure formation du personnel hospitalier pour la prise en charge des donneurs, il se dit «prudemment optimiste. Sans quoi, il faudra relancer les discussions sur le consentement présumé.»

Créé: 06.03.2015, 08h25

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