Plus de 1,5 million de m2 de bureaux sortent de terre

Arc lémaniqueDe Genève aux confins du Grand-Lausanne, on construit à tout-va. La bulle immobilière ne guette-t-elle pas?

La gare de Renens aura ce nouveau visage à l’horizon 2022. Outre des logements, de nouvelles surfaces commerciales et administratives sur 35 000 m2 vont voir le jour.

La gare de Renens aura ce nouveau visage à l’horizon 2022. Outre des logements, de nouvelles surfaces commerciales et administratives sur 35 000 m2 vont voir le jour. Image: CFF

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Le pendulaire lémanique ne saurait passer à côté. De l’aéroport de Genève aux confins du Grand-Lausanne, les grues de mégachantiers se succèdent, certes très souvent l’œuvre des CFF, mais pas seulement. Les investisseurs privés, en tête desquels des sociétés immobilières, des assurances ou des caisses de pension, bâtissent à tout-va. Dans le logement, mais également et surtout dans les locaux commerciaux et de bureaux. À tel point, nous révèle Robert Curzon Price, CEO de la société Partner Real Estate-Knight Frank, que «ces prochaines années, près de 1,03 million de mètres carrés de nouvelles surfaces commerciales seront disponibles à Genève, soit 20% de l’offre totale actuelle du canton». De même, entre Nyon, Renens et l’Ouest lausannois, ce sont plusieurs centaines de milliers de mètres carrés qui vont d’ici peu sortir de terre.

Très bien. Mais, au vu de la prolifération de pancartes «À louer» apposées sur des arcades des centres-villes, au vu également du taux de vacance de logements qui atteint des sommets dans les régions périphériques, ne risque-t-on pas de se trouver devant un nouveau risque de bulle immobilière dans ce secteur? Aucun expert consulté ne le pense.

Ainsi, affirme dans une analyse Carole Zoller, associée chez Jones Lang LaSalle, «en zone urbaine et dans les quartiers d’affaires adjacents, l’immobilier de bureaux à Lausanne reste un marché en pénurie. Le parc immobilier actuel est composé de nombreux immeubles vieillissants; il existe donc un vrai phénomène de relocalisation dans les nouvelles constructions qui offriront des surfaces plus flexibles et plus efficientes.» Même son de cloche pour Robert Curzon Price à Genève, où, notamment grâce au Léman Express, les gares et les projets immobiliers se multiplient. «L’immobilier ne suit pas les cycles économiques, déclare-t-il. Ainsi, il y a dix ans, nous souffrions d’un manque de bureaux. Demain, nous en aurons peut-être un peu trop, mais ce n’est pas grave.»

Et pour cause. Un marché plus détendu permet aux entreprises de négocier les prix de location, de trouver de nouveaux locaux, plus adaptés à leurs besoins, ou de renégocier leur bail. Ce rattrapage que l’on observe de Genève à Lausanne va permettre de rivaliser, côté prix des loyers, avec d’autres métropoles européennes, comme Paris, Francfort ou Amsterdam.

La preuve par les chiffres. Suite à la crise financière de 2008, puis à l’abandon du taux plancher du franc face à l’euro en 2015, le prix du mètre carré à la location a tout simplement plongé depuis cinq ans. Selon les données de la nouvelle édition du Snapshot, compilées par le cabinet Wüest Partner et publiées récemment par Partner Real Estate-Knight Frank, il s’élevait par exemple à 820 francs par mois aux alentours de la rue du Rhône dans l’hypercentre de Genève; il se situe aujourd’hui à 650 francs. À Florissant, quartier chic de la Cité de Calvin, le mètre carré est passé de 520 francs en 2014 à 440 francs et aux Pâquis, excepté les quais, de 440 à 330 francs.

Des loyers en recul de 40%

Face aux sommets atteints au début de cette décennie, les prix des surfaces commerciales et administratives ont perdu jusqu’à 40%. «Or, on assiste actuellement à une période de stabilisation», affirme Robert Curzon Price. Vers le bas.

Il en va de même dans le Grand-Lausanne, où, par contre et pour cause de pénurie, les loyers ont certes baissé en 2018, mais de quelques dizaines de francs seulement. Ainsi, dans le Flon ils sont passés de 380 à 360 francs le mètre carré, ceux de la périphérie ouest de 270 à 240 francs ou ceux de Bussigny de 270 à 230 francs.

Qui, dès lors, va occuper ces nouveaux immeubles commerciaux ou ces nouveaux quartiers, tels ceux, bientôt, à Renens ou à Pont-Rouge à Genève, autour de la nouvelle gare du Léman Express? Pour Carole Zoller, de Jones Lang LaSalle, «les entreprises veulent aujourd’hui rationaliser l’espace occupé et privilégient par conséquent des surfaces flexibles». Open space, coworking, espaces hybrides et, bien sûr, connexions informatiques de dernier cri, tout y passe. Robert Curzon Price ne dit pas autre chose. Il ajoute à cela les besoins de plus en plus marqués des multinationales pour de vastes plateaux facilement adaptables.

Mais il ajoute une donnée plus microlocale: «Certaines activités s’éloignent de l’hypercentre. À l’instar des artisans ou des petites industries, les professions libérales, tels les médecins qui se regroupent en cabinets médicaux, les avocats ou les architectes, commencent elles aussi à s’installer en périphérie.» Un espoir dès lors: ces locaux commerciaux délaissés dans les centres-villes pourraient peu à peu revenir au logement et, donc, à la vie.

(24 heures)

Créé: 22.05.2019, 21h58

Articles en relation

Bussigny va combler le vide laissé par Veillon

Urbanisme Le site longtemps désaffecté laissera place dès 2023 à un quartier de 1000 habitants et emplois. Son architecture est dévoilée dans une expo. Plus...

Un proprio mène Lausanne en bateau depuis 10 ans

Construction Des petits entrepreneurs réclament des centaines de milliers de francs de travaux impayés au propriétaire de deux immeubles en chantier à Bel-Air. Comment en est-on arrivé là? Plus...

Des logements à la place des bureaux vides?

Votation A Genève, la droite veut faciliter les transformations de bureaux. La gauche s’y oppose. Le peuple tranche le 14 juin Plus...

Toujours plus de bureaux vides dans les villes

Suisse Les taux de vacances pour les surfaces de bureaux ont nettement augmenté l'an passé dans les centres urbains. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.