800 millions pour se chauffer avec l’eau du lac

GenèveLes SIG ont lancé le principal chantier de Genilac, le réseau thermique qui fera économiser 70'000 tonnes de CO2 par an.

Le chantier de la station de pompage du Vengeron durera jusqu’en 2022.

Le chantier de la station de pompage du Vengeron durera jusqu’en 2022. Image: LUCIEN FORTUNATI

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C’est le plus gros projet énergétique du canton de Genève, en termes financiers. Les Services industriels de Genève (SIG) vont investir pas moins de 800 millions de francs dans Genilac, le réseau thermique destiné à chauffer et rafraîchir, grâce à l’eau du lac, toute une série de quartiers en ville et sur la Rive droite. Son cœur, une énorme station de pompage dont le chantier a été présenté mardi, est en construction à côté de la plage du Vengeron. Coûtant 100 millions de francs à elle seule, cette installation permettra au réseau d’étendre d’ici à 2035 ses conduites de près de deux mètres de diamètre sur une trentaine de kilomètres, du PAV à l’aéroport en passant par les HUG, la Jonction, les Nations, Meyrin, Vernier, le Grand-Saconnex, Bellevue et Pregny-Chambésy. Cette station s’enfoncera jusqu’à 17 mètres sous terre, soit autant qu’un immeuble de sept étages. Le chantier s’achèvera en 2022. La création d’une roselière de 1500 m2 et d’une île aux oiseaux, ainsi que des plantations d’arbres compenseront son impact environnemental.

Une première suisse

Depuis deux ans, les huit premiers clients de Genilac sont déjà fournis en chaud et en froid par les SIG via la station de pompage de la Perle du Lac, qui alimente le réseau Genève-Lac-Nations. Lancé il y a dix ans, ce précurseur de Genilac dessert les organisations internationales et le Campus Biotech. Mais avec la nouvelle station du Vengeron, dix fois plus grande que sa petite sœur, on atteindra une ampleur inédite. «Ce sera la plus grande infrastructure thermique écologique de Suisse», souligne le directeur général des SIG, Christian Brunier, en se félicitant de l’unanimité politique autour de ce projet.

L’eau est tirée à 45 mètres de profondeur, où elle a une température moyenne de 7 degrés toute l’année. En été, elle sert à climatiser les bâtiments. En hiver, on les chauffe en portant cette température au niveau souhaité avec les pompes à chaleur électriques installées chez les clients. En fin de circuit, l’eau est réinjectée dans le lac. Par rapport au chauffage à base d’énergies fossiles, les émissions de gaz carbonique sont divisées par cinq. En remplaçant de multiples chaudières et installations de climatisation, Genilac fera ainsi baisser les émissions de CO2 du canton de 70'000 tonnes par an, soit l’équivalent de ce qu’émettent annuellement 7000 Genevois. Pour la seule production de froid, cela diminue la consommation électrique de 80% par rapport aux systèmes classiques de climatisation.

«Il est de notre responsabilité de réduire notre dépendance aux énergies fossiles, considère Christian Brunier. Il y a une urgence climatique, les scientifiques nous le disent et la jeunesse nous le rappelle dans la rue. Si Genève est alimenté en électricité 100% renouvelable, en revanche nous n’utilisons presque que des sources fossiles dans le domaine thermique, qui représente la moitié de notre consommation totale d’énergie. De plus, nous dépendons pour cela de pays pas toujours recommandables.»

Le conseiller d’État chargé de l’Énergie, Antonio Hodgers, estime que de telles infrastructures sont essentielles pour atteindre les objectifs fixés par l’accord de Paris sur le climat. «Nous devons prendre la chaleur et le froid où ils se trouvent pour les amener où on en a besoin. Le bâti représente 47% des émissions de gaz carbonique du canton, c’est énorme. Nous avons réduit notre consommation d’énergies fossiles de 30% entre 2000 et 2017, mais il faut aller encore plus loin avec Genilac et le programme Géothermie 2020.» En tout, les SIG investissent 1,3 milliard de francs dans ces projets et dans la récupération de chaleur au sein des entreprises et industries.

Coûts fixes sur trente ans

Chez Bucherer, on est fier de compter parmi les premiers clients de Genilac. «C’est une question de responsabilité sociale envers la politique environnementale, explique la responsable de la communication du joaillier-horloger, Adrienne Ody Werner. Cela nous coûte 15% de plus qu’avec nos anciennes installations de chauffage et de climatisation, mais nous avons un contrat avec des tarifs fixes sur trente ans. Or, personne ne sait quels seront le prix et la disponibilité des énergies fossiles dans trente ans.»

Créé: 01.10.2019, 19h47

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